Ecrire un livre : résolution ou objectif ?

Image courtesy of pakorn / FreeDigitalPhotos.net(Attention pavé ! Mais ça vaut le coup.)

Il n’y pas si longtemps, Une Voix vous a présenté sa résolution pour cette année 2014, comme nous l’avions d’ailleurs fait, même si sous une forme différente, l’année dernière. Nos résolutions s’avèrent d’ailleurs souvent assez proches. Et… devinez quoi ?

Nous ne les « tenons » pas !

Manquerions-nous de persévérance ? Où serait-ce tout simplement la forme des résolutions qui ne convient pas ? Je parierais bien sur cette dernière hypothèse. Les résolutions que nous prenons ont bien souvent la forme d’une simple phrase du style : « j’arrête de fumer », « je fais du sport », « je perds du poids », « je cesse de me ronger les ongles », « je passe plus de temps à jouer avec les enfants », « je consacre du temps à une cause humanitaire », j’en passe et des meilleures… Ces pieuses promesses restent souvent lettres mortes, ne servant qu’à donner parfois un petit coup de culpabilité quand on y songe et qu’on constate qu’on ne les a pas « tenues ».

A ce stade vous vous demandez peut-être le rapport avec les mots, les chansons ou les techniques d’écriture ? Que vient faire là un pensum sur les résolutions de la nouvelle année quand vous y cherchez soit des conseils pour écrire, soit une sympathique analyse de chanson, soit un conseil de lecture ?! Patience, j’y viens. En attendant, méditez un peu sur la résolution « j’écris un livre/une chanson et je suis publié(e)/diffusé(e) » ! Ça vous parle ?!

Je disais donc que c’est la forme des résolutions qui pêche. Dire « j’écris un livre » (oui, ce sera mon exemple de prédilection pour le coup), ne me dit ni comment je m’y prends, ni quand, ni pourquoi d’ailleurs… Et c’est là qu’intervient la nécessité de transformer ma résolution en objectif ! Et attention, pas en un objectif sous la forme d’une phrase simple comme la résolution (tel un « j’arrive à écrire une chanson complète prête à passer à la radio » qui est un but, et non un objectif au sens où je l’entends !).

« Au sens où je l’entends », car oui, on pourrait ergoter un moment sur la différence entre un but, un objectif et une résolution, et ce n’est pas mon propos ! Mon propos, puisqu’il faut bien que j’y arrive, est de vous parler de la façon de définir nos objectifs qui nous donne beaucoup plus de chances de les atteindre que ma fameuse résolution « j’écris un livre ». Et donc, au vu de la résolution choisie, une clé pour nous aider à écrire ce fameux bouquin.

J’ai d’abord cru me souvenir avoir lu cette « façon » de se poser des objectifs dans un livre précis, que j’aurais pu présenter ici. En fait, il n’en est rien.

Bien sûr vous trouverez des indications sur l’art et la manière de se définir des objectifs (et de les réaliser) dans bien plus d’un livre et à profusion sur le net. Pour ma part, ce sont diverses sources (formation de sciences humaines, ateliers de développement personnel, cours sur la gestion de projet, sites internet où je musardais…) qui ont forgé ma vision des objectifs et de l’art de les fixer. Globalement, quand je suis à la lettre cette « méthode », je réalise souvent ces objectifs. Quand je ne la suis pas, et bien… Je ne les atteins pas ! Je vous invite à la tester vous même et voir si elle vous aide. Et vous la livre sans filets, un peu comme elle arrive, ci-dessous, en me servant de notre exemple « j’écris un livre ». A vous de l’adapter à votre résolution ou à votre livre !

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Clair

Déjà il faut que mon objectif soit clair, spécifique, détaillé, tout l’inverse de nos exemples de résolutions vagues ci-dessus ! Alors spécifiez bien ce que vous voulez atteindre, jusqu’au moindre détail. Ce n’est plus « J’écris un livre » mais « J’écris un roman de fiction basé sur des éléments auto-biographiques traitant notamment de insérez-ici-votre-sujet-de-prédilection destiné à être édité, lu par un public adulte et qui devrait faire dans les 300 pages ». Sentez-vous déjà la différence ? Je m’en trouve bien plus motivée rien qu’à l’énoncer ! Et je sais que je ne vais pas écrire un essai, une nouvelle, un mémoire, un recueil de poèmes, ni un conte pour enfants. J’ai une meilleure idée de « », vers « quoi » je vais. C’est spécifique et clair. Mais… Ça ne suffit pas !

