La (non-)concordance des temps

TempsLa semaine dernière, rappelez-vous, c’est Une Plume qui voulait vous parler du temps. Elle avait finalement renoncé par manque de …temps bien sûr. Ce soir, je prends sa suite en tentant de vous parler non pas du temps, mais des temps. Des temps et de leur concordance. Si vous creusez dans vos mémoires jusqu’à vos années collège pour y puiser dans le programme scolaire de grammaire, vous retrouvez sans doute un vague souvenir des cours sur la concordance des temps. Souvenir de ces règles compliquées et pas toujours compréhensibles qui définissent la « correspondance nécessaire entre le temps du verbe de la proposition principale et le temps du verbe de la proposition subordonnée. »  Ouf… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi il ne s’agit pas d’un très bon souvenir. Voila pourquoi je ne compte pas vous ennuyer avec un cours de grammaire (aussi douce que fusse sa chanson).

Certes, il serait intéressant de reprendre ensemble toutes les règles de grammaire qui permettent, en fonction des relations d’antériorité, de simultanéité ou de postériorité entre deux actions, de définir les temps à utiliser pour les verbes de ces deux actions. Mais comme pour la précision et l’exhaustivité, c’est Une Plume la spécialiste, je lui laisse l’initiative de cet article !

Je voulais par contre, aujourd’hui, vous sensibiliser à l’importance du choix des temps dans un écrit. Ce qui va rendre un texte vivant et lui donner du relief, ce sont les verbes. Les temps selon lesquels ces verbes sont conjugués apportent au lecteur non seulement une information sur le sens de la phrase mais influent également sur la perception subjective de l’action. Et justement, quand il s’agit de subjectivité, le littéraire en oublie la grammaire pour laisser parler son intuition. Ainsi, quand Sartre écrit « Elle claquait des dents : Ils passeront par Laon, ils brûlerons Paris. », le grammairien peut ranger au placard sa concordance des temps pour admirer cette façon élégante d’introduire un discours indirect.

Chouette, mon côté indépendant et rebelle se réjouit d’avoir trouvé de nouvelles règles à enfreindre. Sauf que, si les écrivains les plus reconnus les ont enfreintes avant moi, peut-on encore parler de rébellion ? Là n’est pas la question, revenons plutôt à nos (mous) temps !

Un autre procédé, plus courant, consiste à utiliser des verbes au présent au milieu d’un texte au passé pour rendre l’action plus vivante, plus proche du lecteur. Pour illustrer ce propos, voici une chanson qui me plait beaucoup et que j’en profite pour partager avec vous : La Parisienne de Marie-Paule Belle.

Voici le début :

Lorsque je suis arrivée dans la capitale
J’aurais voulu devenir une femme fatale
Mais je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe
Je suis beaucoup trop normale, ça me vexe.

Je ne suis pas parisienne
Ca me gêne, ça me gêne
Je ne suis pas dans le vent
C’est navrant, c’est navrant
Aucune bizarrerie
Ca m’ennuie, ça m’ennuie
Pas la moindre affectation
Je ne suis pas dans le ton
Je ne suis pas végétarienne
Ca me gêne, ça me gêne
Je ne suis pas karatéka
Ca me met dans l’embarras
Je ne suis pas cinéphile
C’est débile, c’est débile
Je ne suis pas M.L.F.
Je sens qu’on m’en fait grief
M’en fait grief.

Bientôt j’ai fait connaissance d’un groupe d’amis
Vivant en communauté dans le même lit
Comme je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe
Je crois qu’ils en sont restés tout perplexes.

Je ne suis pas nymphomane
On me blâme, on me blâme
(…)

Dans cette chanson, les couplets sont au passé et le refrain au présent ce qui donne une impression d’accélération de l’action. Cet effet est d’ailleurs accentué par un changement de rythme de l’accompagnement. Et quand les procédés musicaux viennent renforcer les effets produits par le texte, on obtient une chanson réussie et efficace qui fait la joie de Une Voix !

C’est sur ces temps joyeusement non accordés et avec un futur qui en dit long sur le présent que je conclurai cet article. Il est déjà temps de passer à autre chose…

 

La ponctuation : où mettre nos espaces ?

© Loïc ForêtOui, oui, je sais, l’article suivant sous ma plume était censé expliquer la typographie du dialogue. Eh bien, j’ai commencé à le rédiger !

Et c’est là que je me suis rendue compte qu’un rappel sur la ponctuation ne serait pas de trop… Là, et aussi suite au commentaire d’Une Voix sur un de mes derniers articles. Alors aujourd’hui je vous propose un article rapide pour vous rappeler où nous plaçons les espaces autour des signes de ponctuation. Si comme moi vous êtes amenés à écrire souvent en anglais, vous savez que les règles ne sont, malheureusement, pas les mêmes !

