Typographie du dialogue

Dialogues« Salut Une Plume ! Alors il arrive cet article sur la typographie du dialogue ? demande le lecteur impatient.
— Ah oui ! C’est vrai… Je m’y mets tout de suite, répond Une Plume, relevant le nez d’une montagne de paperasse.
— C’est que, tu comprends, j’ai des tas de choses en tête à écrire sans savoir comment les rendre lisibles par les lecteurs habitués à un format particulier, dont ils n’ont même pas conscience d’ailleurs ! renchérit l’internaute.
— OK, OK, j’ai compris, je t’explique ça tout de suite ! Alors déjà pour que les gens comprennent que tu écris un dialogue il te faut utiliser des signes de reconnaissance du dialogue, qui en l’occurrence sont les guillemets ouvrants et fermants ( « et » ) et le tiret cadratin (—).
— Je me souviens ! Tu nous as expliqué en long en large et en travers comment les faire dans Word !
— C’est bien, je vois que tu nous lis régulièrement, reprit Une Plume. Pour commencer un dialogue tu utiliseras donc des guillemets ouvrants ( « ) en début de ta première réplique, puis à chaque changement d’interlocuteur tu iras à la ligne et tu commenceras ta phrase par un tiret cadratin (—) et ce jusqu’à la fin du dialogue, que tu indiques par des guillemets fermants ( » ) en fin de dernière réplique, simple, non ?
— Attends un peu, je me souviens avoir lu des bouquins avec plein de guillemets et d’autres où je n’en ai pas croisé un seul ! Tu es sûre de ton truc là ?
— Oui ! Pour tes nombreux guillemets, c’est sans doute parce que tu lis des livres en anglais, la typographie anglaise encadre théoriquement chaque réplique par des guillemets. Quant à leur absence, c’est une variante de l’école moderne, les éditeurs choisissent de plus en plus de se passer des guillemets et de n’utiliser que les tirets, le dialogue commence alors directement par un tiret — et n’a pas de guillemets à la fin. Tu as le choix. Version dix-neuvième ou version moderne ! Bon, personnellement, j’aime bien les guillemets… »

Après une longue pause, Une Plume farfouille dans ses papiers, extrait une page couverte de sigles, dégage de son mieux un peu d’espace et reprend :

« Nous disions donc, un guillemet au début, un tiret cadratin à chaque réplique et un guillemet fermant, soit ! Et pense bien que les guillemets sont encadrés par des espaces, comme c’est indiqué dans cet article, et que le tiret est suivi d’une espace. »

Elle tend alors la feuille vers son comparse qui commence à la parcourir. Elle hésite un instant à prendre un bouquin et se plonger dans un bon moment de lecture mais déjà il enchaîne.

« OK, les signes de reconnaissance du dialogue, je maîtrise. Autre chose ?
— Oui, il te faudra maîtriser les incises, car si tu enchaînes les répliques sans jamais préciser qui parle, le lecteur risque d’être perdu.  A toi de gérer ton dialogue au mieux pour en rendre la lecture compréhensible et aisée, mais tu ne pourras sans doute pas te passer d’incises qui indiquent quel est le personnage qui prend la parole ! Et puis, elles te permettront aussi d’enrichir le dialogue, de jouer sur son rythme.
— Ah oui, les incises ! répond l’apprenti dialoguiste. Ce sont ces propositions que l’on insère dans le dialogue pour indiquer l’interlocuteur.
— Exactement, et là encore il y a quelques règles à respecter. Ton incise peut au choix suivre la phrase prononcée ou être insérée dans la phrase entre deux virgules. Elle fait partie du dialogue, donc tu ne dois pas fermer les guillemets pour l’en exclure, sauf si c’est la dernière du dialogue, dans ce cas tu la mets après les guillemets fermants. Elle commence toujours par une minuscule, même si elle suit un point d’exclamation ou d’interrogation. D’ailleurs méfie-toi de ton correcteur orthographique sur ce point !
— Et si je me souviens bien, interrompt-il, s’il n’y a pas de ponctuation à ma phrase je mets une virgule entre les paroles et l’incise ?
— C’est ça. Et si ton indication forme une phrase à part entière, ce n’est plus une incise mais une partie de la narration, tu dois alors sortir du dialogue, comme je l’ai fait ci-dessus quand j’hésitais à te laisser à tes questions et à aller lire tranquille ! » sourit Une Plume.

Elle hésite un instant, se demandant si elle doit en rester là ou s’il elle rentre dans d’autres détails et cas particuliers. Il semble avoir compris la base et qu’une fois choisi son gabarit de dialogue, dix-neuvième ou moderne, il devra s’y tenir toute la durée du livre. Il n’a pas encore l’air lassé de cette petite leçon, elle décide de poursuivre.

« Il risque de t’arriver d’avoir un personnage qui se lance dans une logorrhée inextinguible…»

Elle s’interrompt. Depuis quand est-ce que je parle comme ça moi ? se demande-t-elle.