Daté

Daté, c’est à dire situé dans le temps. « J’écris un roman (… je vous épargne l’intégralité de la phrase à chaque répétition …) de 300 pages » ne me dit pas quand je l’écris et quand je souhaite qu’il soit prêt à publication. Et mine de rien, c’est une des raisons principales de l’échec de nos résolutions avec leur « demain » sous-entendu qui fait qu’on ne commence jamais ! Mon objectif devient « J’écris un roman (…) de 300 pages dont une première version sera prête le 31 Août 2015 » (attention ceci est un exemple, pas un engagement de ma part !!!). Donc décidez d’une date à laquelle vous souhaitez atteindre votre objectif (et tachez de la tenir !). Il est « pour quand » ? Ah, par contre, une date ré-a-lis-te !

Réaliste

Ça parait évident comme ça, mais pourtant, combien d’entre nous se démotivent juste parce qu’ils se chargent d’objectifs irréalistes, inatteignables ? Alors si « J’écris un roman (…) pour le 31 Août 2015 » me parait faisable, il est clair que « J’écris un roman pour le 25 Février 2014 », alors que j’ai des enfants, un travail à plein-temps, une vie de couple, une vie sociale, des activités sportives et un certain besoin de sommeil, est totalement irréaliste et ne servira qu’à me décourager ! Pensez à votre objectif, à vos contraintes, à vos ressources, à vos possibilités pour en mesurer la faisabilité. Demandez-vous « est-ce possible ? ». Et, selon la réponse, vous pouvez soit être moins gourmand plus réaliste (« ah oui, je ne peux pas l’avoir fait pour dans un mois, bon ok je me donne un an ! ») soit adapter vos ressources et contraintes pour que l’objectif le devienne (ce qui n’est pas toujours faisable : non, je ne peux pas prendre un mois sabbatique et le consacrer à écrire exclusivement, en plus ça n’y suffirait sans doute pas). Mais d’ailleurs, pourquoi s’adapter pour le rendre réalisable ?

Motivé

Le fameux « pourquoi ? ». Et il est crucial. Pourquoi j’écris un livre ? Pourquoi je vais passer des heures à jouer avec les mots ? Pourquoi je vais prendre sur mon temps de sommeil, de lecture, de repassage, de congés, de jeux, de… (cherchez l’intrus !) ? Listez tout ce qui vous motive à réaliser votre objectif. J’ai bien dis TOUT. Tous les bénéfices que vous tirerez à l’avoir atteint, ne serait-ce que d’avoir tenu une décision que vous avez prise ! Ça parait tout bête, on a l’impression de le savoir, et bien, non, ce n’est pas si évident de faire une liste de ce que nous apporte la réalisation de notre objectif ! Mais c’est nécessaire, c’est ce qui nous fera continuer même dans les moments de découragement. C’est la liste à laquelle nous reviendrons quand nous voudrons abandonner.

J’écris pour la joie et le soulagement que ça me procure, j’écris pour la presque transe dans laquelle l’activité me met, j’écris pour toutes ces phrases qui demandent à sortir de mon esprit surchargé, j’écris parce que j’ai envie d’être lue, parce que j’aime les mots, les belles phrases, les rythmes des sons. Mais au-delà de ça, pourquoi « J’écris un roman de fiction basé sur des éléments auto-biographiques traitant notamment de relations humaines destiné à être édité, lu par un public adulte et qui devrait faire dans les 300 pages dont une première version sera prête le 31 Août 2015 » ? Qu’est-ce que cela va m’apporter ?

Je garde ma liste pour moi, écrivez la votre selon votre objectif et vos motivations.

Atteignable

Je tiens mon objectif (mon « où » je souhaite parvenir, mon « quoi » je veux faire), je connais la limite temporelle que je me suis fixé (mon « pour quand »), je sais « pourquoi » je souhaite l’atteindre, je le pense réaliste, il me reste à l’atteindre ! C’est mon « comment ».

