L’attirance

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Dans ses yeux sombres je plonge sans espoir de retour
Dans sa lumière je me perds, cherche le secours
Et je guette sa voix, et je cherche ses pas
Me rend sans conditions, ma fierté n’est plus là.

Attraction insolente sans but et sans racines
Pour un être inconnu qui soudain me fascine,
Je la vis en silence, espérant le secret
Le feu de la passion sans les risques associés,

Qu’elle ne demeure qu’un rêve, un fantasme fugace,
Une joie intérieure jusqu’à ce que je m’en lasse.
Qu’à mes droits et devoirs la raison me ramène

Pour de son indifférence éviter la peine,
L’éternelle blessure, le rejet qui malmène.
Mais dans son sillage encor, mes pas, traitres!, m’entrainent.

Une Plume – 31 Mars 2009

Contraintes et cerisiers en fleur

J’affectionne particulièrement d’écrire en me fixant des règles et des contraintes. Souvenez-nous, nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, ainsi que des maîtres de l’OuLiPo et notamment Georges Perec, dont nous avions commenté la Disparition

Je voudrais aujourd’hui vous parler des Haïkus, ces petits poèmes japonais qui me ravissent. Je ne suis pas une spécialiste, juste une amatrice de ces petites gourmandises poétiques qui se dégustent en une bouchée, et qui vous invitent, l’espace d’un instant, à ressentir, vibrer, voyager.

Ce qui, pour moi occidentale, n’est qu’une distraction de l’esprit, est au Japon un art sérieux et codifié. Codifié, avec des règles strictes… qu’on peut enfreindre. Et sérieux… mais l’humour est autorisé, ainsi que les figures stylistiques, dans une certaine mesure et dans le respect de l’esprit du Haïku.

Quel est donc cet « esprit » du Haïku ? Je vais essayer de vous expliquer ce que j’en ai compris. Tout d’abord, le Haïku est en lien avec la nature et avec les saisons, ou les cycles naturels importants, comme celui de la lune. Ces saisons et cycles peuvent être cités ou mieux, évoqués. Ensuite, le Haïku est l’expression de l’intemporalité, du temps suspendu et de l’éphémère. Les phénomènes qu’il décrit sont brefs, fugaces. L’instant présent – une goute de pluie, un animal qui apparait puis s’évanouit – laissant parfois comme une impression d’illusion.

Quant aux codes du Haïku, je préfère éviter de vous dire des bêtises en essayant d’être très précise, mais :

  • Le Haïku est fait pour être dit en un souffle, il est donc très court
  • Dans l’écriture japonaise, il s’écrit sur une seule ligne verticale mais comporte au moins une césure
  • Il est composé de 17 « mores » (en quelques sortes les pieds du poème), découpés ainsi 5+7+5.

Ces règles peuvent être transgressées (et le sont, notamment par les maîtres) et chaque transgression porte un petit nom bien particulier, selon qu’on a ajouté un « more », modifié le rythme 5-7-5 ou omis la référence à la saison.

L’adaptation française implique aussi, vous vous en doutez, de grosses entorses aux règles et à l’esprit Haïku. Je ne sais pas si les maîtres japonais apprécient la traduction de leurs poèmes en d’autres langues, mais pour ma part, je trouverais dommage de ne pas me délecter de ces petits plaisirs !

Assez parlé, je vous propose d’en lire un ou deux, par le maître Matsuo Basho, dans l’une de leurs traductions françaises (on trouve de nombreuses traductions différentes pour un même Haïku) :

Le vent violent déchire le bananier
Toute la nuit j’écoute la pluie
Dans un seau

Un autre, plus connu :

Un vieil étang
Une grenouille plonge
L’eau se brise

Vous l’avez compris, nous avons à faire là à une matière pour spécialistes. Je ne résiste cependant pas à la joie de m’y essayer. En voila un de mon cru :

Cendre du passé
Une brise de printemps
L’aura dispersée

J’en conviens, il me faudra encore me perfectionner.

Ca vous dit d’essayer ?

