Je ne le répéterai pas


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Dans un ancien article, je vous présentais Georges Perec et son roman oulipen « La disparition ». Je reviens aujourd’hui avec un nouvel exemple de littérature guidée par la contrainte. Il s’agit cette fois d’un ouvrage d’un centaine de pages au cours desquelles aucun verbe, adjectif ni substantif ne fait l’objet d’une redite, chacun de ces mots n’étant par là même exposé qu’une fois au grand maximum.

Si la dite astreinte à laquelle je me livre volontiers dans mon propos du jour paraît simpliste de prime abord, il apparaît évident que la difficulté de l’exercice croît avec la longueur du texte concerné. Aussi, alors que les lignes s’égrènent sous mon clavier, l’angoisse du doublon m’étreint. Et si une récurrence m’échappait ? Je le devine, la seule méthode pour assurer l’observance de la règle sur la durée reste d’employer des termes et des formules plus incongrus, abscons, et rares les uns que les autres au risque de perdre en chemin un lecteur manquant de pugnacité. En effet, le maniement d’un vocabulaire trop usité et, par conséquent, courant ou fameux, induit l’erreur, le radotage honni, la duplication redoutée !

Il y a donc nécessité de recourir à des pirouettes (cacahouète) et des artifices afin d’expliciter chaque concept en contournant le lieu commun.

Si l’auteur de « Je ne le répéterai pas » nous promet que la rencontre avec son œuvre demeure une expérience cognitive sans précédent, le cerveau du liseur s’adaptant sans cesse à un vocabulaire inédit, je vous affirme pour ma part que l’arrivée jusqu’au terme du document relève d’un mérite certain.

En ce sens, j’adresse mon admiration sincère et mes remerciements cordiaux à toi, fidèle visiteur de ce blog, qui, tel un humble moine observant une ascèse sans faille, brave la sériosité de cet écrit afin d’en atteindre la fin. Pour ma part, commençant à m’habituer à la discipline requise par la tortueuse rédaction de ce papier, j’hésite à envisager de supplémentaires circonvolutions qui, comme nous l’avons déjà expliqué, augmenteraient encore le degré de bravoure de mon exploit journalistique de ce soir. Toutefois, accordant une pensée empathique et compatissante à mes chers amis internautes spectateurs de mon actuel bavardage, je m’interromps ici, non sans avoir désigné l’écrivain québécois dont il est question depuis le commencement de cet essai : G. Levesque.

Les dialogues selon King

Dialogues« Une Plume, j’ai besoin de toi, j’ai un dialogue à écrire !
— Un dialogue ? Mais que veux-tu qu’ils se disent ? Que peux-tu bien vouloir leur faire se dire au bout de trente ans ?
— Mais… c’est important qu’ils se parlent !
— Bon… Tu veux faire parler tes personnages ? D’accord ! Alors déjà tu peux te référer à une de nos vieilles conversations sur la forme des dialogues, je l’ai publiée . Pour le fond, regarde ci-dessous, j’ai emprunté quelques conseils à Stephen King. »

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la source de cet article et des citations qui vont l’émailler est Ecriture, mémoires d’un métier, de Stephen King.

Le premier précieux conseil que j’en garde est le suivant : soyez indiscrets. Et c’est là que je savoure la délicieuse excuse d’être écrivain, de chercher sa matière pour s’autoriser cette indiscrétion qui faisait faire les gros yeux à nos parents quand ils tentaient de nous inculquer les « bonnes manières » ! Oui, soyez indiscrets, indignés aussi si vous le souhaitez, mais surtout indiscrets : écoutez les gens parler. Pas uniquement lors de vos conversations, pas uniquement vos proches, mais tout le monde : au boulot, dans la rue, au restau, dans le bus, à une caisse. C’est là que vous trouverez la matière, là que vous enregistrerez les conversations authentiques, la « vraie » façon de parler des personnes.

