Sujet de désaccord

desaccordJe disais donc que je n’étais pas d’accord avec l’annonce du dernier article d’Une Plume. Ça arrive, oui. En fait, je ne suis pas d’un avis entièrement différent, mais il l’est suffisamment pour que je dise que je ne suis pas d’accord.

La semaine dernière, Une Plume écrivait « Mais revenons plutôt à l’écriture de chansons, poèmes, essais ou romans. D’une façon ou d’une autre, il leur faut un sujet, une base, un « truc dont ça parle », même si parfois on s’en éloigne en chemin. ». Et bien, je ne suis pas d’accord, on n’a pas besoin de savoir « de quoi ça va parler » pour commencer à écrire. C’est mon avis. Aujourd’hui, j’aurais très bien pu vous écrire un article complet sans avoir su, au démarrage, de quoi j’allais vous parler. Bien sûr, une fois que l’on a commencé et avancé dans l’écriture, il vaut mieux trouver un sujet, sinon l’article (ou le poème, ou le roman, ou la chanson, …) risque d’être ennuyeux et déstabilisant pour le lecteur. Et même pour l’écrivant, cela devient vite inconfortable, si l’on ne fait pas partie de la catégorie des auteurs qui prennent plaisir à s’écouter parler, enfin écrire, même quand ils n’ont rien à dire. Mais bref…

Tout cela pour vous expliquer que, selon moi, ce n’est pas d’un « sujet » dont on a besoin pour commencer à écrire. J’entends certains d’entre vous dire « non, c’est d’un papier et d’un stylo ». Très amusant certes, mais ce n’est pas de cela non plus dont je veux parler. A mon sens, pour commencer à écrire, il faut disposer d’une « source d’inspiration » et c’est loin d’être la même chose qu’un « sujet ». Non, non, Une Plume, ce n’est pas du chipotage !

Je suis capable (et ça ne tient pas à mes qualités intrinsèques, je tiens à le préciser) d’écrire une chanson à partir du bruit de ma machine à laver dans la pièce à côté. Je peux commencer un texte par un jeu de mot lu sur une affiche publicitaire et que j’ai trouvé amusant. Je sais qu’en me lançant un défi (comme écrire un texte sans utiliser une certaine lettre), en me fixant une contrainte, un champ lexical ou juste en brodant autour d’un mot, un texte peut émerger.

Dans ces cas là, souvent, le sujet vient après. C’est seulement dans un second temps que le texte prend une orientation. Parfois, une fois cette direction prise, les mots du début sont raturés et supprimés du texte définitif. Ces mots n’auront peut-être servi que d’amorce pour embraser les bûches de l’inspiration.

On fait un essai ? Je suis sûr que vous avez pris le coup de la machine à laver pour de la provoc… Je vous prends au mot et relève le défi. Comme ça, sans filet et devant tout le monde…

 Clong, clong, clong… Qu’est-ce qui cogne encore contre la paroi du lave linge ? Ce bruit sourd, métallique, ce n’est pas normal. Pourtant après le passage du réparateur il y a un mois, la machine tournait sans problème. Qu’est ce qui est à nouveau cassé ? Décidant de passer à l’action, sans attendre que la machine tombe en panne et que ma buanderie soit à nouveau inondée, je m’approche du hublot. Scrutant le tambour à travers la mousse et les masses colorées mouvantes, je finis par apercevoir l’objet, la source des bruits suspects. Une clef ! Pas une des miennes, je ne la reconnais pas. Je fixe la clef qui tournoie, se heurte aux parois et se perd entre les bras de chemises et les jambes de pantalons. Ses pantalons… la clef est elle tombée d’une de ses poches ? Évidemment, comment serait-elle arrivée là, sinon. Mais qu’ouvre-t-elle ?

Voila, j’ai trouvé un sujet sur quoi écrire. J’ai une idée, une trame qui se forme. Je ne sais pas si je conserverai ce démarrage ou si j’en changerai tous les mots. Mais j’ai mon sujet ! Alors, Une Plume, prête à essayer ?