Souvent on bute sur ce « comment » parce que ça parait une montagne immense ce « J’écris un livre » (ou la résolution de votre choix). C’est là que je me souviens de cette phrase, dont je ne sais plus d’où elle me vient, qui dit qu’on mange un éléphant une cuillère à la fois ! Tout simplement. La peur qui nous tétanise devant un but vague et trop vaste s’efface grâce au découpage. Si l’objectif est trop énorme, et bien, je le découpe en plus petits objectifs. C’est ainsi que mon livre devient non plus un livre mais un ensemble de dix-huit chapitres (bon, parce que l’idée a quand même muri dans ma tête et m’a informée de la structure potentielle de mon ouvrage). Tiens, écrire un chapitre c’est déjà moins énorme à réaliser qu’un livre entier. Aller hop, dix-huit éléphanteaux, plutôt qu’un énorme pachyderme ! Et me voilà avec dix-huit objectifs « J’écris un chapitre », auquel je vais appliquer le même traitement qu’à mon objectif global: les rendre plus spécifiques, définir pour quand de façon réaliste etc.

Mouais, mais bon, ça reste gros un éléphanteau… Alors je vais encore découper : quels sont mes objectifs intermédiaires pour écrire un chapitre ? Je suis un écrivain sans expérience, je ne saurais dire combien de pages je peux écrire à l’heure, combien de temps il me faut pour relire, alors pour ce premier livre je vais découper par tranche horaire plutôt que par nombre de pages ou de caractères (d’autant que c’est le genre de contrainte qui me briderait au lieu de m’aider, cette quantifications des signes !). Et voilà que mon « comment » (qui inclut le « quand ») devient « J’écris pendant trois heures tous les lundis et jeudis soirs de 20h30 à 23h30 à mon bureau, toutes sources de distraction potentielles coupées ». Bien sûr vous n’écrirez pas n’importe quoi, ce sera en fonction de la structure de votre livre, de l’idée que vous avez de votre sujet, de l’inspiration du moment, de ce qu’est censé raconter ce chapitre etc. Mais ça ce sera l’objet d’un autre article, restons focalisés sur la définition d’objectifs !

Alors, prenez votre éléphant, et découpez-le jusqu’à obtenir les portions que vous êtes capables d’avaler, une à la fois. Obtenez-en les objectifs à atteindre successivement qui vous donneront un « comment » clair, réaliste, daté, motivé, atteignable et attelez-vous à l’action !

Souple (mais pas trop)

J’ai donc décidé d’écrire six heures par semaine et que mon chapitre sera prêt dans un mois. Et je vais me tenir à ces six heures, coûte que coûte, sauf cas d’extrême urgence (et il en existe peu de ces cas-là, une invitation à dîner d’un couple d’amis n’en est pas une !). Et quand je serai tentée de procrastiner, je relirai la liste de mon « pourquoi » pour me motiver.

Mais mon objectif doit rester souple : inutile de se décourager en réalisant au bout d’un mois qu’à raison de six heures par semaine, à peine la moitié du chapitre est finalisée ! C’est notre premier livre que diable, nous apprenons en faisant ! Alors nous allons réévaluer nos portions d’éléphanteau et le temps qu’il nous faut pour les dévorer, et nous remettre à l’action avec ces nouvelles données. En fonction de mes contraintes et de mes ressources, peut-être que je pourrais écrire neuf heures au lieu de six ? Ou je devrais juste revoir la date de livraison. En tout cas je m’adapte. Attention, je m’adapte, je réévalue mon objectif par une confrontation à la réalité, mais je maintiens l’effort !!!

Engagé

Je maintiens l’effort… Mais même avec ma belle liste de bonnes raisons pour laquelle je le fais, je vais passer par des périodes de découragement et être tentée d’abandonner. C’est pourquoi, quand j’ai établi mon objectif, il est bon de m’engager à le tenir. En moi-même mais aussi (surtout ?) auprès d’autres. J’annonce donc publiquement mon objectif (et un post Facebook n’y suffit pas, non). Il est plus facile d’atteindre un objectif avec des proches qui nous y encouragent et suivent nos progrès. A ce sujet, parlez-en à des personnes qui croient en vous, qui sont positifs, des gens indulgents, qui vous féliciteront, qui vous épauleront. Fuyez ceux qui tenteront de vous décourager ! Votre objectif est réaliste rappelez-vous !

Mesurable

Il est réaliste, clair, daté, motivé, découpé en cuillerées. Reste à ce qu’il soit mesurable, c’est à dire que vous puissiez mesurer selon un ou des indicateurs, que vous l’avez atteint. Comment je sais que j’ai atteint mon objectif ? Dans notre exemple la mesure est facile:  je vois bien si au bout d’un mois j’ai écrit mes six heures par semaine et si j’ai un chapitre entier, je verrai bien si le 31 Mai 2015 j’ai une première mouture d’un roman. Et les étapes entretiennent ma motivation. Non seulement je peux mesurer que j’ai atteint mon objectif, mais je peux même voir peu à peu mes progrès et combien je m’en approche.

