Comment vous dire ?

Plume DigitaleJ’ai cherché comment vous le dire. J’ai même commencé à aborder le sujet sous forme d’un clin d’œil la semaine dernière. Il y a plusieurs manières de présenter la chose comme vous aurez plusieurs façons de vous l’approprier. Alors voila, je me lance : Vous écrire depuis 2012, ou depuis toujours en fait, m’a donné envie de continuer à écrire pour vous, et d’en faire mon activité professionnelle principale. Mais comment vous annoncer la création de mon entreprise ?

Comme une devinette ?

Dans l’air du temps,

Je chatouille vos idées pour les coucher sur l’écran,

Et le numérique plus léger je rends.

Qui suis-je ?

En mode lettre de candidature ?

J’ai toujours aimé lire et écrire ; je me suis pourtant orientée vers un enseignement scientifique et technique. Après 12 ans d’expérience en tant qu’ingénieur informatique, c’est dans le domaine de la formation professionnelle continue que j’ai poursuivi ma carrière. Mais, tout au long de mon parcours, ce sont les activités liées à la rédaction et plus récemment à la communication qui m’ont le plus enthousiasmée. D’où la création de mon activité de services en rédaction et usages numériques comme une évidence et une continuité logique de mon parcours.

Avec un peu d’humour volatile ?

Les mots, je suis tombée dedans quand j’étais petite. Ça me colle à la peau, forcément. L’informatique et la formation, c’est bien, ça fait des plumes qui viennent adhérer et donner consistance à ce drôle d’oiseau qui vous propose aujourd’hui ses services.

En livrant mes motivations profondes ?

Ce que j’aime le plus, c’est exprimer les plus belles choses avec les mots les plus simples et à partir des consignes les plus tordues.

En style télégraphique ?

Lecture. Écriture. Poèmes. Jeux de mots. Noms de code. Code informatique. Algorithme. Questionnement. Place de l’humain. Valorisation de l’humain. Montée en compétences. Formation. Communication. Écoute. Partage. Lecture et écriture. Retour aux fondamentaux.

Simplement, en une phase ?

Quand j’en ai eu assez de rechercher des moyens d’expression dans mon métier technique, j’ai décidé de trouver les moyens techniques de faire de mon expression  ma profession.

Ou, encore plus simplement, en deux mots :

Plume Digitale.

A votre service !

Numérique, bordel !

Quelle entrée, en matière !

Hum, pardon pour le gros mot. Pour ma décharge, c’est une citation. Vous imaginez bien que je ne dirais pas une chose pareille de ma propre initiative. A présent que le malentendu est évité, je vous explique : Cette expression est née sur les réseaux sociaux lors d’un débat sur l’emploi de deux termes – numérique et digital – pour désigner ce qui a trait aux nouvelles technologies de l’information (encore des termes dont nous pourrions débattre, d’ailleurs).

D’un côté, il y a les puristes. Ceux qui disent numérique, par opposition à analogique et surtout qui estiment que c’est la meilleure traduction du mot anglais digital, puisque digit en anglais et dans ce contexte signifie chiffre. Une donnée informatique est numérique, ce sont les empreintes qui sont digitales. Vous avez compris le raisonnement.

De l’autre côté, il y a les emphatiques. Ceux qui s’inventent des définitions complexes, du style « numérique ça se rapporte à une chose dont il existait une version analogique avant l’arrivée de l’informatique » alors que « digital ça se rapporte à une chose nouvelle qui a été créée avec les nouvelles technologies ». Pourquoi pas.

Au milieu de ce beau monde, il y a les esthètes, un rien opportunistes. Ceux qui trouvent qu’on aurait tort de se priver du mot digital, tellement chic puisque les anglo-saxons l’utilisent. Ils emploient donc l’un ou l’autre terme selon que l’expression « sonne mieux » de telle ou telle manière. Une entreprise du numérique, un service digital, un document en version numérique ou un objet utilisant les technologies digitales. Tout est question de goût.

Et puis, enfin, il y a les pragmatiques. Ceux qui comprennent le point de vue rigoriste mais à qui l’évolution des pratiques donne des raisons de le nuancer. En effet, aujourd’hui, de nombreuses technologies numériques proposent une approche tactile. Quand vous verrez pour la première fois un ado tenter de faire défiler l’affichage d’un ordinateur ou d’une télévision en caressant latéralement l’écran de ses doigts, vous comprendrez que, s’il est correct de dire que les nouvelles technologies sont numériques, les usages découlant de ses nouvelles habitudes sont clairement digitales puisqu’on y met les doigts !