La (non-)concordance des temps

TempsLa semaine dernière, rappelez-vous, c’est Une Plume qui voulait vous parler du temps. Elle avait finalement renoncé par manque de …temps bien sûr. Ce soir, je prends sa suite en tentant de vous parler non pas du temps, mais des temps. Des temps et de leur concordance. Si vous creusez dans vos mémoires jusqu’à vos années collège pour y puiser dans le programme scolaire de grammaire, vous retrouvez sans doute un vague souvenir des cours sur la concordance des temps. Souvenir de ces règles compliquées et pas toujours compréhensibles qui définissent la « correspondance nécessaire entre le temps du verbe de la proposition principale et le temps du verbe de la proposition subordonnée. »  Ouf… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi il ne s’agit pas d’un très bon souvenir. Voila pourquoi je ne compte pas vous ennuyer avec un cours de grammaire (aussi douce que fusse sa chanson).

Certes, il serait intéressant de reprendre ensemble toutes les règles de grammaire qui permettent, en fonction des relations d’antériorité, de simultanéité ou de postériorité entre deux actions, de définir les temps à utiliser pour les verbes de ces deux actions. Mais comme pour la précision et l’exhaustivité, c’est Une Plume la spécialiste, je lui laisse l’initiative de cet article !

Je voulais par contre, aujourd’hui, vous sensibiliser à l’importance du choix des temps dans un écrit. Ce qui va rendre un texte vivant et lui donner du relief, ce sont les verbes. Les temps selon lesquels ces verbes sont conjugués apportent au lecteur non seulement une information sur le sens de la phrase mais influent également sur la perception subjective de l’action. Et justement, quand il s’agit de subjectivité, le littéraire en oublie la grammaire pour laisser parler son intuition. Ainsi, quand Sartre écrit « Elle claquait des dents : Ils passeront par Laon, ils brûlerons Paris. », le grammairien peut ranger au placard sa concordance des temps pour admirer cette façon élégante d’introduire un discours indirect.

Chouette, mon côté indépendant et rebelle se réjouit d’avoir trouvé de nouvelles règles à enfreindre. Sauf que, si les écrivains les plus reconnus les ont enfreintes avant moi, peut-on encore parler de rébellion ? Là n’est pas la question, revenons plutôt à nos (mous) temps !

Un autre procédé, plus courant, consiste à utiliser des verbes au présent au milieu d’un texte au passé pour rendre l’action plus vivante, plus proche du lecteur. Pour illustrer ce propos, voici une chanson qui me plait beaucoup et que j’en profite pour partager avec vous : La Parisienne de Marie-Paule Belle.

Voici le début :

Lorsque je suis arrivée dans la capitale
J’aurais voulu devenir une femme fatale
Mais je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe
Je suis beaucoup trop normale, ça me vexe.

Je ne suis pas parisienne
Ca me gêne, ça me gêne
Je ne suis pas dans le vent
C’est navrant, c’est navrant
Aucune bizarrerie
Ca m’ennuie, ça m’ennuie
Pas la moindre affectation
Je ne suis pas dans le ton
Je ne suis pas végétarienne
Ca me gêne, ça me gêne
Je ne suis pas karatéka
Ca me met dans l’embarras
Je ne suis pas cinéphile
C’est débile, c’est débile
Je ne suis pas M.L.F.
Je sens qu’on m’en fait grief
M’en fait grief.

Bientôt j’ai fait connaissance d’un groupe d’amis
Vivant en communauté dans le même lit
Comme je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe
Je crois qu’ils en sont restés tout perplexes.

Je ne suis pas nymphomane
On me blâme, on me blâme
(…)

Dans cette chanson, les couplets sont au passé et le refrain au présent ce qui donne une impression d’accélération de l’action. Cet effet est d’ailleurs accentué par un changement de rythme de l’accompagnement. Et quand les procédés musicaux viennent renforcer les effets produits par le texte, on obtient une chanson réussie et efficace qui fait la joie de Une Voix !

C’est sur ces temps joyeusement non accordés et avec un futur qui en dit long sur le présent que je conclurai cet article. Il est déjà temps de passer à autre chose…