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Voilà, j’ai un objectif qui est devenu : « J’écris un roman de fiction basé sur des éléments auto-biographiques traitant notamment de relations humaines destiné à être édité, lu par un public adulte et qui devrait faire dans les 300 pages dont une première version sera prête le 31 Aout 2015. J’y parviens en écrivant dix-huit chapitres, à raison d’un chapitre par mois, le dernier mois étant consacré à des relectures et ajustements. Afin d’écrire un chapitre par mois, je prévois d’écrire pendant trois heures tous les lundis et jeudis soirs de 20h30 à 23h30 à mon bureau, toutes sources de distraction potentielles coupées. ». A côté de cela, j’en ai parlé à des proches qui m’encourageront et j’ai établi ma liste de raisons positives pour le réaliser. Ce n’est qu’un exemple, en réalité il sera même un peu plus complexe et détaillé que cela et en l’état je ne suis pas sûre qu’il soit réaliste ! Mais vous voyez déjà la différence avec mon « J’écris un livre » du départ.

Il reste deux ou trois petites choses à ajouter pour peaufiner le tout, notamment la nécessité de l’écrire ! Il y a une grande différence entre penser, dire et écrire les choses. Outre le travail de réflexion bien utile pour transformer la résolution en objectif réaliste, le fait d’écrire l’objectif et notre liste de motivation aide beaucoup à l’atteindre. Alors écrivez ce que vous allez faire, pour quand, comment, pourquoi. Mieux encore, relisez quotidiennement ce que vous avez écrit (objectif et motivation) !!!

Et puis, il manque une information : quand allez-vous commencer ? Pourquoi prend-t-on nos résolutions en Janvier (voire en Septembre) ? Tout autre moment de l’année est valable ! Vous n’aurez jamais plus de temps libre que maintenant pour écrire si vous ne décidez pas de commencer. Le meilleur moment c’est donc maintenant. Je vous l’ai déjà dis, appuyée par d’autres !

Si vous voulez être écrivain, arrêtez d’en parler, asseyez-vous et écrivez !

(Jackie Collins *source non vérifiée*)

Voilà, si après avoir bien défini votre objectif ainsi et vous être engagé à commencer, vous n’arrivez pas à passer à l’action, il ne reste qu’une chose à faire selon moi : chercher toutes les bonnes raisons qu’il y a à ne pas le faire et comprendre pourquoi cet objectif ne peut être atteint : ce qui vous freine vraiment !

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Hou que je fus longue ! Bravo de m’avoir lue jusqu’ici ! C’est long, mais c’est super important. Une dernière chose: nous n’avons pas parlé du « qui », parce que le kiki de tout les kikis qui, c’est vous. Et uniquement vous, votre objectif ne doit dépendre que de vous. Vous pouvez écrire un livre, vous pouvez même l’éditer. Là-dessus vous avez la main. Qu’il soit retenu par une grande maison d’édition et lu par des milliers de personnes ne dépend pas que de vous, par contre. Faites ce qui est en votre pouvoir, pour le reste lâchez prise et laissez faire. Et puis, avant d’être lu, il faudrait peut-être que votre livre soit écrit, non ?

Alors, si vous êtes de ceux qui veulent écrire un livre, est-ce donc actuellement pour vous une résolution, un objectif ou un doux rêve ?!

Rentrée chansonnière

Rentrée des classesJe ne vous apprends rien, c’est la rentrée. Bon, on ne va pas déprimer pour autant. On va plutôt s’attaquer à un gros morceau du programme de l’année qui traite – je vous le donne en mille – de l’écriture de chansons.

Cet article inaugure en effet une série d’écrits dédiés à la composition de chansons en tentant de répondre à la question que vous vous posez forcément : Faut-il écrire d’abord le texte ou la musique ?

Et la réponse va vous surprendre (ou pas) : Cela dépend. Forcément.

Cela dépend tout d’abord de votre facilité. Si vous avez plus d’aisance avec les mots, il est probable que vous allez noircir des pages de cahier et disposer de nombreux vers qui vous réclameront ensuite des notes à leurs pieds. Si au contraire, vous êtes plus confortable avec les touches de votre piano ou les cordes de votre guitare, ce sont des suites d’accords, des bribes de mélodies qui vont s’exprimer en premier.

