Comment commencer à écrire ? (1)

Image courtesy of digitalart / FreeDigitalPhotos.netVous avez dû constater, si vous passer encore par ici de temps en temps, que les articles se sont faits rares, apparaissant sporadiquement au gré d’une envie, d’une inspiration de l’une de nous couplée à l’emploi de plusieurs minutes pour venir écrire des mots.

Je ne saurais parler pour Une Voix, mais pour ma part l’envie est toujours là. L’envie de venir écrire des articles sur ces pages et celle, plus ancienne, plus ancrée, que je connais d’aussi loin que je m’en souvienne, d’écrire. Écrire tout court et écrire un livre, écrire un roman, écrire des biographies (et oui, pas que la mienne, celles de ceux qui voudraient bien se raconter aussi), écrire des pensées et écrire des poèmes, voire des chansons, des articles de journaux, des essais… Et vous avez-vous envie ?

Je ne saurais parler pour Une Voix, mais pour ma part il me semble que l’inspiration est là, elle aussi. Avec ses hauts et ses bas, avec ses incertitudes dans la durée entre le moment où on se lance à écrire et le moment où on aura fini d’écrire ce que l’on voulait écrire (qui peut s’être bien transformé pendant l’exercice !), mais elle est bien là. Les idées fourmillent, les mots se pressent dans mes pensées, désorganisés, fouillis, puis s’assemblent en un tout cohérent et une direction claire. Et vous savez-vous ce que vous avez envie d’écrire, là, maintenant ?

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais partons de ces deux préalables : vous avez envie d’écrire et vous avez une idée, même vague, de ce que vous voulez écrire. Gageons que de nos jours, et d’autant plus si vous êtes en mesure de me lire, vous avez aussi les moyens matériels d’écrire: un clavier, une unité centrale et un écran; du papier et un stylo; voire un dictaphone ! Bref, vous avez tout le nécessaire pour commencer à écrire. Et vous ne le faites pas. Comme Une Voix. Comme plein de personnes qui caressent cet élan sans jamais le concrétiser. Comme moi. Parce que oui, voilà, je ne le fais pas, ou si peu.

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais pour ma part j’ai déjà mis des années à franchir l’étape d’oser dire que je voulais écrire, d’oser prétendre à jouer dans cette cour. Cool, je l’ai dis, je l’affirme encore plus, rien qu’aujourd’hui, ici, dans cet article. OK. Mais ça ne me fait toujours pas écrire, ni mon roman, ni la moindre biographie, ni le recueil à demi commencé ou à demi achevé qui dort dans un placard. Alors j’en viens à me demander pourquoi je n’écris toujours pas, et plus utilement, comment me mettre à écrire ? Et allez savoir, peut-être que mes réponses à mes interrogations pourrons vous servir, à vous !

Je ne saurais parler pour Une Voix, ni pour vous, mais pour ma part mon excuse favorite (et je parie que c’est aussi celle d’Une Voix, voire la vôtre) pour justifier que je n’ai toujours pas écrit est que : je n’ai pas le temps (là, vous voyez, vous aussi !). Excuse facile, légère, même gratifiante dans notre société où l’action est louée, où ces personnes affairées nous paraissent plus efficaces que celui qui a l’air d’avoir tout son temps. Parlons donc du temps. Le temps est le même pour Une Voix, pour vous et pour moi. Nous avons tous vingt-quatre heures dans notre journée, comme Stephen King, Jean d’Ormesson, Marc Levy, Marguerite Duras, Mathieu Rougeron, Robin Hobb, comme tout le monde. Le temps est fixe. La seule variable entre nous est le nombre de jours total que nous aurons passé dans notre manifestation physique sur cette terre. Et cette variable là, peu d’entre nous savent à l’avance quelle est sa valeur, nous l’ignorerons donc dans l’équation (ah ces séries de livre si agréables à lire et dont la fin voulue par l’auteur nous restera inconnue parce qu’il est parti avant d’achever son œuvre…).

Nous avons donc tous le même temps, ces mêmes heures qui s’offrent à nous, la variable n’est donc pas le temps, mais l’emploi du temps, au sens premier du terme : comment est-ce que vous, Une Voix et moi employons le temps que nous avons devant nous ? Une vieille publicité nous disait « la vie est une question de priorité ». C’est exactement de ça dont il est question. Vous n’avez pas le temps d’écrire, dites-vous ? Vous écrirez « plus tard », quand il y aura moins de boulot, quand la chambre sera refaite, quand les enfants seront grands, quand vous serez en congé maternité, quand vous aurez déménagé, quand les poules auront des dents, quand vous passerez à temps partiel, quand vous aurez les moyens d’avoir une femme de ménage, quand vous serez à la retraite, quand vous aurez rencontré l’âme sœur, quand vous aurez fini tel ou tel projet en cours, bref vous écrirez un jour, quand vous aurez plus de temps libre. Vous n’aurez jamais davantage de temps libre qu’aujourd’hui.