Sur ces considérations sémantiques, je vous souhaite une bonne lecture digitale sur vos appareils numériques. A moins que ce ne soit l’inverse.

Contraintes et cerisiers en fleur

J’affectionne particulièrement d’écrire en me fixant des règles et des contraintes. Souvenez-nous, nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, ainsi que des maîtres de l’OuLiPo et notamment Georges Perec, dont nous avions commenté la Disparition

Je voudrais aujourd’hui vous parler des Haïkus, ces petits poèmes japonais qui me ravissent. Je ne suis pas une spécialiste, juste une amatrice de ces petites gourmandises poétiques qui se dégustent en une bouchée, et qui vous invitent, l’espace d’un instant, à ressentir, vibrer, voyager.

Ce qui, pour moi occidentale, n’est qu’une distraction de l’esprit, est au Japon un art sérieux et codifié. Codifié, avec des règles strictes… qu’on peut enfreindre. Et sérieux… mais l’humour est autorisé, ainsi que les figures stylistiques, dans une certaine mesure et dans le respect de l’esprit du Haïku.

Quel est donc cet « esprit » du Haïku ? Je vais essayer de vous expliquer ce que j’en ai compris. Tout d’abord, le Haïku est en lien avec la nature et avec les saisons, ou les cycles naturels importants, comme celui de la lune. Ces saisons et cycles peuvent être cités ou mieux, évoqués. Ensuite, le Haïku est l’expression de l’intemporalité, du temps suspendu et de l’éphémère. Les phénomènes qu’il décrit sont brefs, fugaces. L’instant présent – une goute de pluie, un animal qui apparait puis s’évanouit – laissant parfois comme une impression d’illusion.

Quant aux codes du Haïku, je préfère éviter de vous dire des bêtises en essayant d’être très précise, mais :

  • Le Haïku est fait pour être dit en un souffle, il est donc très court
  • Dans l’écriture japonaise, il s’écrit sur une seule ligne verticale mais comporte au moins une césure
  • Il est composé de 17 « mores » (en quelques sortes les pieds du poème), découpés ainsi 5+7+5.

Ces règles peuvent être transgressées (et le sont, notamment par les maîtres) et chaque transgression porte un petit nom bien particulier, selon qu’on a ajouté un « more », modifié le rythme 5-7-5 ou omis la référence à la saison.

L’adaptation française implique aussi, vous vous en doutez, de grosses entorses aux règles et à l’esprit Haïku. Je ne sais pas si les maîtres japonais apprécient la traduction de leurs poèmes en d’autres langues, mais pour ma part, je trouverais dommage de ne pas me délecter de ces petits plaisirs !

Assez parlé, je vous propose d’en lire un ou deux, par le maître Matsuo Basho, dans l’une de leurs traductions françaises (on trouve de nombreuses traductions différentes pour un même Haïku) :

Le vent violent déchire le bananier
Toute la nuit j’écoute la pluie
Dans un seau

Un autre, plus connu :

Un vieil étang
Une grenouille plonge
L’eau se brise

Vous l’avez compris, nous avons à faire là à une matière pour spécialistes. Je ne résiste cependant pas à la joie de m’y essayer. En voila un de mon cru :

Cendre du passé
Une brise de printemps
L’aura dispersée

J’en conviens, il me faudra encore me perfectionner.

Ca vous dit d’essayer ?

Comment commencer à écrire ? (1)

Image courtesy of digitalart / FreeDigitalPhotos.netVous avez dû constater, si vous passer encore par ici de temps en temps, que les articles se sont faits rares, apparaissant sporadiquement au gré d’une envie, d’une inspiration de l’une de nous couplée à l’emploi de plusieurs minutes pour venir écrire des mots.

Je ne saurais parler pour Une Voix, mais pour ma part l’envie est toujours là. L’envie de venir écrire des articles sur ces pages et celle, plus ancienne, plus ancrée, que je connais d’aussi loin que je m’en souvienne, d’écrire. Écrire tout court et écrire un livre, écrire un roman, écrire des biographies (et oui, pas que la mienne, celles de ceux qui voudraient bien se raconter aussi), écrire des pensées et écrire des poèmes, voire des chansons, des articles de journaux, des essais… Et vous avez-vous envie ?