Et puis cela dépend de votre inspiration. On écrit souvent pour exprimer un sentiment, une émotion. Parfois, cette émotion se traduit facilement en mots, parfois pas. Et puis de temps à autres, les paroles s’improvisent en même temps que la musique ou bien ce sont les mots qui fredonnent d’eux mêmes une mélodie.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette question d’écrire le texte ou la musique en premier est à la fois inutile, incomplète et centrale.

Inutile parce que finalement, cela n’a pas d’importance : si je commence par composer la musique de ma chanson, je devrai de toutes façons, à un moment ou un autre, en écrire les paroles.

Incomplète aussi parce que c’est simplifier à l’extrème que de dire qu’une chanson est composée d’un texte et d’une musique. Qu’entendons nous par musique ? La trame mélodique, l’enchaînement harmonique, l’orchestration ?

Et enfin centrale parce que, même en tergiversant et en retournant le problème dans tous les sens, il nous faut bien commencer par quelque chose.

Je sais, tout cela vous semble bien nébuleux, obscure, abscons. Nous allons tâcher d’y voir plus clair au fil des articles qui vont suivre. Et pour cela nous allons poser la question dans des termes différents : Quel est mon objectif et quels sont les moyens dont je dispose pour atteindre celui-ci ?

Mon objectif est simple : arriver à une chanson complète, prête à passer à la radio.

Quant aux moyens à disposition, nous allons en étudier plusieurs, notamment des techniques permettant de mettre en musique un texte, de placer des mots sur une mélodie ou de trouver une trame harmonique à partir d’une ligne mélodique. D’ailleurs, si vous reprenez votre cahier de texte à la page juste avant les vacances, vous vous apercevrez que nous avons déjà commencé le travail en essayant une technique d’écriture d’un texte à partir d’une idée de départ.

Avez-vous fait vos devoirs de vacances ?

Des règles d’écriture…

Image courtesy of Pakorn / FreeDigitalPhotos.netPar ci, par , j’écris des articles qui donnent des conseils, voire, disons, des « règles » d’écriture. C’est assez logique vu que c’est l’une des raisons d’être de ce blog.

Avez-vous remarqué que, dans l’écriture comme dans bien d’autres domaines, nous recevons des conseils contradictoires ? Que beaucoup de dictons ont leur opposé ? Pour ne prendre qu’un seul exemple (mais je vous invite à m’en citer d’autres en commentaire !) : « Il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même » mais « À chaque jour suffit sa peine ».

Donc vous trouverez moult conseils d’écriture.

Qui vous diront d’élaguer votre texte et de n’en garder que les mots indispensables, là ou d’autres, ayant eu tout autant de succès dans leurs publications, vous conseilleront d’ajouter des fioritures à vos écrits, des mots inutiles mais qui agrémenteront votre texte…

On vous dira d’écrire pour vous, sans vous soucier de la suite, mais on vous dira aussi de créer en vous mettant à la place du futur lecteur.

Vous entendrez qu’il est nécessaire de connaitre la structure que l’on veut donner à son livre, l’histoire et comment cela va finir avant d’écrire, là où d’autres écriront au fil de l’eau, découvrant pendant qu’ils écrivent la suite de l’histoire et l’agencement de la structure !

Comme une jeune maman reçoit des dizaines d’informations contradictoires de son entourage sur comment s’occuper de son bébé, vous trouverez des tas de conseils contradictoires en matière d’écriture.

Pourquoi ?

A cause du principe décrit précédemment : les réalités distinctes. Chacun a sa façon de voir, chacun a sa façon de fonctionner, à vous de trouver la votre !

J’en ai eu une belle illustration la semaine dernière, suite à l’article de Une Voix. Je fus surprise de découvrir sa technique pour écrire une chanson, car chacun de mes écrits est venu spontanément à ma plume, sans réflexion préalable et souvent avec peu de modifications ultérieures, juste un travail de répétition mentale de la phrase qui surgit pour lui donner une forme dont le rythme me plaise plus. Je me souviens avoir écrit un poème « sur commande » quand j’étais adolescente et n’avoir jamais été satisfaite du résultat. Qu’importe, j’ai tenté de suivre le conseil de ma co-rédactrice. Je jouais avec l’idée « d’avoir quelque chose en travers de la gorge », j’ai donc cherché le champ lexical, sorti plein de mots, laissé venir des phrases en accord avec cette idée d’un truc à exprimer qui refuse de sortir, et… j’ai laissé tomber ! Ce n’est juste pas ma façon de faire !