Testé et approuvé, que ce soit lorsque j’entends glousser deux caissières parce qu’une troisième a appelé le jeune homme de l’accueil :

« Ah ben encore ! Tu vas voir il va y courir direct ! ironise la première.
—  C’est qu’elle est en manque ! » répond la seconde dans un rire complice.

Ou quand j’observe à la dérobée le jeune homme qui entreprend une étudiante dans le bus :

« … et vous finissez les cours à quelle heure ce soir ? Ah vous ne savez pas exactement, vous venez de commencer l’année… bien… mais… sinon, ce week-end, vous êtes libre ? »

Non seulement cela donne de la matière, mais en plus ça fait patienter plus agréablement, et même souvent sourire. Et « leur échange est tellement authentique que nous ressentons le plaisir coupable de celui qui tend l’oreille vers une conversation intéressante et se met à la suivre », comme le dit King au sujet d’un dialogue qu’il trouve particulièrement réussi. Alors oui, écoutez, engrangez, car « la meilleure façon de s’initier au dialogue est encore d’avoir plaisir à parler soi-même et à écouter les autres — surtout à écouter, en prêtant attention aux accents, aux rythmes, aux dialectes, à l’argot des différents groupes sociaux ».

Le deuxième conseil notable est : soyez authentiques. N’allez pas mettre dans la bouche de vos personnages des paroles qui ne leur correspondent pas. « Comme dans tous les autres aspects de la fiction, le secret des bons dialogues réside dans l’honnêteté » nous enseigne King, nous conseillant de dire la vérité si nous voulons que nos dialogues aient impact et réalisme. A ce sujet j’ai beaucoup aimé son argumentaire et vous en fourni du coup un petit extrait :

Jamais un gamin n’a couru jusqu’à sa mère pour lui rapporter que sa petite sœur avait « déféqué » dans la baignoire. Il a pu employer diverses expressions comme « fait caca » ou simplement « fait », mais « a chié », j’en ai bien peur, est ce qui lui sera spontanément venu à l’esprit ; les p’tits baigneurs ont de grandes oreilles, après tout.
[…]
Si vous mettez « Oh, flûte ! » à la place de « Oh, merde ! » par crainte d’être critiqué par les gens bien-pensants, vous rompez le contrat tacite passé entre l’écrivain et ses lecteurs : vous leur avez en effet promis de dire la vérité sur la façon dont les gens se comportent et parlent par le biais d’une histoire inventée.

Faites donc parler votre personnage comme il le ferait dans la « vraie vie », difficile pensez-vous ? En plus de la nécessité de parler et d’écouter suscitée (exit la vision de l’écrivain vivant en ermite coupé du monde), il faut savoir qui vous faites parler, d’où il vient, sa culture, son éducation, ses aspirations. « Vous saurez quelle expression employer si vous connaissez bien votre personnage, et vous apprendrez quelque chose sur lui qui le rendra encore plus vivant et intéressant ».

Être indiscret et authentique. Soit. Mais cela suffit-il ? Nait-on dialoguiste ou le devient-on ? Stephen King nous répond que « les écrivains ont des aptitudes différentes, question dialogues » et qu’on peut améliorer les siennes dans ce domaine, que « l’écriture de bons dialogues est autant de l’art que de la technique » car la « technique d’écriture est le fruit d’années d’expérience ; l’art, de son côté, est le fruit d’une imagination créatrice qui travaille beaucoup et s’amuse bien ». Bref, exercez-vous, écoutez et restez honnêtes et voyez le résultat dans vos dialogues : « Quand un dialogue tombe juste, on le sait. Quand il ne va pas, on le sait aussi ».

Lorsque vous écrivez des dialogues, il ne faut pas tout dire tout de suite (et c’est valable non seulement pour les dialogues mais aussi pour l’histoire !) et tout ce que vous pouvez faire savoir du personnage par sa façon de parler est préférable à une description du personnage, plus vivant en tout cas.