Je ne suis pas seule à le prétendre, je vous en ai déjà parlé dans l’article sur la persévérance. La maxime dit que la nature a horreur du vide. Disons que l’humain moderne dans notre société, celui qui est déjà trop actif, a cette horreur. Oui vous finirez le projet en cours, mais vous en aurez déjà un autre sur le feu. Gageons que si vous attendez simplement pour vous mettre à écrire d’avoir plus de temps libre, vous n’aurez jamais ce temps libre. Pour avoir le temps d’écrire il « suffit » de le décider. Décider d’avoir ce temps. Et c’est là que je vous invite à être créatif et à trouver des voies dans votre emploi du temps pour en employer à écrire. En fixant un créneau précis ou en profitant de moments particuliers, en revoyant votre emploi du temps obèse pour y identifier les activités chronophages qui sont moins prioritaires pour vous que l’écriture. En ne vous laissant plus happer par les sirènes des nouvelles technologies ou de la télé qui parfois vous entrainent dans des eaux où vous perdez de précieuses heures sans y prendre garde. En utilisant un dictaphone permettant de « prendre des notes » dans les bouchons tout en restant à votre volant. Trouvez vos solutions, mais n’attendez pas juste « d’avoir le temps un jour ».

Alors que cet article dormait encore à l’état de brouillon, presque fini, mais pas tout à fait car je n’avais pas eu le temps (!) de l’achever, j’ai pu parler de cette excuse du « je n’ai pas le temps » avec une écrivaine. Et alors que je battais ma coulpe de ces années à repousser le moment où j’écrirais faute de moments pris pour cela, elle m’a fait entrevoir que ce n’était pas nécessairement une « faute », mais bien que toutes ces années il y avait d’autres priorités plus urgentes dans ma vie que les mots qui, pourtant, souhaitaient sortir. Je me suis consacrée à mes enfants, mes couples, mes boulots, mes amis avant de me consacrer à mes livres, soit.

Tout ça pour dire que si vous souhaitez écrire et ne le faites pas parce que vous n’avez pas le temps, la première étape est de voir tout ce qui emploie votre temps et d’en déterminer la priorité. Soit les priorités font qu’effectivement, vous ne pouvez pas dégager de temps pour écrire et dans ce cas il n’y a plus qu’à attendre qu’un jour les priorités changent et à être satisfait de ce qui est, puisque ce que l’on vit est plus important que d’écrire. Soit vous trouverez ces créneaux, ces changements d’habitude, ces astuces qui vous permettront d’enfin écrire.

Aller, je cesse d’abuser de votre temps et je passerai à la deuxième excuse du « oui je veux écrire mais je ne le fais pas parce que… » une prochaine fois. Ça vous laisse le temps de revoir vos priorités !

Je ne le répéterai pas


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Dans un ancien article, je vous présentais Georges Perec et son roman oulipen « La disparition ». Je reviens aujourd’hui avec un nouvel exemple de littérature guidée par la contrainte. Il s’agit cette fois d’un ouvrage d’un centaine de pages au cours desquelles aucun verbe, adjectif ni substantif ne fait l’objet d’une redite, chacun de ces mots n’étant par là même exposé qu’une fois au grand maximum.

Si la dite astreinte à laquelle je me livre volontiers dans mon propos du jour paraît simpliste de prime abord, il apparaît évident que la difficulté de l’exercice croît avec la longueur du texte concerné. Aussi, alors que les lignes s’égrènent sous mon clavier, l’angoisse du doublon m’étreint. Et si une récurrence m’échappait ? Je le devine, la seule méthode pour assurer l’observance de la règle sur la durée reste d’employer des termes et des formules plus incongrus, abscons, et rares les uns que les autres au risque de perdre en chemin un lecteur manquant de pugnacité. En effet, le maniement d’un vocabulaire trop usité et, par conséquent, courant ou fameux, induit l’erreur, le radotage honni, la duplication redoutée !

Il y a donc nécessité de recourir à des pirouettes (cacahouète) et des artifices afin d’expliciter chaque concept en contournant le lieu commun.

Si l’auteur de « Je ne le répéterai pas » nous promet que la rencontre avec son œuvre demeure une expérience cognitive sans précédent, le cerveau du liseur s’adaptant sans cesse à un vocabulaire inédit, je vous affirme pour ma part que l’arrivée jusqu’au terme du document relève d’un mérite certain.

En ce sens, j’adresse mon admiration sincère et mes remerciements cordiaux à toi, fidèle visiteur de ce blog, qui, tel un humble moine observant une ascèse sans faille, brave la sériosité de cet écrit afin d’en atteindre la fin. Pour ma part, commençant à m’habituer à la discipline requise par la tortueuse rédaction de ce papier, j’hésite à envisager de supplémentaires circonvolutions qui, comme nous l’avons déjà expliqué, augmenteraient encore le degré de bravoure de mon exploit journalistique de ce soir. Toutefois, accordant une pensée empathique et compatissante à mes chers amis internautes spectateurs de mon actuel bavardage, je m’interromps ici, non sans avoir désigné l’écrivain québécois dont il est question depuis le commencement de cet essai : G. Levesque.