Je ne saurais parler pour Une Voix, mais pour ma part il me semble que l’inspiration est là, elle aussi. Avec ses hauts et ses bas, avec ses incertitudes dans la durée entre le moment où on se lance à écrire et le moment où on aura fini d’écrire ce que l’on voulait écrire (qui peut s’être bien transformé pendant l’exercice !), mais elle est bien là. Les idées fourmillent, les mots se pressent dans mes pensées, désorganisés, fouillis, puis s’assemblent en un tout cohérent et une direction claire. Et vous savez-vous ce que vous avez envie d’écrire, là, maintenant ?

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais partons de ces deux préalables : vous avez envie d’écrire et vous avez une idée, même vague, de ce que vous voulez écrire. Gageons que de nos jours, et d’autant plus si vous êtes en mesure de me lire, vous avez aussi les moyens matériels d’écrire: un clavier, une unité centrale et un écran; du papier et un stylo; voire un dictaphone ! Bref, vous avez tout le nécessaire pour commencer à écrire. Et vous ne le faites pas. Comme Une Voix. Comme plein de personnes qui caressent cet élan sans jamais le concrétiser. Comme moi. Parce que oui, voilà, je ne le fais pas, ou si peu.

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais pour ma part j’ai déjà mis des années à franchir l’étape d’oser dire que je voulais écrire, d’oser prétendre à jouer dans cette cour. Cool, je l’ai dis, je l’affirme encore plus, rien qu’aujourd’hui, ici, dans cet article. OK. Mais ça ne me fait toujours pas écrire, ni mon roman, ni la moindre biographie, ni le recueil à demi commencé ou à demi achevé qui dort dans un placard. Alors j’en viens à me demander pourquoi je n’écris toujours pas, et plus utilement, comment me mettre à écrire ? Et allez savoir, peut-être que mes réponses à mes interrogations pourrons vous servir, à vous !

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais pour ma part mon excuse favorite (et je parie que c’est aussi celle d’Une Voix, voire la vôtre) pour justifier que je n’ai toujours pas écrit est que : je n’ai pas le temps (là, vous voyez, vous aussi !). Excuse facile, légère, même gratifiante dans notre société où l’action est louée, où ces personnes affairées nous paraissent plus efficaces que celui qui a l’air d’avoir tout son temps. Parlons donc du temps. Le temps est le même pour Une Voix, pour vous et pour moi. Nous avons tous vingt-quatre heures dans notre journée, comme Stephen King, Jean d’Ormesson, Marc Levy, Marguerite Duras, Mathieu Rougeron, Robin Hobb, comme tout le monde. Le temps est fixe. La seule variable entre nous est le nombre de jours total que nous aurons passé dans notre manifestation physique sur cette terre. Et cette variable là, peu d’entre nous savent à l’avance quelle est sa valeur, nous l’ignorerons donc dans l’équation (ah ces séries de livres si agréables à lire et dont la fin voulue par l’auteur nous restera inconnue parce qu’il est parti avant d’achever son œuvre…).

Nous avons donc tous le même temps, ces mêmes heures qui s’offrent à nous, la variable n’est donc pas le temps, mais l’emploi du temps, au sens premier du terme : comment est-ce que vous, Une Voix et moi employons le temps que nous avons devant nous ? Une vieille publicité nous disait « la vie est une question de priorité ». C’est exactement de ça dont il est question. Vous n’avez pas le temps d’écrire, dites-vous ? Vous écrirez « plus tard », quand il y aura moins de boulot, quand la chambre sera refaite, quand les enfants seront grands, quand vous serez en congé maternité, quand vous aurez déménagé, quand les poules auront des dents, quand vous passerez à temps partiel, quand vous aurez les moyens d’avoir une femme de ménage, quand vous serez à la retraite, quand vous aurez rencontré l’âme sœur, quand vous aurez fini tel ou tel projet en cours, bref vous écrirez un jour, quand vous aurez plus de temps libre. Vous n’aurez jamais davantage de temps libre qu’aujourd’hui.

Je ne suis pas seule à le prétendre, je vous en ai déjà parlé dans l’article sur la persévérance. La maxime dit que la nature a horreur du vide. Disons que l’humain moderne dans notre société, celui qui est déjà trop actif, a cette horreur. Oui vous finirez le projet en cours, mais vous en aurez déjà un autre sur le feu. Gageons que si vous attendez simplement pour vous mettre à écrire d’avoir plus de temps libre, vous n’aurez jamais ce temps libre. Pour avoir le temps d’écrire il « suffit » de le décider. Décider d’avoir ce temps. Et c’est là que je vous invite à être créatif et à trouver des voies dans votre emploi du temps pour en employer à écrire. En fixant un créneau précis ou en profitant de moments particuliers, en revoyant votre emploi du temps obèse pour y identifier les activités chronophages qui sont moins prioritaires pour vous que l’écriture. En ne vous laissant plus happer par les sirènes des nouvelles technologies ou de la télé qui parfois vous entrainent dans des eaux où vous perdez de précieuses heures sans y prendre garde. En utilisant un dictaphone permettant de « prendre des notes » dans les bouchons tout en restant à votre volant. Trouvez vos solutions, mais n’attendez pas juste « d’avoir le temps un jour ».