« Ouais. Bon. Si donc tu en as un qui se lance dans un monologue sans fin, tu risques de devoir revenir à la ligne pour alléger le visuel et aider ton lecteur. Pour ça tu vas revenir à la ligne à l’intérieur même de la réplique. Il n’y a pas de règle unique pour ça, à toi de choisir entre l’indiquer par un guillemet ouvrant « ou, à l’ancienne, par un guillemet fermant » en début de ligne. Le tout c’est de te tenir à ton choix sur le guillemet de continuité que tu utilises.
— Je vois. Et si mon personnage veut faire une citation ?
— Dans ce cas, personnellement et d’après ce que j’en ai lu, je te conseillerais d’utiliser les guillemets dits anglais soit “ et ”. Si tu veux être publié, le mieux, c’est de demander à ton éditeur ses règles typographiques.
— Oui, c’est sûr mais avant d’avoir un éditeur il me faut déjà une histoire écrite à leur soumettre ! ». Il s’interrompt. Puis reprend :

« Une dernière question : je fais comment si mon personnage ne s’exprime pas à voix haute mais pense ?
— Tu mets sa pensée en italique, indique Une Plume.
— Bien, je crois qu’on a fait le tour.

Une Plume sourit, attends un instant qu’il soit prêt à sortir, et juste avant qu’il ne franchisse la porte s’exclame :

UNE PLUME — Tu ne comptes pas écrire une pièce de théâtre bien sûr ?
LE LECTEUR — (surpris) Euh… A priori non, pourquoi ?
UNE PLUME — Juste au cas où tu aies besoin des règles de typographie de ce genre de dialogue.
LE LECTEUR — Bah, tu sais, au point où j’en suis, pourquoi pas ?
UNE PLUME — Dans ce cas-là oublie les incises et les guillemets, et, en modèle simplifié, il te suffit de précéder chaque réplique par le nom du personnage en capitales suivi d’un tiret —, et tu peux ajouter des didascalies pour donner des détails.
LE LECTEUR — (fronçant les sourcils) Des quoi ?
UNE PLUME — Des didascalies ! Ce sont des indications écrites entre parenthèses en italique après l’indication de personnage.
LE LECTEUR — OK. Bon, je file, j’ai un dialogue à écrire moi !
UNE PLUME — (chopant enfin son livre) Très bien, à la prochaine. Je te donnerai quelques conseils supplémentaires, mais pour ça je dois finir de lire celui-ci !

En résumé

Le dialogue s’ouvre par un guillemet ouvrant « , se ferme par un guillemet fermant » , lesquels sont entourés par des espaces.
Chaque changement d’interlocuteur est indiqué par un retour à la ligne et un tiret cadratin — suivi d’une espace.

Les incises indiquent quel personnage parle, elles suivent la ponctuation de la phrase ou en sont séparées par une virgule, elles commencent toujours par une minuscule.
Les incises sont incluses dans le dialogue, on ne ferme donc pas les guillemets avant l’incise, exceptée pour la dernière qui vient après les guillemets fermants.
Si l’incise est une phrase à part entière on retourne alors à de la narration, le dialogue doit donc être fermé ( » ) avant puis repris (« ).

Un long monologue peut-être coupé par un retour à la ligne précédé d’un guillemet de continuité au choix : « ou ».
Une citation faite par le personnage sera encadrée de guillemets anglais “ et ”.

Le dialogue intérieur du personnage s’indique par un texte en italique.

Les dialogues de théâtre n’ont ni incise, ni guillemets. Chaque réplique est précédée du nom du personnage suivi d’un tiret —. Des didascalies (indication scénique écrite entre parenthèses entre le nom du personnage et la réplique) permettent de donner des détails.

Bonus de Noël : le « raccourci » clavier pour écrire les —, «, », “, ” et –

— Alt +0151
« Alt + 0171
» Alt + 0187
“ Alt + 0147
” Alt + 0148
– Alt + 0150

7 réflexions au sujet de « Typographie du dialogue »

  1. Bon, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse à ma question. Je te mets un exemple pour être plus claire :

    Il lui sèche les joues et prépare à manger pour Tob. Il relève le visage de Maïa.
    — Tu veux bien aller porter ça à Tob ?
    Elle secoue la tête.
    Tu ne veux pas ? Mais pourquoi ?

    Voilà comment je présente mon dialogue mais mon relecture me dit qu’il manque le cadratin. Je ne l’ai pas mis car c’est la même personne qui parle mais a été interrompue par le signe de tête. Doit-on le remettre ou non, avec le risque de penser que c’est une autre personne qui parle ? Suis-je claire ?

    • Bonjour,

      En tout cas tu ne peux pas le laisser ainsi, ta phrase de dialogue doit commencer par un — ou un « impérativement. D’après ton exemple je suppose que tu as choisi de te passer des « et de tout faire en tirets cadratins. Du coup il te faut un — devant « Tu ne veux pas ? Mais pourquoi ? ». Soit tu fais confiance au lecteur pour comprendre (et la suite l’y aide peut-être ?), soit tu l’aide par un incise genre :
      — Tu ne veux pas ? Mais pourquoi ?, s’étonne-t-il.

      Bonne écriture !

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