Comment commencer à écrire ? (1)

Image courtesy of digitalart / FreeDigitalPhotos.netVous avez dû constater, si vous passer encore par ici de temps en temps, que les articles se sont faits rares, apparaissant sporadiquement au gré d’une envie, d’une inspiration de l’une de nous couplée à l’emploi de plusieurs minutes pour venir écrire des mots.

Je ne saurais parler pour Une Voix, mais pour ma part l’envie est toujours là. L’envie de venir écrire des articles sur ces pages et celle, plus ancienne, plus ancrée, que je connais d’aussi loin que je m’en souvienne, d’écrire. Écrire tout court et écrire un livre, écrire un roman, écrire des biographies (et oui, pas que la mienne, celles de ceux qui voudraient bien se raconter aussi), écrire des pensées et écrire des poèmes, voire des chansons, des articles de journaux, des essais… Et vous avez-vous envie ?

Je ne saurais parler pour Une Voix, mais pour ma part il me semble que l’inspiration est là, elle aussi. Avec ses hauts et ses bas, avec ses incertitudes dans la durée entre le moment où on se lance à écrire et le moment où on aura fini d’écrire ce que l’on voulait écrire (qui peut s’être bien transformé pendant l’exercice !), mais elle est bien là. Les idées fourmillent, les mots se pressent dans mes pensées, désorganisés, fouillis, puis s’assemblent en un tout cohérent et une direction claire. Et vous savez-vous ce que vous avez envie d’écrire, là, maintenant ?

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais partons de ces deux préalables : vous avez envie d’écrire et vous avez une idée, même vague, de ce que vous voulez écrire. Gageons que de nos jours, et d’autant plus si vous êtes en mesure de me lire, vous avez aussi les moyens matériels d’écrire: un clavier, une unité centrale et un écran; du papier et un stylo; voire un dictaphone ! Bref, vous avez tout le nécessaire pour commencer à écrire. Et vous ne le faites pas. Comme Une Voix. Comme plein de personnes qui caressent cet élan sans jamais le concrétiser. Comme moi. Parce que oui, voilà, je ne le fais pas, ou si peu.

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais pour ma part j’ai déjà mis des années à franchir l’étape d’oser dire que je voulais écrire, d’oser prétendre à jouer dans cette cour. Cool, je l’ai dis, je l’affirme encore plus, rien qu’aujourd’hui, ici, dans cet article. OK. Mais ça ne me fait toujours pas écrire, ni mon roman, ni la moindre biographie, ni le recueil à demi commencé ou à demi achevé qui dort dans un placard. Alors j’en viens à me demander pourquoi je n’écris toujours pas, et plus utilement, comment me mettre à écrire ? Et allez savoir, peut-être que mes réponses à mes interrogations pourrons vous servir, à vous !

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais pour ma part mon excuse favorite (et je parie que c’est aussi celle d’Une Voix, voire la vôtre) pour justifier que je n’ai toujours pas écrit est que : je n’ai pas le temps (là, vous voyez, vous aussi !). Excuse facile, légère, même gratifiante dans notre société où l’action est louée, où ces personnes affairées nous paraissent plus efficaces que celui qui a l’air d’avoir tout son temps. Parlons donc du temps. Le temps est le même pour Une Voix, pour vous et pour moi. Nous avons tous vingt-quatre heures dans notre journée, comme Stephen King, Jean d’Ormesson, Marc Levy, Marguerite Duras, Mathieu Rougeron, Robin Hobb, comme tout le monde. Le temps est fixe. La seule variable entre nous est le nombre de jours total que nous aurons passé dans notre manifestation physique sur cette terre. Et cette variable là, peu d’entre nous savent à l’avance quelle est sa valeur, nous l’ignorerons donc dans l’équation (ah ces séries de livre si agréables à lire et dont la fin voulue par l’auteur nous restera inconnue parce qu’il est parti avant d’achever son œuvre…).