Alors que cet article dormait encore à l’état de brouillon, presque fini, mais pas tout à fait car je n’avais pas eu le temps (!) de l’achever, j’ai pu parler de cette excuse du « je n’ai pas le temps » avec une écrivaine. Et alors que je battais ma coulpe de ces années à repousser le moment où j’écrirais faute de moments pris pour cela, elle m’a fait entrevoir que ce n’était pas nécessairement une « faute », mais bien que toutes ces années il y avait d’autres priorités plus urgentes dans ma vie que les mots qui, pourtant, souhaitaient sortir. Je me suis consacrée à mes enfants, mes couples, mes boulots, mes amis avant de me consacrer à mes livres, soit.

Tout ça pour dire que si vous souhaitez écrire et ne le faites pas parce que vous n’avez pas le temps, la première étape est de voir tout ce qui emploie votre temps et d’en déterminer la priorité. Soit les priorités font qu’effectivement, vous ne pouvez pas dégager de temps pour écrire et dans ce cas il n’y a plus qu’à attendre qu’un jour les priorités changent et à être satisfait de ce qui est, puisque ce que l’on vit est plus important que d’écrire. Soit vous trouverez ces créneaux, ces changements d’habitude, ces astuces qui vous permettront d’enfin écrire.

Aller, je cesse d’abuser de votre temps et je passerai à la deuxième excuse du « oui je veux écrire mais je ne le fais pas parce que… » une prochaine fois. Ça vous laisse le temps de revoir vos priorités !

Je ne le répéterai pas


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Dans un ancien article, je vous présentais Georges Perec et son roman oulipen « La disparition ». Je reviens aujourd’hui avec un nouvel exemple de littérature guidée par la contrainte. Il s’agit cette fois d’un ouvrage d’un centaine de pages au cours desquelles aucun verbe, adjectif ni substantif ne fait l’objet d’une redite, chacun de ces mots n’étant par là même exposé qu’une fois au grand maximum.

Si la dite astreinte à laquelle je me livre volontiers dans mon propos du jour paraît simpliste de prime abord, il apparaît évident que la difficulté de l’exercice croît avec la longueur du texte concerné. Aussi, alors que les lignes s’égrènent sous mon clavier, l’angoisse du doublon m’étreint. Et si une récurrence m’échappait ? Je le devine, la seule méthode pour assurer l’observance de la règle sur la durée reste d’employer des termes et des formules plus incongrus, abscons, et rares les uns que les autres au risque de perdre en chemin un lecteur manquant de pugnacité. En effet, le maniement d’un vocabulaire trop usité et, par conséquent, courant ou fameux, induit l’erreur, le radotage honni, la duplication redoutée !

Il y a donc nécessité de recourir à des pirouettes (cacahouète) et des artifices afin d’expliciter chaque concept en contournant le lieu commun.

Si l’auteur de « Je ne le répéterai pas » nous promet que la rencontre avec son œuvre demeure une expérience cognitive sans précédent, le cerveau du liseur s’adaptant sans cesse à un vocabulaire inédit, je vous affirme pour ma part que l’arrivée jusqu’au terme du document relève d’un mérite certain.

En ce sens, j’adresse mon admiration sincère et mes remerciements cordiaux à toi, fidèle visiteur de ce blog, qui, tel un humble moine observant une ascèse sans faille, brave la sériosité de cet écrit afin d’en atteindre la fin. Pour ma part, commençant à m’habituer à la discipline requise par la tortueuse rédaction de ce papier, j’hésite à envisager de supplémentaires circonvolutions qui, comme nous l’avons déjà expliqué, augmenteraient encore le degré de bravoure de mon exploit journalistique de ce soir. Toutefois, accordant une pensée empathique et compatissante à mes chers amis internautes spectateurs de mon actuel bavardage, je m’interromps ici, non sans avoir désigné l’écrivain québécois dont il est question depuis le commencement de cet essai : G. Levesque.