En résumé, et puisque King le dit très bien :

Le langage parlé, laid ou beau, trahit le personnage. […] La bonne question à se poser n’est pas de savoir si les dialogues, dans votre histoire, emploient une langue recherchée ou vulgaire, elle est de savoir s’ils sonnent juste à la lecture et à l’oreille. Et si c’est ce que vous voulez, vous devez vous-même parler. Plus important, vous devez la fermer et écouter les autres.

A vos plumes !

PlumeOu à vos claviers, c’est selon ! Gageons que ce seront les claviers…

Comme promis, je viens vous soumettre ici l’exercice d’écriture proposé par Stephen King. Il faut bien que l’on s’y mette un jour ! Comme je vous sais très occupés (comme je le suis surtout pour ma part) je vais nous donner deux bons mois, allons ! Même un de plus, pour rendre votre copie (et moi la mienne).

Donnons-nous donc comme date d’achèvement de cet objectif le 29 avril de cette année. L’objectif étant donc d’écrire l’histoire suggérée par cet auteur à succès et de nous envoyer le résultat à contact@uneplume.net !

J’oserai peut-être vous publier mes propres pages.
Je tannerai sûrement Une Voix pour publier les siennes.
Je ferai certainement des vôtres… ce que vous voudrez bien que j’en fasse (outre me délecter à les lire) !

Mais lisez donc la contrainte ci-dessous – extraite d’« Écriture Mémoires d’un métier » – et jusqu’au bout car c’est là que réside le « truc ». Elle est longue, certes, pour ceux qui l’ont lu vous le savez prolixe. Elle raconte déjà une histoire, certes, je me suis même demandée ce que je pouvais bien avoir à écrire vu qu’il l’a déjà fait rien qu’en expliquant la consigne ! Mais je la trouve intéressante, il me semble que cet excès d’informations qu’elle contient va avoir un effet, je ne sais encore lequel… Nous le saurons quand l’histoire sera écrite ! Voici sa proposition :

Votre travail consistera à écrire cinq ou six pages, sans partir d’une intrigue préalable […]. Je crois que vous risquez d’être très surpris et ravis du résultat. Prêts ? On y va.

[…] Les éléments de base de l’histoire qui suit sont connus de tous ; avec ses nombreuses petites variantes, elle semble figurer une semaine sur deux, en moyenne, dans la rubrique fait divers des quotidiens de toutes les grandes villes. Une femme — appelons-la Jane — épouse un homme intelligent, plein d’humour et débordant de magnétisme sexuel. Nous l’appellerons Dick ; c’est le prénom le plus freudien qui soit. Malheureusement, Dick a sa part d’ombre. Il a du mal à contrôler son mauvais caractère, et il est peut-être même paranoïaque (vous le découvrirez à la manière dont il parle et se comporte). Jane déploie les plus grands efforts pour supporter les défauts de Dick et réussit à ce que leur couple tienne bon (pourquoi cela est-il aussi important pour elle, c’est aussi quelque chose que vous trouverez ; elle montera sur scène pour vous le dire). Le couple a un enfant et, pendant un temps, les choses semblent mieux se passer. Puis, alors que la petite fille a environ trois ans, les mauvais traitements et les crises de jalousie recommencent. Mauvais traitements verbaux, tout d’abord, puis physiques. Dick est convaincu que Jane couche avec quelqu’un, peut-être un collègue de bureau. Est-ce une personne en particulier ? Je ne le sais pas et ça m’est égal. Dick finira par dire qui il soupçonne. S’il le fait, nous le saurons tous les deux, n’est-ce pas ?

