Les dialogues selon King

Dialogues« Une Plume, j’ai besoin de toi, j’ai un dialogue à écrire !
— Un dialogue ? Mais que veux-tu qu’ils se disent ? Que peux-tu bien vouloir leur faire se dire au bout de trente ans ?
— Mais… c’est important qu’ils se parlent !
— Bon… Tu veux faire parler tes personnages ? D’accord ! Alors déjà tu peux te référer à une de nos vieilles conversations sur la forme des dialogues, je l’ai publiée . Pour le fond, regarde ci-dessous, j’ai emprunté quelques conseils à Stephen King. »

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la source de cet article et des citations qui vont l’émailler est Ecriture, mémoires d’un métier, de Stephen King.

Le premier précieux conseil que j’en garde est le suivant : soyez indiscrets. Et c’est là que je savoure la délicieuse excuse d’être écrivain, de chercher sa matière pour s’autoriser cette indiscrétion qui faisait faire les gros yeux à nos parents quand ils tentaient de nous inculquer les « bonnes manières » ! Oui, soyez indiscrets, indignés aussi si vous le souhaitez, mais surtout indiscrets : écoutez les gens parler. Pas uniquement lors de vos conversations, pas uniquement vos proches, mais tout le monde : au boulot, dans la rue, au restau, dans le bus, à une caisse. C’est là que vous trouverez la matière, là que vous enregistrerez les conversations authentiques, la « vraie » façon de parler des personnes.

Testé et approuvé, que ce soit lorsque j’entends glousser deux caissières parce qu’une troisième a appelé le jeune homme de l’accueil :

« Ah ben encore ! Tu vas voir il va y courir direct ! ironise la première.
—  C’est qu’elle est en manque ! » répond la seconde dans un rire complice.

Ou quand j’observe à la dérobée le jeune homme qui entreprend une étudiante dans le bus :

« … et vous finissez les cours à quelle heure ce soir ? Ah vous ne savez pas exactement, vous venez de commencer l’année… bien… mais… sinon, ce week-end, vous êtes libre ? »

Non seulement cela donne de la matière, mais en plus ça fait patienter plus agréablement, et même souvent sourire. Et « leur échange est tellement authentique que nous ressentons le plaisir coupable de celui qui tend l’oreille vers une conversation intéressante et se met à la suivre », comme le dit King au sujet d’un dialogue qu’il trouve particulièrement réussi. Alors oui, écoutez, engrangez, car « la meilleure façon de s’initier au dialogue est encore d’avoir plaisir à parler soi-même et à écouter les autres — surtout à écouter, en prêtant attention aux accents, aux rythmes, aux dialectes, à l’argot des différents groupes sociaux ».

Le deuxième conseil notable est : soyez authentiques. N’allez pas mettre dans la bouche de vos personnages des paroles qui ne leur correspondent pas. « Comme dans tous les autres aspects de la fiction, le secret des bons dialogues réside dans l’honnêteté » nous enseigne King, nous conseillant de dire la vérité si nous voulons que nos dialogues aient impact et réalisme. A ce sujet j’ai beaucoup aimé son argumentaire et vous en fourni du coup un petit extrait :

Jamais un gamin n’a couru jusqu’à sa mère pour lui rapporter que sa petite sœur avait « déféqué » dans la baignoire. Il a pu employer diverses expressions comme « fait caca » ou simplement « fait », mais « a chié », j’en ai bien peur, est ce qui lui sera spontanément venu à l’esprit ; les p’tits baigneurs ont de grandes oreilles, après tout.
[…]
Si vous mettez « Oh, flûte ! » à la place de « Oh, merde ! » par crainte d’être critiqué par les gens bien-pensants, vous rompez le contrat tacite passé entre l’écrivain et ses lecteurs : vous leur avez en effet promis de dire la vérité sur la façon dont les gens se comportent et parlent par le biais d’une histoire inventée.

Faites donc parler votre personnage comme il le ferait dans la « vraie vie », difficile pensez-vous ? En plus de la nécessité de parler et d’écouter suscitée (exit la vision de l’écrivain vivant en ermite coupé du monde), il faut savoir qui vous faites parler, d’où il vient, sa culture, son éducation, ses aspirations. « Vous saurez quelle expression employer si vous connaissez bien votre personnage, et vous apprendrez quelque chose sur lui qui le rendra encore plus vivant et intéressant ».

Être indiscret et authentique. Soit. Mais cela suffit-il ? Nait-on dialoguiste ou le devient-on ? Stephen King nous répond que « les écrivains ont des aptitudes différentes, question dialogues » et qu’on peut améliorer les siennes dans ce domaine, que « l’écriture de bons dialogues est autant de l’art que de la technique » car la « technique d’écriture est le fruit d’années d’expérience ; l’art, de son côté, est le fruit d’une imagination créatrice qui travaille beaucoup et s’amuse bien ». Bref, exercez-vous, écoutez et restez honnêtes et voyez le résultat dans vos dialogues : « Quand un dialogue tombe juste, on le sait. Quand il ne va pas, on le sait aussi ».

Lorsque vous écrivez des dialogues, il ne faut pas tout dire tout de suite (et c’est valable non seulement pour les dialogues mais aussi pour l’histoire !) et tout ce que vous pouvez faire savoir du personnage par sa façon de parler est préférable à une description du personnage, plus vivant en tout cas.

En résumé, et puisque King le dit très bien :

Le langage parlé, laid ou beau, trahit le personnage. […] La bonne question à se poser n’est pas de savoir si les dialogues, dans votre histoire, emploient une langue recherchée ou vulgaire, elle est de savoir s’ils sonnent juste à la lecture et à l’oreille. Et si c’est ce que vous voulez, vous devez vous-même parler. Plus important, vous devez la fermer et écouter les autres.

4 réflexions sur « Les dialogues selon King »

  1. Selon ma lecture ,il y a aussi les régles d’ortographe qu’il faut bien expliquer ….mais la plus important c’est indiquer le public cible à qui je vais écrire ou pour qui je vais écrire …. c’ est -à-dire la relation entre le locuteur et l’interlocuteure ….en tout cas je vous remercie de cette chère explication… le prof .Houssam ALHEREK

    • J’avoue avoir laissé les règles d’orthographe « hors sujet » de ce blog, car accessible facilement dans bien d’autres endroits et je suis loin d’en être spécialiste (sans compter les fautes qui ont du se glisser dans nos articles et échapper à me relecture ! N’hésitez-pas d’ailleurs à nous les signaler à contact@uneplume.net !). Et puis ça me parait tellement évident qu’un écrit doit être d’une orthographe impeccable !

      Le public cible, là, je ne suis pas totalement en accord : le dialogue reflète la personnalité des personnages, le niveau de langage est donc celui des personnages pas celui du public de lecteur cible.

  2. slon ma lecture . Il y a aussi ,les regles de l’ortographe qu’ il faut expliquer bien ….. l’ enchainnement des idées …….. mais la plus important c’est le public cible à qui je vais écrire ….en tout cas merci de cette explication interessante ….

  3. Ping : Des règles d’écriture... - Une Plume & Une Voix

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