Nous avons donc tous le même temps, ces mêmes heures qui s’offrent à nous, la variable n’est donc pas le temps, mais l’emploi du temps, au sens premier du terme : comment est-ce que vous, Une Voix et moi employons le temps que nous avons devant nous ? Une vieille publicité nous disait « la vie est une question de priorité ». C’est exactement de ça dont il est question. Vous n’avez pas le temps d’écrire, dites-vous ? Vous écrirez « plus tard », quand il y aura moins de boulot, quand la chambre sera refaite, quand les enfants seront grands, quand vous serez en congé maternité, quand vous aurez déménagé, quand les poules auront des dents, quand vous passerez à temps partiel, quand vous aurez les moyens d’avoir une femme de ménage, quand vous serez à la retraite, quand vous aurez rencontré l’âme sœur, quand vous aurez fini tel ou tel projet en cours, bref vous écrirez un jour, quand vous aurez plus de temps libre. Vous n’aurez jamais davantage de temps libre qu’aujourd’hui.

Je ne suis pas seule à le prétendre, je vous en ai déjà parlé dans l’article sur la persévérance. La maxime dit que la nature a horreur du vide. Disons que l’humain moderne dans notre société, celui qui est déjà trop actif, a cette horreur. Oui vous finirez le projet en cours, mais vous en aurez déjà un autre sur le feu. Gageons que si vous attendez simplement pour vous mettre à écrire d’avoir plus de temps libre, vous n’aurez jamais ce temps libre. Pour avoir le temps d’écrire il « suffit » de le décider. Décider d’avoir ce temps. Et c’est là que je vous invite à être créatif et à trouver des voies dans votre emploi du temps pour en employer à écrire. En fixant un créneau précis ou en profitant de moments particuliers, en revoyant votre emploi du temps obèse pour y identifier les activités chronophages qui sont moins prioritaires pour vous que l’écriture. En ne vous laissant plus happer par les sirènes des nouvelles technologies ou de la télé qui parfois vous entrainent dans des eaux où vous perdez de précieuses heures sans y prendre garde. En utilisant un dictaphone permettant de « prendre des notes » dans les bouchons tout en restant à votre volant. Trouvez vos solutions, mais n’attendez pas juste « d’avoir le temps un jour ».

Alors que cet article dormait encore à l’état de brouillon, presque fini, mais pas tout à fait car je n’avais pas eu le temps (!) de l’achever, j’ai pu parler de cette excuse du « je n’ai pas le temps » avec une écrivaine. Et alors que je battais ma coulpe de ces années à repousser le moment où j’écrirais faute de moments pris pour cela, elle m’a fait entrevoir que ce n’était pas nécessairement une « faute », mais bien que toutes ces années il y avait d’autres priorités plus urgentes dans ma vie que les mots qui, pourtant, souhaitaient sortir. Je me suis consacrée à mes enfants, mes couples, mes boulots, mes amis avant de me consacrer à mes livres, soit.

Tout ça pour dire que si vous souhaitez écrire et ne le faites pas parce que vous n’avez pas le temps, la première étape est de voir tout ce qui emploie votre temps et d’en déterminer la priorité. Soit les priorités font qu’effectivement, vous ne pouvez pas dégager de temps pour écrire et dans ce cas il n’y a plus qu’à attendre qu’un jour les priorités changent et à être satisfait de ce qui est, puisque ce que l’on vit est plus important que d’écrire. Soit vous trouverez ces créneaux, ces changements d’habitude, ces astuces qui vous permettront d’enfin écrire.

Aller, je cesse d’abuser de votre temps et je passerai à la deuxième excuse du « oui je veux écrire mais je ne le fais pas parce que… » une prochaine fois. Ça vous laisse le temps de revoir vos priorités !

Fiction ou réalité ?

© Ben Heine - http://www.benheine.com/

© Ben Heine – http://www.benheine.com/

Il n’y a pas si longtemps je publiais un petit texte, une bluette, quelques lignes nées de mon imagination, qui n’avaient aucune réalité. Il ne me courtisait pas. Qui était-« il » d’ailleurs ? D’où me venait soudain cet émoi de courtisane, pardon ! De courtisée !? Parce que, oui, émoi il y avait, l’émoi je le vivais. Je le vis avant de l’écrire, je le vis en l’écrivant, je le vis en relisant… Que ce soit une bluette amoureuse ou une tragédie grecque. Bon, c’est vrai, je n’ai jamais écrit de tragédie grecque… Mais je peux imaginer que j’en vivrais les émotions, comme je les vis dans toutes ces histoires que je m’invente, ces scénarios éphémères qui vivent dans ma tête et sont rarement transcrits en mots.