Finalement, la pauvre Jane n’en peut plus. Elle divorce et obtient la garde de leur fille, la petite Nell. Dick se met à la harceler. Jane réagit en obtenant de la cour une interdiction pour Dick de l’approcher, document à peu près aussi utile qu’un parasol pendant un ouragan, comme vous le diraient nombre de femmes battues. Pour terminer, après un incident que vous décrirez de manière vivante et effrayant (il la bat en public, par exemple), cet abruti de Dick est arrêté et jeté en prison. Tout ce que je viens de décrire est en réalité le fond du décor. Ce que vous en faites et la manière dont vous le faites ne dépendent que de vous. Ce n’est nullement la situation. La situation est ce qui vient maintenant.

Un jour, peu après l’incarcération de Dick dans la prison de la ville, Jane récupère la petite Nell à la garderie et va la déposer chez une amie où l’on fête un anniversaire. Puis Jane rentre chez elle, contente d’avoir deux ou trois heures de tranquillité devant elle. Peut-être vais-je faire une petite sieste, se dit-elle. Elle habite une maison, en dépit du fait qu’elle est seule et jeune employée, car la situation l’exige plus ou moins. Comment est-elle installée dans une maison et pourquoi dispose-t-elle d’un après-midi libre, autant de détails que l’histoire vous dira et qui paraîtront parfaitement cohérents si vous les justifiez par de bonnes raisons (la maison appartient à ses parents, ou bien elle est chargée de la garder; il existe des tas de possibilités).

Une chose l’alerte, mais d’une manière pas tout à fait consciente ; quand elle pousse la porte, elle se sent soudain mal à l’aise. Elle n’arrive pas à dire pourquoi et suppose que c’est simplement de la nervosité, une conséquence des cinq années passées en compagnie de mister Charmant Caractère. De quoi d’autre pourrait-il s’agir, d’ailleurs ? Dick est derrière les barreaux, non ?

Avant d’aller faire la sieste, Jane décide de se préparer une infusion et de regarder les informations (pourrez-vous utiliser, plus tard, la bouilloire qui siffle sur le gaz ? À vous de voir). La principale information au bulletin de quinze heures est sensationnelle: le matin même, trois hommes se sont évadés de la prison municipale, tuant un gardien au passage. Deux des trois hommes ont été repris, le troisième est toujours en fuite. On ne donne pas le nom des évadés (pas dans ce bulletin, en tout cas), mais Jane, dans sa maison vide (fait que vous aurez maintenant expliqué de manière plausible), sait, sans l’ombre d’un doute, que l’un d’eux était Dick. Elle le sait parce qu’elle a finalement identifié la raison de son pressentiment lorsqu’elle est entrée chez elle. C’était l’odeur, légère et en train de disparaître, d’un produit capillaire, un tonique du nom de Vitalis. Le tonique de Dick. Jane reste immobile dans son fauteuil, les muscles paralysés de terreur, incapable de se lever. Et tandis qu’elle entend les pas de Dick dans l’escalier, elle se dit: il n’y a que Dick pour arriver à se procurer du Vitalis, même en prison… Elle doit se lever, elle doit courir, mais elle n’arrive pas à bouger…

Pas mal, non ? C’est ce que je pense. Pourtant, c’est une histoire qui n’a rien d’unique. Comme je l’ai déjà fait remarquer, BATTUE (OU ASSASSINÉE) PAR UN EX-MARI JALOUX est un titre qui fait la manchette des journaux presque toutes les semaines. C’est triste, mais vrai. Ce que je vous demande, dans cet exercice, c’est de changer le sexe des protagonistes avant d’attaquer votre travail sur la situation ; faites de la femme la harceleuse, en d’autres termes (peut-être se sera-t-elle échappée d’un hôpital psychiatrique, et non d’une prison), et du mari la victime. Rédigez sans élaborer d’intrigue ; laissez la situation et cette inversion inattendue des rôles vous porter. Je vous prédis que ça coulera comme de source si, bien sûr, vous êtes honnête dans la façon de faire parler et se comporter vos personnages. L’honnêteté, quand on raconte une histoire, compense bien des fautes de style, […] mentir est en revanche la grande faute impardonnable. Les menteurs prospèrent, ce n’est que trop vrai, mais seulement dans le grand mouvement des choses, jamais dans les jungles de la composition et de ses dures réalités où vous devez tendre vers votre objectif, un mot après l’autre. Si vous commencez à mentir sur ce que vous savez et ressentez quand vous êtes là en bas, tout s’écroule.