Allons-y pour les dix signes de ponctuation les plus courants :

La virgule

,

texte,[espace]texte.
Le point-virgule

;

texte[espace];[espace]texte.
Les deux-points

:

texte[espace]:[espace]texte.
Le point

.

texte.[espace]texte.
Les points de suspension

texte[espace]texte.
Le point d’interrogation

?

texte[espace]?[espace]texte.
Le point d’exclamation

!

texte[espace]![espace]texte.
Les guillemets

« »

texte[espace]«[espace]texte[espace]»[espace]texte.
Les parenthèses

( )

texte[espace](texte)[espace]texte.
Les tirets

texte[espace][espace]texte.

Et maintenant, une « petite » phrase écrite avec la contrainte d’utiliser ces dix signes : quoi ? Oui j’ai commencé la dite-phrase avant les deux-points ! En même temps, ce n’est pas une phrase, mais plusieurs, puisque les signes de ponctuation achèvent une phrase ; enfin pas tous, bien sûr, certains la séparent simplement en deux expressions indépendantes, ou séparent les mots. Bon… plus qu’à ajouter les points de suspension (je n’ai jamais dit que ma mes phrases devaient être intéressantes en plus d’user de tous les signes, notez !). L’exemple est fait, la contrainte non respectée : où caser ces fichus tirets ? Ah si je sais, il me faut accepter de ne pas utiliser les parenthèses mais les tirets pour pratiquer une incise – mais si une incise, vous savez – et le tour est joué…

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur la ponctuation, voilà le site qui m’a éclairée : http://www.la-ponctuation.com.

Bousculons les habitudes

Normalement, c’est Une Plume qui parle de livres et moi qui vous chantonne à l’oreille. D’habitude, c’est Une Plume la littéraire… mais les habitudes sont une prison et comme nous ne souhaitons pas nous laisser emprisonner (et ce n’est pas Une Plume qui me contredira!), je vais vous parler d’un de mes livres de chevet. Un livre que j’ai déjà offert ou fait lire en plusieurs occasions à des personnes qui me sont chères.

Ce livre c’est La grammaire est une chanson douce d’Erik Orsenna. Il raconte l’histoire de deux enfants, frère et sœur qui, au détour d’une tempête en mer, perdent l’usage de la langue française. Echoués sur une île mystérieuse, ils vont réapprendre ces mots précieux, comment ils existent, vivent, papillonnent et fonctionnent ensemble. Et surtout comment on doit prendre soin d’eux.

Ce livre est un conte pour les enfants et les adultes et pour l’enfant qui vit en chaque adulte. Une histoire gentille qui vous fait sourire à l’intérieur. Un hommage à notre superbe langue qui chante et qui rit comme le poète musicien que l’on rencontre dans le livre et qui va guider nos deux héros à la redécouverte du langage. C’est aussi, évidemment, un jeu de mots. Erik Orsenna s’amuse et on s’amuse avec lui. Il réveille des expressions, il titille nos réflexes linguistiques et stimule notre imaginaire. Là où ce livre est magique c’est qu’il ne nous donne aucune leçon, surtout pas de leçon de grammaire comme pourrait le laisser croire le titre.

En parlant du titre, il ne vous aura pas échapper qu’il évoque un thème qui m’est familier et cher : la chanson. Et, puisque les habitudes, comme le naturel, reviennent toujours au galop même lorsqu’on les bouscule, je n’ai pas pu m’empêcher, peu après la lecture de ce livre d’écrire une petite chanson.

J’en profite pour en partager le texte avec vous:

Sans les notes, tu sais

Je n’ai pas toujours les mots

Mais même sans les mots

On peut tout exprimer

Et dans mes pensées

Pas besoin de mots pour ça

Je n’entends plus ma voix

Pas besoin de formuler

Car si je dois me taire

Si je dois perdre les mots

Dans une tempête en mer

Je garderai le plus beau

Ce qui ne se dit pas

Ce que je ressens pour toi

Mais qui ne se dit pas…

Puisque tu es loin

Puisque je ne peux rien

Qu’attendre jusqu’à demain

Ou un avenir lointain

Les mots interdits

Je les ai bannis

Mais je ne peux m’empêcher

De te garder mes pensées

Et si je dois me taire

Si je dois perdre les mots

Dans une tempête en mer

Je garderai le plus beau

Ce qui ne ce dit pas

Ce que je ressens pour toi

Mais qui ne se dit pas…

 

Sur ces quelques mots, je vous souhaite une très belle journée. Et surtout n’oubliez pas à quel point la grammaire peut-être une chanson douce!