Il n’y a pas si longtemps je publiais un petit texte, une bluette, quelques lignes nées de ma réalité, saupoudrées de notes diverses chipées à mes autres expériences, volées à d’autres époques, voire empruntées aux histoires d’autres personnes. D’où me venait ce soudain émoi ? De l’image venue à mon esprit, sans raison aucune, d’un homme de ma connaissance, connaissance lointaine ; et du peu, très peu, que je savais de lui. Son visage, son loisir « passion », rien de plus.

Autour de ce visage formé sur mon écran interne, j’ai peint un paysage, un contexte, des intentions, des émotions. J’ai rappelé des souvenirs que j’ai transformés pour les adapter à cette personne, à cette situation, et je me suis laissée flotter, je me suis laissée faire par le moment et les images qui jaillissaient en toute autonomie.

Car rien dans ce processus n’était « conscient », rien n’était provoqué par la volonté, rien n’était réfléchi. Une fois la vanne ouverte, il suffisait de laisser couler. Et, comme je laisse couler ce soir, voilà que d’un sujet de départ sur la source réelle ou fictive de nos écrits (sujet dans lequel je ne me suis pas encore vraiment engouffrée d’ailleurs, comment ça mon introduction est longue ?!), je me retrouve forcément non loin d’autres éléments du processus de création… Je ne me laisserai pas faire, ce sera pour une autre fois, revenons à notre bluette.

Mon dernier article, comme le prochain, vise donc à illustrer mon sujet du jour, qui est que ce qu’on, non, ce que j’écris (car après tout que sais-je des autres ?) ne nait jamais du néant : il se nourrit de bribes de réalité, il se nourrit de l’expérience de l’écrivant, il n’est pas pure imagination, même quand il s’agit de grands bonshommes bleus ou de hobbits aux pieds poilus. Toute création surgit d’un nouvel assemblage constitué d’éléments existants. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite, certes, mais réelle.

Alors, ne venez plus me demander si les histoires et poèmes que ma plume raconte sont réels ou fictifs. Ils le sont.
Ils sont fictifs car ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. Car peut-être même ils ne me sont pas arrivés, mais à un autre. Car potentiellement ils ne sont juste « pas encore » arrivés.
Ils sont réels car chacun de leurs éléments provient d’une once de réalité, d’une expérience, d’un « déjà-vu », d’un récit entendu et intégré. Ils sont réels dans l’émotion qu’ils suscitent.

Pour que les images jaillissent, que les mots viennent, que la source jamais ne tarisse, il lui faut donc de la matière venue de l’expérience (vécue ou reçue). Celle-ci peut venir de la simple observation, comme nous en avons déjà parlé, mais je la préfère encore quand elle provient de muses inattendues. Et la vie m’offre parfois de ces cadeaux, au détour d’un regard, d’une journée banale qui prend un tour surprenant. J’en veux encore. Je me laisse surprendre à chaque fois, éternellement naïve et ravie que la magie revienne. La source s’est remplie à nouveau, il n’y a plus qu’à lui ouvrir les vannes…

Ces mots qui tournent autour du pot

Trois ansRien depuis Juin, c’est pas bien… mais en même temps, on vous avait prévenus. Et Une Plume, faut pas lui parler de liberté, sinon, elle se prend au jeu. Pourtant, je peux vous le dire, elle a envie de vous écrire. Elle en a envie et elle le fera sans doute bientôt.

Quant à moi, depuis Juin, j’ai lu et j’ai écrit. Sans vous le dire, c’est vrai. Je ne peux quand même pas tout vous dire. Non, n’insistez pas, je ne le ferai pas. Toutefois, aujourd’hui, j’ai envie de partager quelque chose avec vous. Un texte que j’ai écrit il y a peu.