Vanité

© http://www.photo-effect.com/Des enfants qui s’en vont vivre leur propre chemin
A l’amant que l’on perd ou l’on fuit un matin
Des fous rires partagés à l’ami trop lointain
Comme chaque souffle d’air arraché au destin
Tout est vain

D’une famille ignorée à l’inconnu d’un train
De ce corps qu’on abhorre au cancer en son sein
De ces tâches qu’on répète chaque jour et sans fin
Au pas que l’on fait pour se lever le matin
Tout est vain

De ces mots que l’on saigne aux tableaux que l’on peint
Des souvenirs qu’on adore au futur que l’on craint
Des émotions intenses au ronron du train-train
Tout est vain

De l’instant fugace à l’inéluctable fin
Des douleurs, de la peine aux moments les plus sains
Qu’importe quelle sera la trace de ton chemin
Tout est vain

Une Plume – 01 Novembre 2009

Donner de la voix

Image courtesy of imagerymajestic / FreeDigitalPhotos.net - voixCe qui est chouette avec les outils modernes c’est que je peux donner de la voix sur le blog alors que je suis totalement occupée à autre chose. Je peux en écrire deux coup sur coup et les laisser paraitre à un intervalle de temps plus raisonnable… Bref tout ça pour dire que des brouillons dorment aussi et ressortent en décalé. Enfin, pour ne rien dire en fait, juste que les parutions sont toujours aussi hazardomadaires…

Une phrase m’est revenue, comme ça, il y a peu, une de ces phrases sorties des multiples chansons que ma mémoire a stockée. En parlant de chanson, j’aimerais revoir Une Voix venir nous en parler mais il semble qu’elle manque soit de temps, soit d’inspiration… Je garde espoir !

Mais je vous parlais d’une entêtante qui me donna envie de publier, la voici :

On écrit bien mieux qu’on ne dit
On ose tout ce que la voix bannit

De M. Goldman, d’une de ses chansons que je fredonnais adolescente.

Je ne peux que souscrire à cette assertion, grande muette que je fus dont les pages noircies d’encre envahissent les placards. Ces mots que la voix bannit, je tentais de les écrire. D’aucuns qui m’ont connue alors, du lycée à la fac, vous confirmerait ce silence, celui qu’à l’époque j’ai mis en mot dans le poème ci-dessous.

Ah ! Mais voilà donc la raison de l’article : un vieux poème à dépoussiérer et à ajouter aux autres ! C’est l’air du temps, en attendant de revenir à des articles plus construits…

Silence

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

Je voudrais tant que tu saches m’entendre enfin
De ma voix de muette seras-tu atteint?
Mais cette cage qui me bloque la poitrine…
Tu ne m’entendras pas, malgré une ouïe fine

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Mais cette cage qui me bloque la poitrine…

Tu m’entendras si ta sincérité s’affine
Je cherche comment te le hurler sans un bruit
Comment te dire je t’aime sans un cri.

Une Plume – 29 juin 1993

Brève du temps

Image courtesy of surasakiStock / FreeDigitalPhotos.netCe soir ce sera une « brève du temps », telle qu’elle m’est venue. Les mots tels qu’ils s’écrivent pour exprimer un ressenti, sans chercher la rime ni la raison.
Vous noterez qu’ils finissent toujours par s’orienter sur des alexandrins, mais que la contrainte de la forme les transforme alors, et leur enlève, tout du moins ce soir, sur ce cas-là, il me semble, un peu de leur saveur.
C’est une « brève du temps » car c’est le reflet d’un instant, mais aussi parce qu’elle nait d’une faille temporelle, vingt ans d’un coup, exactement, rien que ça !

Visiteur

Si je te dis « je me souviens de tout », te moqueras-tu de moi ?
Toi, homme, que je ne connais pas.
Si je te conte les souvenirs flous du temps lointain, resteras-tu là ?
Voudras-tu savoir celle que tu ne connais pas ?

Peu m’importe, sais-tu !
Ces couleurs ravivées de vieilles images m’ont réchauffée.
Je ne cours pas après les temps perdus,
Mais aime parfois à me les rappeler.

Je joue à m’imaginer, au gré des indices,
Ce que tu as vécu, qui tu es devenu
Je m’amuse à te construire une vie moins lisse,
Retarde le moment de réalité nue.

Je reconnais des traces de qui tu étais,
Et rencontre en moi celles que tu as laissées.
Quel savoureux mélange de curiosité,
De nostalgie, que je t’invite à partager.

Une Plume – 28 Décembre 2015