Vanité

© http://www.photo-effect.com/Des enfants qui s’en vont vivre leur propre chemin
A l’amant que l’on perd ou l’on fuit un matin
Des fous rires partagés à l’ami trop lointain
Comme chaque souffle d’air arraché au destin
Tout est vain

D’une famille ignorée à l’inconnu d’un train
De ce corps qu’on abhorre au cancer en son sein
De ces tâches qu’on répète chaque jour et sans fin
Au pas que l’on fait pour se lever le matin
Tout est vain

De ces mots que l’on saigne aux tableaux que l’on peint
Des souvenirs qu’on adore au futur que l’on craint
Des émotions intenses au ronron du train-train
Tout est vain

De l’instant fugace à l’inéluctable fin
Des douleurs, de la peine aux moments les plus sains
Qu’importe quelle sera la trace de ton chemin
Tout est vain

Une Plume – 01 Novembre 2009

Donner de la voix

Image courtesy of imagerymajestic / FreeDigitalPhotos.net - voixCe qui est chouette avec les outils modernes c’est que je peux donner de la voix sur le blog alors que je suis totalement occupée à autre chose. Je peux en écrire deux coup sur coup et les laisser paraitre à un intervalle de temps plus raisonnable… Bref tout ça pour dire que des brouillons dorment aussi et ressortent en décalé. Enfin, pour ne rien dire en fait, juste que les parutions sont toujours aussi hazardomadaires…

Une phrase m’est revenue, comme ça, il y a peu, une de ces phrases sorties des multiples chansons que ma mémoire a stockée. En parlant de chanson, j’aimerais revoir Une Voix venir nous en parler mais il semble qu’elle manque soit de temps, soit d’inspiration… Je garde espoir !

Mais je vous parlais d’une entêtante qui me donna envie de publier, la voici :

On écrit bien mieux qu’on ne dit
On ose tout ce que la voix bannit

De M. Goldman, d’une de ses chansons que je fredonnais adolescente.

Je ne peux que souscrire à cette assertion, grande muette que je fus dont les pages noircies d’encre envahissent les placards. Ces mots que la voix bannit, je tentais de les écrire. D’aucuns qui m’ont connue alors, du lycée à la fac, vous confirmerait ce silence, celui qu’à l’époque j’ai mis en mot dans le poème ci-dessous.

Ah ! Mais voilà donc la raison de l’article : un vieux poème à dépoussiérer et à ajouter aux autres ! C’est l’air du temps, en attendant de revenir à des articles plus construits…

Silence

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

Je voudrais tant que tu saches m’entendre enfin
De ma voix de muette seras-tu atteint?
Mais cette cage qui me bloque la poitrine…
Tu ne m’entendras pas, malgré une ouïe fine

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Mais cette cage qui me bloque la poitrine…

Tu m’entendras si ta sincérité s’affine
Je cherche comment te le hurler sans un bruit
Comment te dire je t’aime sans un cri.

Une Plume – 29 juin 1993

Brève du temps

Image courtesy of surasakiStock / FreeDigitalPhotos.netCe soir ce sera une « brève du temps », telle qu’elle m’est venue. Les mots tels qu’ils s’écrivent pour exprimer un ressenti, sans chercher la rime ni la raison.
Vous noterez qu’ils finissent toujours par s’orienter sur des alexandrins, mais que la contrainte de la forme les transforme alors, et leur enlève, tout du moins ce soir, sur ce cas-là, il me semble, un peu de leur saveur.
C’est une « brève du temps » car c’est le reflet d’un instant, mais aussi parce qu’elle nait d’une faille temporelle, vingt ans d’un coup, exactement, rien que ça !

Visiteur

Si je te dis « je me souviens de tout », te moqueras-tu de moi ?
Toi, homme, que je ne connais pas.
Si je te conte les souvenirs flous du temps lointain, resteras-tu là ?
Voudras-tu savoir celle que tu ne connais pas ?

Peu m’importe, sais-tu !
Ces couleurs ravivées de vieilles images m’ont réchauffée.
Je ne cours pas après les temps perdus,
Mais aime parfois à me les rappeler.

Je joue à m’imaginer, au gré des indices,
Ce que tu as vécu, qui tu es devenu
Je m’amuse à te construire une vie moins lisse,
Retarde le moment de réalité nue.

Je reconnais des traces de qui tu étais,
Et rencontre en moi celles que tu as laissées.
Quel savoureux mélange de curiosité,
De nostalgie, que je t’invite à partager.

Une Plume – 28 Décembre 2015