Mais avant cela, je voudrais vous raconter comment ce texte s’est écrit. Je ne sais plus si je vous l’ai déjà expliqué mais souvent pour écrire, je pars d’une émotion, d’une idée, d’une couleur, d’un mot et je tourne autour. Enfin, plutôt, c’est l’émotion, l’idée ou le mot en question qui tournent autour de moi. Moi je ne fais rien, rien que les écouter et les coucher sur le papier. Parfois, l’émotion exprimée, je l’ai ressentie en écoutant une amie se confier, en voyant le visage d’une personne croisée dans la rue ou en entendant une musique. Parfois, il s’agit de quelque chose que j’ai vécu, dont je me souviens, plus ou moins bien. Souvent, à l’émotion première font écho d’autres émotions enfouies, endormies, latentes. C’est d’ailleurs souvent lorsque je vis une émotion vive que j’ai envie (besoin) d’écrire, car celle-ci va secouer tout un tas de choses en moi qui ont envie de s’exprimer.

Les mots qui viennent alors (tous seuls la plupart du temps) peuvent être très proches de ce que je ressens… ou plus éloignés. Ils peuvent mélanger plusieurs souvenirs, plusieurs histoires, plusieurs contextes, imaginaires même de temps à autres. Le résultat, je ne le connais jamais à l’avance et je ne sais parfois même pas dire, au moment où l’inspiration frappe à ma porte, sur quoi va porter le texte final. Pour ouvrir une parenthèse, dans l’expression comme ailleurs, cela se saurait si l’on maîtrisait quoi que ce soit. Non, on ne contrôle rien. On peut juste décider de résister… ou de laisser faire. Sur ce, je referme cette parenthèse en vous répétant que ce sont bien les mots qui m’écrivent. Moi, je ne fais que les entendre et les « autoriser ».

Finalement, j’ai changé d’avis, je ne vous raconterai pas l’histoire du texte suivant (qui deviendra peut-être une chanson, il en a déjà le format). Je vous dirai juste que l’émotion était là, qu’elle est allée en piocher une autre et peut-être encore une seconde et une troisième, qui ne m’appartiennent pas forcément d’ailleurs et puis que les mots se sont ensuite improvisés. Inutile donc d’essayer d’en interpréter le propos. Laissez juste les mots venir à vous et peut-être auront-ils quelque chose à vous dire…

Bonne lecture et à bientôt !

Trois ans

Trois ans et des poussières
Je la regarde s’accumuler
Sur les photos imaginaires
De nos projets non réalisés


Trois ans et des brouettes
De ressentiments, de prises de tête
De non-dits bien pensés
Mal pensant et mal embrassés


Combien de temps depuis
Ce regard qui m’avait éblouie
Combien d’années j’ai pris
Au coin des yeux… depuis…


Trois ans et des bananes
C’est marrant mais, où est la flamme ?
Le petit feu fragile
Notre trésor et talon d’Achille ?


Combien de temps depuis
Ce regard qui m’avait éblouie
Combien d’années j’ai pris
Au coin des yeux… depuis…


Trois ans c’est presque rien
Rien de plus qu’au premier matin ?
Mais qu’est-ce qui nous retient ?
Dis-moi, est-ce bientôt la fin ?


Trois ans, c’est que dalle
Mais ça fait quand même un peu râler
Cette mésentente cordiale
Même notre rupture nous fait bailler


Combien de temps depuis
Que la magie s’est évanouie
Combien d’années j’ai pris
Au coin des yeux… depuis…

 

Le sel de la vie

wpid-seldelavie.jpgCette semaine, j’ai lu un livre. Oui, ça m’arrive assez régulièrement, je sais bien, rien de notable.  Mais le livre, lui, est assez spécial. Et puis, je triche un peu en disant que je l’ai lu : je ne l’ai pas fini, quelques pages me manquent. Non que je m’en sois lassée, mais que la date limite pour le rendre est arrivée sans que j’ai eu le temps de l’achever. Double effet Kiss Cool d’un changement de travail qui a réduit ma disponibilité pour lire (et écrire bien sûr…) et de la lecture en cours de la biographie de Steve Jobs, qui s’avère bien plus longue que je ne m’y attendais… Il faut dire que c’est ma première lecture sur Kindle et que j’ai ainsi réalisé qu’il est plus difficile d’estimer son temps de lecture quand on n’a ni regardé le nombre de pages ni pu voir si le bouquin est un pavé ou un fin petit objet !