Alors vous trouverez ici des conseils, parfois contradictoires, des pistes, des suggestions, mais, évidemment, aucune vérité établie ! La seule qui vaille sera « Connais-toi toi-même », car c’est ainsi que vous saurez ce qui vous convient. Il n’y a pas de règles précises et infaillible, d’ailleurs Somerset Maugham nous l’a déjà indiqué :

Il y a trois règles à respecter pour écrire un roman. Malheureusement, personne ne les connaît.

Se noyer dans un verre d’eau

Se noyer dans un verre d'eau6 heures de train… voila qui me laisse largement le temps de tenter d’écrire un petit texte de chanson. Oui, mais j’ai aussi un article à écrire, moi, cette semaine. Et pourtant j’ai plutôt l’envie d’écrire une chanson

Je vous propose de faire d’une pierre deux coups et de vous montrer la manière dont je m’y prends (parfois) pour écrire les textes de mes chansons.

Le point de départ

Tout d’abord il nous faut un élément de départ, une idée, une phrase, un thème. Je décide de partir d’une expression que j’affectionne particulièrement parce que (parfois) elle me va comme un gant. Cette expression c’est « Se noyer dans un verre d’eau » et elle résume parfaitement ce que je ressens (parfois) en situation de stress.

Nous allons donc faire une chanson qui parle de stress. Mais, qui en parle de manière imagée. Il ne s’agit pas de rédiger un rapport à l’inspection du travail ! Disons qu’on pourrait imaginer quelqu’un qui raconte sa difficulté à gérer son stress, mais sans employer le terme de stress ou les mots qui s’y rapportent.

Le champs lexical

Comment faire, allez vous me dire ? Eh bien nous allons simplement nous choisir un autre vocabulaire. Je vais commencer par déterminer les éléments lexicaux de mon texte. Je choisis tout d’abord de travailler sur le thème de l’eau et de la noyade puisque mon idée de départ m’y conduit tout naturellement. Je note tous les mots associés qui me passent par la tête, je laisse les associations d’idées se faire librement. Je m’aide d’ordinaire un dictionnaire des synonymes mais dans mon wagon de TGV, je n’en ai pas sous la main. Très bon exercice de mémoire et d’imagination…

Nous disions « Eau » et « noyade », ça me fait penser à : mer, mouiller, mouillé, couler,  dégouliner, liquide,  flaque, goutte, pluie, piscine, minérale, carafe, plonger, noyer, nager, sombrer, flotter, boire la tasse, apnée, plonger, étouffer, sauveteur, maître-nageur, prendre l’eau,  bikini (pas facile à placer celui-là), immersion, naufrage, brasse, vague, tourbillon, abordage, …

J’ai à présent pas mal d’éléments pour ma chanson. Je vais commencer à les rassembler sans y mettre vraiment d’ordre pour le moment. Je vais construire des expressions plus longues, des morceaux de phrases autour de mon thème du stress et avec les mots que j’ai identifiés : se noyer dans un verre d’eau, être en carafe, noyer le poisson, piscine à débordement, la goutte qui fait déborder le vase, avoir la tête sous l’eau, nager sous  la surface, être en apnée, trop plein qui déborde, …

Le premier jet

A présent, je commence à avoir des idées de plus en plus précises qui se forment dans ma tête. Je ne sais pas pour vous, mais chez moi, c’est flagrant. C’est comme si cette étude préliminaire et ces contraintes imposées avaient agit de manière incantatoire pour faire surgir l’inspiration.

Elle est là qui me tend les bras. Laissons la s’exprimer…

Ça vous surprend comme un naufrage
Une vague à l’âme sur la plage
C’est pas simple, mettez vous à ma place
De nager juste sous la surface
Je vis en apnée sous les dossiers
J’ai même commencé à sombrer
C’est comme un trop plein d’émotion
J’ai bien essayé de noyer le poisson
Faut dire que j’avais pas vu l’aileron
Je suis larguée par mes amarres
A la dérive et loin du phare
Je me perds dans un tourbillon
Bien loin de la ligne de flottaison
Je suis perdue dans le siphon
Ça coule de source, je suis en carafe
C’est clair comme une épitaphe
Qui sonne, qui crie, qui claque :
« Ci gît une goutte au fond d’une flaque »
Je garde toujours la tête sous l’eau
Je me prends pour un cachalot
Je ne nage jamais sur le dos
Je suis trempée jusqu’aux os
J’ai les dents comme des grelots
J’éclate en sanglot
Parce que je me noie dans un verre d’eau

Eh bien voila. C’est un peu brut, un peu déstructuré, c’est parfait pour un premier jet.

