Ecrire, mais pourquoi ?

Et joyeux NoëlEn cette fin d’année, je m’interroge : Nous sommes nombreux à avoir envie (ou besoin), de prendre sa plume (ou son clavier) pour coucher des mots sur le papier (ou sur son disque dur). Mais pourquoi ? Pourquoi écrivons-nous ?

Est-ce pour le prestige de l’uniforme ? Le métier d’écrivain fait rêver… et en même temps ne fait pas très sérieux. Vous l’avez sans doute remarqué comme moi : dans les films, l’écrivain est souvent considéré comme un fainéant, un marginal, voire un « raté ». Et pourtant, succès ou pas, les écrivains en herbe sont légion. Mais pourquoi ?

Sans doute ont-ils des choses à dire. Une idée, une inspiration ou juste quelque chose sur le cœur. On peut écrire pour informer, pour instruire, pour faire rêver, pour faire voyager. Oui, mais pour qui, pour quoi ?

Parfois ces mots n’auront même pas de lecteur, ou en tout cas pas d’autre lecteur que soi. Nombre de personnes tiennent un journal et écrivent, jour après jour, ou juste à l’envie, les pensées qui ont traversé leur journée, leurs faits et gestes, leurs impressions et sentiments. Souvent, j’ai envie de demander à celles et ceux qui tiennent un journal : Vous relisez-vous ensuite ? Ecrivez-vous pour vous, pour vous souvenir et vous remémorer plus tard les éléments de votre vie ? Comptez-vous permettre à vos enfants, vos petits enfants de lire ce document lorsqu’il y aura « prescription » sur les situations décrites ?

Je pense souvent à Anne Frank, dont les écrits intimes sont plus que célèbres. Je me dis que peut-être, elle a écrit ces pages en espérant être lue, par hasard ou par indiscrétion. Peut-être même a-t-elle senti qu’elle écrivait une oeuvre utile. Que penserait-elle aujourd’hui en sachant que son journal est un best seller ? En serait-elle heureuse ou offusquée ?

Un cas encore plus extrême. Certaines lettres sont écrites et adressées à un destinataire en particulier mais ne seront, volontairement, jamais envoyées. Donc jamais lues par celui même pour qui elles ont été écrites. Quel est l’intérêt d’une telle action ? Sans doute un besoin d’expression, de formulation qui, une fois comblé, ne nécessite aucun accusé réception. Mais n’y a-t-il pas derrière ce besoin, une attente à satisfaire ? 

Dans la catégorie des « non-lus », on trouve aussi les passionnés. Tellement pointus dans leur domaine, tellement captivés eux mêmes par ce qu’ils écrivent, qu’ils en oublient la possibilité même d’être lus. Seul le contenu revêt de l’importance. La question devient alors est très philosophique : « Lorsqu’un arbre tombe dans un lieu où personne n’est présent pour l’entendre, fait-il du bruit en tombant ? (sans commentaire).

Et puis, il y a le blogueur, sorte de « soldat inconnu » qui écrit pour un « lecteur inconnu ». Ainsi, sur Une Plume & Une Voix, on écrit. Nos statistiques nous disent qu’on est lues, mais on ne sait pas par qui ni pour quoi. On ne sait pas si le lecteur trouve un intérêt particulier à nos articles, à nos tentatives maladroites d’approche pédagogique et à nos poèmes, s’il apprécie l’intention et les thèmes abordés, ou s’il est tombé par hasard sur notre site suite à une recherche google malheureuse. C’est alors que finalement, on s’aperçoit que cela n’a pas tellement d’importance, qu’on écrit pour ce lecteur anonyme mais aussi pour soi, parce que l’on aime ça. On aime assembler les mots en phrases, entremêler les phrases pour en faire des paragraphes et tordre les paragraphes pour leur donner une direction. On aime lorsque l’article prend forme avant d’être enfin publié. On aime expliquer, décrire, argumenter, plaisanter, tourner autour du pot, rêvasser, partager…

Ainsi, en cette fin d’année, je m’interroge. Je m’interroge mais j’écris. Et toi, pourquoi écris-tu ?

4 réflexions au sujet de « Ecrire, mais pourquoi ? »

  1. C’est donc une « interrogation écrite »….. 🙂
    Pour ma part, je n’écris pas sauf parfois par mail aux gens que j’aime ou ici pour partager mes modeste impressions. Jamais tenu aucun journal. Quelques poèmes et paroles de chansons sont sorties de ma petite valise à créations mais c’est infinitésimal et je trouve ces accouchements tellement difficiles que je n’ai pas eu beaucoup d’enfants…. 🙂 La question serait donc plutôt : « pourquoi n’écris-je pas ? » 🙂

    • Je me pose la même question que toi en ce moment : « pourquoi n’écris-je pas ? », pourtant j’en ai noirci des pages de correspondance, de journaux « intimes », de poèmes, de phrases, d’ébauches de nouvelles, même celle d’un roman, d’articles de blog (outre celui-ci), sans compter les multiples phrases, idées et histoires venues se bousculer dans ma tête sans atteindre le papier. Et pourtant voilà que ces derniers temps, à part quelques pages personnelles sur le quotidien, je n’écris plus, restent ces mots qui viennent et n’atteignent pas le papier ni le clavier… Bon. Ça reviendra !

  2. L’intention initiale d’écriture se trouve parfois transformée par les évènements, par l’histoire.
    Le journal d’Anne Franck évoqué par Une voix me fait naturellement penser à celui d’Hélène Berr, commencé à Paris en 1942. Hélène à 21 ans, étudiante brillante à la Sorbonne, violoniste très douée et … juive. Son journal, commencé dans l’insouciance, prend un ton plus grave quand les lois anti-juives entrent en application, et tourne au tragique lorsqu’elles deviennent persécution. Le crescendo dramatique est relaté et analysé par Hélène au fil des jours avec beaucoup de lucidité. Pour elle-même d’abord puis, lorsqu’elle commence à entrevoir que son futur est compromis, à l’intention de son amoureux, parti rejoindre De Gaulle. Le journal devient témoignage personnel, sans intention initiale de publication. Le destinataire évolue. Elle-même, son amoureux ensuite, la multitude des lecteurs posthumes enfin. Car Hélène meut en camp d’extermination en 1945.
    On ne peut pas évoquer le journal d’Hélène Berr, sans parler de celui d’Etty Hillesum, jeune fille née aux Pays bas, disparue à Auschwitz en 1943. Le parallélisme tragique de ces deux journaux intimes, devenus témoignages, est saisissant.

    « Écrire, mais pourquoi ? » S’ interroge Une voix. Hélène et Etty semblent nous dire que, même pour soi seul, c’est déjà important. Et qui sait ? d’autres peut-être, que nous ne soupçonnons pas, trouveront intérêt à notre prose.

    « Hélène Berr – Journal » et « Etty Hillesum – Une vie bouleversée » sont édité en Poche.

    • Merci pour ces informations !
      Je ne connais pas ces journaux, et suis du coup tentée de les lire, zou, dans la liste des « livres à lire ».
      Bon réveillon et à l’année prochaine.

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