Concernant le livre dont je viens vous parler, lu en format « classique », il appartient à la seconde catégorie (d’autant plus frustrant de ne pas avoir réussi à le lire dans les temps !). Et il a la particularité d’obéir à une contrainte incongrue: il s’agit d’une phrase unique tout au long du livre, à l’exception de la préface et de la postface. Il s’agit du « Sel de la Vie » écrit par Françoise Héritier.

Au départ je fus réticente. Enfin, non, au tout début, j’étais intéressée, suffisamment pour l’emprunter ; c’est quand je l’ai eu dans les mains que ma réticence est apparue. Comme je le disais il est fin, et il contient une phrase unique, à peu de choses près ; une longue phrase certes, mais une seule ! Et puis ce n’est pas une histoire mais une énumération… Du coup, son prix m’a paru excessif (OK, pour ma part je l’ai emprunté à une médiathèque, donc lu gratuitement, mais quand même…). Et puis j’ai commencé à le lire, et je n’ai pas trop accroché, encore une fois rebutée par cette impression de « trop peu ». Sauf qu’au final je suis ravie de l’avoir lu (et que j’irai le rechercher dès que possible pour en lire la fin) pour une raison simple: sous ses dehors « faire un livre avec si peu c’est un peu abuser », il possède un fond riche et il provoque des émotions, une réflexion et même des envies de changement !

Le sujet du livre est simple : elle écrit une lettre à un ami et lui liste tout ce qui fait le sel de la vie, ces petites choses que l’on vit et qui nous touchent, qui nous forgent, dont le souvenir s’installe dans un coin de notre mémoire et peut resurgir à toute heure. Les petites choses que l’on ne voit pas toujours, mais sans lesquelles notre vie ne serait pas ce qu’elle est. Alors bien sûr le sel de sa vie ne ressemble pas au mien, certaines parties de sa liste me laissent froide, quand d’autres me parlent car j’ai connu les mêmes et qu’elles m’ont aussi procuré une émotion, qui m’est propre. Lire sa liste n’a pour intérêt que de réveiller chez moi (nous ?) la question du sens de la vie, plus spécifiquement de la mienne ; de m’émouvoir sur certaines évocations et de vouloir prêter plus d’attention aux petites choses.

II y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie.

Alors, le lire, pourquoi pas ? C’est rapide et inspirant. Mais plus intéressant encore, l’écrire ! Voilà l’envie qu’il a provoqué chez moi. La forme que je choisirai pour ma part ne sera pas un livre, un temps où je liste indéfiniment mes petites choses, mon sel, mais une publication quotidienne d’une de ces choses sur mon mur Facebook (et pourquoi pas celui de notre page si Une Voix se prête au jeu ?). Comme ça chaque jour je profiterai du rayon de soleil du souvenir d’un détail, d’une émotion, d’une joie. Et vous, qu’est-ce qui fait le sel de votre vie ?

On n’écrit pas sur ce qu’on aime

© François SpinelliNon, mon titre ne signifie pas que l’on n’aime pas ce que l’on écrit, même si on pourrait l’interpréter ainsi en capillotractant (j’aime bien ce néologisme) quelque peu notre façon de le comprendre. En plus, ce n’est même pas mon titre… j’ai piqué la phrase d’une chanson de Zazie : « Sur toi ». Fort heureusement, nous pouvons encore utiliser des phrases qui appartiennent à des chansons sans être taxés de plagiat, sinon, vu la prolixité des auteurs, beaucoup de termes nous seraient interdits, à commencer par le fameux « je t’aime » chanté sur bien des tons et dans bien des langues !

Non, je ne viens pas pallier le manque de loquacité de Une Voix ces derniers temps en terme d’articles de composition, de musique, d’analyses de chanson. Simplement, j’aime cette chanson, j’aime beaucoup des chansons de Zazie, et celle-ci à une saveur toute particulière : elle parle d’écriture. Et, je vous surprendrai peut-être, mais c’est un thème qui m’est chair cher.