La mise en forme

Maintenant, appliquons le principe du couteau de boucher que je vous ai enseigné il y a pas mal de temps : raccourcissons, découpons, égalisons, arrondissons les angles…

Ça commence dans un tintamarre
Je me fais larguer par mes amarres
Sabordée, coulée comme une pierre
Avec l’envie de tout foutre en mer
 
C’est comme un trop plein d’émotion
J’ai écopé de dix ans de mousson
J’ai bien essayé de noyer le poisson
C’est juste que j’avais pas vu l’aileron
 
                               Si je garde toujours la tête sous l’eau
                               Si je me prends pour un cachalot
                               Si je ne nage jamais sur le dos
                               Je pourrais me noyer dans un verre d’eau
 
Je passe de la brasse au papillon
Bien en dessous de ma ligne de flottaison
Je me perds dans un tourbillon
La tête première dans le siphon
 
Çà coule de source, je suis en carafe
C’est limpide comme une épitaphe
Qui crie comme un drapeau qui claque :
« Ci-gît une goutte au fond d’une flaque »
 
                               Si je suis trempée jusqu’aux os
                               Si j’ai les dents comme des grelots
                               Si  j’éclate soudain en sanglot
                               Je pourrais me noyer dans un verre d’eau
 
Je rêve d’un pirate ou d’un sauveur
D’un prince ou d’un maître-nageur
Qu’ aurait le cran de se jeter à l’eau
Pour  m’aider à vaincre les flots
 
                              Si j’en fais bien sûr un peu trop
                              Si j’emploie toujours de grands mots
                              Si je suffoque sur le dos
                              Alors sauve-moi de mon verre d’eau

Voila. Je n’ai pas mis 6 heures à écrire ce texte (je vous rassure) et ce n’est certainement pas le meilleur que j’ai écrit. Il mériterait d’être encore retravaillé. Mais tout de même, pour des mots attrapés au vol entre deux cahots sur les rails et trois « Mesdames et messieurs, nous vous informons qu’un bar se trouve en voiture 14 de ce train », je ne suis pas trop mécontente du résultat. Si je voulais être vraiment sévère dans mon rôle de bouchère de texte, je ne conserverais que très peu de chose, mais je garderais quand même « Ci-gît une goutte au fond d’une flaque » et « l’envie de tout foutre en mer  » qui me plaisent beaucoup.

Vous avez compris le principe ?

Qui s’y colle à présent ?

Les dialogues selon King

Dialogues« Une Plume, j’ai besoin de toi, j’ai un dialogue à écrire !
— Un dialogue ? Mais que veux-tu qu’ils se disent ? Que peux-tu bien vouloir leur faire se dire au bout de trente ans ?
— Mais… c’est important qu’ils se parlent !
— Bon… Tu veux faire parler tes personnages ? D’accord ! Alors déjà tu peux te référer à une de nos vieilles conversations sur la forme des dialogues, je l’ai publiée . Pour le fond, regarde ci-dessous, j’ai emprunté quelques conseils à Stephen King. »

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la source de cet article et des citations qui vont l’émailler est Ecriture, mémoires d’un métier, de Stephen King.

Le premier précieux conseil que j’en garde est le suivant : soyez indiscrets. Et c’est là que je savoure la délicieuse excuse d’être écrivain, de chercher sa matière pour s’autoriser cette indiscrétion qui faisait faire les gros yeux à nos parents quand ils tentaient de nous inculquer les « bonnes manières » ! Oui, soyez indiscrets, indignés aussi si vous le souhaitez, mais surtout indiscrets : écoutez les gens parler. Pas uniquement lors de vos conversations, pas uniquement vos proches, mais tout le monde : au boulot, dans la rue, au restau, dans le bus, à une caisse. C’est là que vous trouverez la matière, là que vous enregistrerez les conversations authentiques, la « vraie » façon de parler des personnes.