Stephen KING, Écriture, mémoires d’un métier, p. 202-205.

A vos plumes !

Typographie du dialogue

Dialogues« Salut Une Plume ! Alors il arrive cet article sur la typographie du dialogue ? demande le lecteur impatient.
— Ah oui ! C’est vrai… Je m’y mets tout de suite, répond Une Plume, relevant le nez d’une montagne de paperasse.
— C’est que, tu comprends, j’ai des tas de choses en tête à écrire sans savoir comment les rendre lisibles par les lecteurs habitués à un format particulier, dont ils n’ont même pas conscience d’ailleurs ! renchérit l’internaute.
— OK, OK, j’ai compris, je t’explique ça tout de suite ! Alors déjà pour que les gens comprennent que tu écris un dialogue il te faut utiliser des signes de reconnaissance du dialogue, qui en l’occurrence sont les guillemets ouvrants et fermants ( « et » ) et le tiret cadratin (—).
— Je me souviens ! Tu nous as expliqué en long en large et en travers comment les faire dans Word !
— C’est bien, je vois que tu nous lis régulièrement, reprit Une Plume. Pour commencer un dialogue tu utiliseras donc des guillemets ouvrants ( « ) en début de ta première réplique, puis à chaque changement d’interlocuteur tu iras à la ligne et tu commenceras ta phrase par un tiret cadratin (—) et ce jusqu’à la fin du dialogue, que tu indiques par des guillemets fermants ( » ) en fin de dernière réplique, simple, non ?
— Attends un peu, je me souviens avoir lu des bouquins avec plein de guillemets et d’autres où je n’en ai pas croisé un seul ! Tu es sûre de ton truc là ?
— Oui ! Pour tes nombreux guillemets, c’est sans doute parce que tu lis des livres en anglais, la typographie anglaise encadre théoriquement chaque réplique par des guillemets. Quant à leur absence, c’est une variante de l’école moderne, les éditeurs choisissent de plus en plus de se passer des guillemets et de n’utiliser que les tirets, le dialogue commence alors directement par un tiret — et n’a pas de guillemets à la fin. Tu as le choix. Version dix-neuvième ou version moderne ! Bon, personnellement, j’aime bien les guillemets… »

Après une longue pause, Une Plume farfouille dans ses papiers, extrait une page couverte de sigles, dégage de son mieux un peu d’espace et reprend :

« Nous disions donc, un guillemet au début, un tiret cadratin à chaque réplique et un guillemet fermant, soit ! Et pense bien que les guillemets sont encadrés par des espaces, comme c’est indiqué dans cet article, et que le tiret est suivi d’un espace. »

Elle tend alors la feuille vers son comparse qui commence à la parcourir. Elle hésite un instant à prendre un bouquin et se plonger dans un bon moment de lecture mais déjà il enchaîne.