Il y a longtemps, au lycée, était-ce un beau jour ou peut-être une nuit pour une dissertation, un commentaire composé, ou même en cours de philosophie ? Toujours est-il que je me souviens encore d’avoir discuté sur ce fait étonnant : le bonheur ne se raconte pas. Un peu comme quand des parents parlent des enfants à une future mère, ils vous racontent toutes les contraintes et les misères de la maternité, de la parentalité, et puis pour le reste « tu verras, c’est que du bonheur ! ». On n’écrit pas la chance qu’on a. Avez-vous lu beaucoup de romans qui ne parlent que de bonheur, de bons moments ? Dans la majorité des cas, on nous montre les déboires des protagonistes, on s’étend peu sur leurs moments heureux. Prenez un Disney, quand tout est résolu l’histoire s’arrête, « et ils vécurent heureux… ». Le bonheur serait-il barbant ?! Et les informations ! Combien de catastrophes, de guerres, de désastres, de meurtres, d’accidents à la une pour combien de jolies histoires, de cordonnier ou de professeur qui à sa tâche chaque jour change la vie ?

On n’écrit pas sur ce qui va bien. Que ce soit pour un roman, ou quand on écrit son journal, on jette plus souvent des mots qui parlent de problèmes, d’obstacles, de challenges, de deuils, de contrariétés qu’on ne raconte la beauté de quelques nuages roses sur un ciel azur, la sensation de joie au sourire des enfants, la douceur du sable du château que l’on bâtit, la sérénité à faire la planche dans l’eau tiède au grand soleil, les fous rires entre amies, le plaisir des câlins avec un être aimé. Il y a plus de mots pour les émotions négatives que positives, non ? Ou du moins elles nous rendent plus loquaces. Et Zazie évoque très bien cela, écoutez-la :

Belle chanson d’amour, n’est-il pas ? D’amour pour celui qu’elle évoque, d’amour de l’écriture, d’amour de la vie. Et qu’il est facile de m’y retrouver et de répondre à l’aide de ses mots à ce « pourquoi écrire ? ». Écrire c’est reculer l’instant où tout va s’écrouler… Le blues, le spleen, la douleur inspiratrice des poètes ; l’écriture comme une  catharsis :  la transformation de l’émotion en pensée.

Bien sûr, il existe des contres-exemples, heureusement. A vous de le les citer ci-dessous !

En attendant, j’écris à côté de toi, autour de toi, avec toi, pour toi, grâce à toi, à cause de toi, par toi, sans toi, par choix, mais, non, pas sur toi… Rassure-toi !

J’écris sur ce que j’endure
Les petites morts, sur les blessures
J’écris ma peur
Mon manque d’amour
J’écris du cœur
Mais c’est toujours

Sur ce que je n’ai pas pu dire
Pas pu vivre pas su retenir
J’écris en vers
Et contre tous
C’est toujours l’enfer
Qui me pousse

A jeter l’encre sur le papier
La faute sur ceux qui m’ont laissée
Écrire c’est toujours reculer
L’instant où tout s’est écroulé

On n’écrit pas
Sur ce qu’on aime
Sur ce qui ne pose pas
Problème
Voilà pourquoi
Je n’écris pas
Sur toi
Rassure-toi

J’écris sur ce qui me blesse
La liste des forces qu’il me reste
Mes kilomètres de vie manquée
De mal en prose, de vers brisés

J’écris comme on miaule sous la lune
Dans la nuit, je trempe ma plume
J’écris l’abcès
J’écris l’absent
J’écris la pluie
Pas le beau temps

J’écris ce qui ne se dit pas
Sur les murs, j’écris sur les toits
Écrire, c’est toujours revenir
A ceux qui nous ont fait partir

On n’écrit pas qu’on manque de rien
Qu’on est heureux, que tout va bien
Voilà pourquoi
Je n’écris pas
Sur toi
Rassure-toi

J’écris quand j’ai mal aux autres
Quand ma peine ressemble à la votre
Quand le monde me fait le gros dos
Je lui fais porter le chapeau

J’écris le blues indélébile
Ça me paraît moins difficile
De dire à tous plutôt qu’à un
Et d’avoir le mot de la fin

Il faut qu’elle soit partie déjà
Pour écrire ne me quitte pas
Qu’ils ne vivent plus sous le même toit
Pour qu’il vienne lui dire qu’il s’en va

On n’écrit pas la chance qu’on a
Pas de chanson d’amour quand on en a
Voilà pourquoi, mon amour
Je n’écris rien
Sur toi
Rassure-toi

Sur Toi – Zazie