Testé et approuvé, que ce soit lorsque j’entends glousser deux caissières parce qu’une troisième a appelé le jeune homme de l’accueil :

« Ah ben encore ! Tu vas voir il va y courir direct ! ironise la première.
—  C’est qu’elle est en manque ! » répond la seconde dans un rire complice.

Ou quand j’observe à la dérobée le jeune homme qui entreprend une étudiante dans le bus :

« … et vous finissez les cours à quelle heure ce soir ? Ah vous ne savez pas exactement, vous venez de commencer l’année… bien… mais… sinon, ce week-end, vous êtes libre ? »

Non seulement cela donne de la matière, mais en plus ça fait patienter plus agréablement, et même souvent sourire. Et « leur échange est tellement authentique que nous ressentons le plaisir coupable de celui qui tend l’oreille vers une conversation intéressante et se met à la suivre », comme le dit King au sujet d’un dialogue qu’il trouve particulièrement réussi. Alors oui, écoutez, engrangez, car « la meilleure façon de s’initier au dialogue est encore d’avoir plaisir à parler soi-même et à écouter les autres — surtout à écouter, en prêtant attention aux accents, aux rythmes, aux dialectes, à l’argot des différents groupes sociaux ».

Le deuxième conseil notable est : soyez authentiques. N’allez pas mettre dans la bouche de vos personnages des paroles qui ne leur correspondent pas. « Comme dans tous les autres aspects de la fiction, le secret des bons dialogues réside dans l’honnêteté » nous enseigne King, nous conseillant de dire la vérité si nous voulons que nos dialogues aient impact et réalisme. A ce sujet j’ai beaucoup aimé son argumentaire et vous en fourni du coup un petit extrait :

Jamais un gamin n’a couru jusqu’à sa mère pour lui rapporter que sa petite sœur avait « déféqué » dans la baignoire. Il a pu employer diverses expressions comme « fait caca » ou simplement « fait », mais « a chié », j’en ai bien peur, est ce qui lui sera spontanément venu à l’esprit ; les p’tits baigneurs ont de grandes oreilles, après tout.
[…]
Si vous mettez « Oh, flûte ! » à la place de « Oh, merde ! » par crainte d’être critiqué par les gens bien-pensants, vous rompez le contrat tacite passé entre l’écrivain et ses lecteurs : vous leur avez en effet promis de dire la vérité sur la façon dont les gens se comportent et parlent par le biais d’une histoire inventée.

Faites donc parler votre personnage comme il le ferait dans la « vraie vie », difficile pensez-vous ? En plus de la nécessité de parler et d’écouter suscitée (exit la vision de l’écrivain vivant en ermite coupé du monde), il faut savoir qui vous faites parler, d’où il vient, sa culture, son éducation, ses aspirations. « Vous saurez quelle expression employer si vous connaissez bien votre personnage, et vous apprendrez quelque chose sur lui qui le rendra encore plus vivant et intéressant ».

Être indiscret et authentique. Soit. Mais cela suffit-il ? Nait-on dialoguiste ou le devient-on ? Stephen King nous répond que « les écrivains ont des aptitudes différentes, question dialogues » et qu’on peut améliorer les siennes dans ce domaine, que « l’écriture de bons dialogues est autant de l’art que de la technique » car la « technique d’écriture est le fruit d’années d’expérience ; l’art, de son côté, est le fruit d’une imagination créatrice qui travaille beaucoup et s’amuse bien ». Bref, exercez-vous, écoutez et restez honnêtes et voyez le résultat dans vos dialogues : « Quand un dialogue tombe juste, on le sait. Quand il ne va pas, on le sait aussi ».

Lorsque vous écrivez des dialogues, il ne faut pas tout dire tout de suite (et c’est valable non seulement pour les dialogues mais aussi pour l’histoire !) et tout ce que vous pouvez faire savoir du personnage par sa façon de parler est préférable à une description du personnage, plus vivant en tout cas.

En résumé, et puisque King le dit très bien :

Le langage parlé, laid ou beau, trahit le personnage. […] La bonne question à se poser n’est pas de savoir si les dialogues, dans votre histoire, emploient une langue recherchée ou vulgaire, elle est de savoir s’ils sonnent juste à la lecture et à l’oreille. Et si c’est ce que vous voulez, vous devez vous-même parler. Plus important, vous devez la fermer et écouter les autres.