« OK, les signes de reconnaissance du dialogue, je maîtrise. Autre chose ?
— Oui, il te faudra maîtriser les incises, car si tu enchaînes les répliques sans jamais préciser qui parle, le lecteur risque d’être perdu.  A toi de gérer ton dialogue au mieux pour en rendre la lecture compréhensible et aisée, mais tu ne pourras sans doute pas te passer d’incises qui indiquent quel est le personnage qui prend la parole ! Et puis, elles te permettront aussi d’enrichir le dialogue, de jouer sur son rythme.
— Ah oui, les incises ! répond l’apprenti dialoguiste. Ce sont ces propositions que l’on insère dans le dialogue pour indiquer l’interlocuteur.
— Exactement, et là encore il y a quelques règles à respecter. Ton incise peut au choix suivre la phrase prononcée ou être insérée dans la phrase entre deux virgules. Elle fait partie du dialogue, donc tu ne dois pas fermer les guillemets pour l’en exclure, sauf si c’est la dernière du dialogue, dans ce cas tu la mets après les guillemets fermants. Elle commence toujours par une minuscule, même si elle suit un point d’exclamation ou d’interrogation. D’ailleurs méfie-toi de ton correcteur orthographique sur ce point !
— Et si je me souviens bien, interrompt-il, s’il n’y a pas de ponctuation à ma phrase je mets une virgule entre les paroles et l’incise ?
— C’est ça. Et si ton indication forme une phrase à part entière, ce n’est plus une incise mais une partie de la narration, tu dois alors sortir du dialogue, comme je l’ai fait ci-dessus quand j’hésitais à te laisser à tes questions et à aller lire tranquille ! » sourit Une Plume.

Elle hésite un instant, se demandant si elle doit en rester là ou s’il elle rentre dans d’autres détails et cas particuliers. Il semble avoir compris la base et qu’une fois choisi son gabarit de dialogue, dix-neuvième ou moderne, il devra s’y tenir toute la durée du livre. Il n’a pas encore l’air lassé de cette petite leçon, elle décide de poursuivre.

« Il risque de t’arriver d’avoir un personnage qui se lance dans une logorrhée inextinguible…»

Elle s’interrompt. Depuis quand est-ce que je parle comme ça moi ? se demande-t-elle.

« Ouais. Bon. Si donc tu en as un qui se lance dans un monologue sans fin, tu risques de devoir revenir à la ligne pour alléger le visuel et aider ton lecteur. Pour ça tu vas revenir à la ligne à l’intérieur même de la réplique. Il n’y a pas de règle unique pour ça, à toi de choisir entre l’indiquer par un guillemet ouvrant « ou, à l’ancienne, par un guillemet fermant » en début de ligne. Le tout c’est de te tenir à ton choix sur le guillemet de continuité que tu utilises.
— Je vois. Et si mon personnage veut faire une citation ?
— Dans ce cas, personnellement et d’après ce que j’en ai lu, je te conseillerais d’utiliser les guillemets dits anglais soit “ et ”. Si tu veux être publié, le mieux, c’est de demander à ton éditeur ses règles typographiques.
— Oui, c’est sûr mais avant d’avoir un éditeur il me faut déjà une histoire écrite à leur soumettre ! ». Il s’interrompt. Puis reprend :

« Une dernière question : je fais comment si mon personnage ne s’exprime pas à voix haute mais pense ?
— Tu mets sa pensée en italique, indique Une Plume.
— Bien, je crois qu’on a fait le tour.

Une Plume sourit, attends un instant qu’il soit prêt à sortir, et juste avant qu’il ne franchisse la porte s’exclame :

UNE PLUME — Tu ne comptes pas écrire une pièce de théâtre bien sûr ?
LE LECTEUR — (surpris) Euh… A priori non, pourquoi ?
UNE PLUME — Juste au cas où tu aies besoin des règles de typographie de ce genre de dialogue.
LE LECTEUR — Bah, tu sais, au point où j’en suis, pourquoi pas ?
UNE PLUME — Dans ce cas-là oublie les incises et les guillemets, et, en modèle simplifié, il te suffit de précéder chaque réplique par le nom du personnage en capitales suivi d’un tiret —, et tu peux ajouter des didascalies pour donner des détails.
LE LECTEUR — (fronçant les sourcils) Des quoi ?
UNE PLUME — Des didascalies ! Ce sont des indications écrites entre parenthèses en italique après l’indication de personnage.
LE LECTEUR — OK. Bon, je file, j’ai un dialogue à écrire moi !
UNE PLUME — (chopant enfin son livre) Très bien, à la prochaine. Je te donnerai quelques conseils supplémentaires, mais pour ça je dois finir de lire celui-ci !

En résumé

Le dialogue s’ouvre par un guillemet ouvrant « , se ferme par un guillemet fermant » , lesquels sont entourés par des espaces.
Chaque changement d’interlocuteur est indiqué par un retour à la ligne et un tiret cadratin — suivi d’un espace.

Les incises indiquent quel personnage parle, elles suivent la ponctuation de la phrase ou en sont séparées par une virgule, elles commencent toujours par une minuscule.
Les incises sont incluses dans le dialogue, on ne ferme donc pas les guillemets avant l’incise, exceptée pour la dernière qui vient après les guillemets fermants.
Si l’incise est une phrase à part entière on retourne alors à de la narration, le dialogue doit donc être fermé ( » ) avant puis repris (« ).

Un long monologue peut-être coupé par un retour à la ligne précédé d’un guillemet de continuité au choix : « ou ».
Une citation faite par le personnage sera encadrée de guillemets anglais “ et ”.

Le dialogue intérieur du personnage s’indique par un texte en italique.

Les dialogues de théâtre n’ont ni incise, ni guillemets. Chaque réplique est précédée du nom du personnage suivi d’un tiret —. Des didascalies (indication scénique écrite entre parenthèses entre le nom du personnage et la réplique) permettent de donner des détails.

Bonus de Noël : le « raccourci » clavier pour écrire les —, «, », “, ” et –

— Alt +0151
« Alt + 0171
» Alt + 0187
“ Alt + 0147
” Alt + 0148
– Alt + 0150

La ponctuation : où mettre nos espaces ?

© Loïc ForêtOui, oui, je sais, l’article suivant sous ma plume était censé expliquer la typographie du dialogue. Eh bien, j’ai commencé à le rédiger !

Et c’est là que je me suis rendue compte qu’un rappel sur la ponctuation ne serait pas de trop… Là, et aussi suite au commentaire d’Une Voix sur un de mes derniers articles. Alors aujourd’hui je vous propose un article rapide pour vous rappeler où nous plaçons les espaces autour des signes de ponctuation. Si comme moi vous êtes amenés à écrire souvent en anglais, vous savez que les règles ne sont, malheureusement, pas les mêmes !

Allons-y pour les dix signes de ponctuation les plus courants :

La virgule

,

texte,[espace]texte.
Le point-virgule

;

texte[espace];[espace]texte.
Les deux-points

:

texte[espace]:[espace]texte.
Le point

.

texte.[espace]texte.
Les points de suspension

texte[espace]texte.
Le point d’interrogation

?

texte[espace]?[espace]texte.
Le point d’exclamation

!

texte[espace]![espace]texte.
Les guillemets

« »

texte[espace]«[espace]texte[espace]»[espace]texte.
Les parenthèses

( )

texte[espace](texte)[espace]texte.
Les tirets

texte[espace][espace]texte.

Et maintenant, une « petite » phrase écrite avec la contrainte d’utiliser ces dix signes : quoi ? Oui j’ai commencé la dite-phrase avant les deux-points ! En même temps, ce n’est pas une phrase, mais plusieurs, puisque les signes de ponctuation achèvent une phrase ; enfin pas tous, bien sûr, certains la séparent simplement en deux expressions indépendantes, ou séparent les mots. Bon… plus qu’à ajouter les points de suspension (je n’ai jamais dit que ma mes phrases devaient être intéressantes en plus d’user de tous les signes, notez !). L’exemple est fait, la contrainte non respectée : où caser ces fichus tirets ? Ah si je sais, il me faut accepter de ne pas utiliser les parenthèses mais les tirets pour pratiquer une incise – mais si une incise, vous savez – et le tour est joué…

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur la ponctuation, voilà le site qui m’a éclairée : http://www.la-ponctuation.com.