Ce que m’inspire l’inspiration

D’où vient l’inspiration, ce souffle créateur qui s’empare de la plume de l’écrivain, du pinceau du maître ou de la main du musicien et ne les libère, soulagés, qu’une fois leur œuvre terminée ?

Pendant longtemps, on a considéré l’inspiration comme un don accordé à une élite choisie par les dieux. Ces Dieux qui auraient saupoudré au gré de leur humeur changeante les graines de la création sur les simples mortels que nous sommes. Cette vision a l’immense avantage qu’elle autorise l’artiste à rester en attente du saupoudrage divin, qu’elle justifie la page blanche, la sécheresse créative, la petite mort.

A l’école qui fait de l’inspiration la condition sine qua non de la création s’oppose celle qui refuse de se soumettre à la volonté capricieuse et lunatique d’une muse divine. C’est le travail, seul, qui fait la création et le talent s’acquiert par la répétition froide de gestes techniques, mécaniques. Aide-toi et le ciel t’aidera, peut-être

Avec la modernité et le rejet des conceptions religieuses et métaphysiques, l’homme décide d’un commun accord qu’il est le seul détenteur de son inspiration. C’est à présent la raison qui fait le créateur et Dieu n’a plus mot dire. La muse n’est plus une créature divine mais est incarnée dans une personne ou un sentiment qui stimule l’artiste.

La souffrance devient une source d’inspiration inépuisable et l’artiste s’y attache, s’y complait. L’analyse psychologique contemporaine aboutira même à la conclusion que l’inspiration est uniquement la nécessité d’exprimer sa souffrance, mue par le besoin de se sentir compris. On alignerait des mots sur des pages blanches ou des notes sur une portée comme on s’assiérait sur un divan. Freud a pris la place de Dieu, il en avait l’ambition.

Qu’est-ce que l’inspiration ?

Je n’ai pas la réponse. Alors j’ai envie de répondre par des questions :

Si l’inspiration au sens figuré était finalement exactement la même chose que l’inspiration au sens propre, un mouvement naturel qui nous emplit de vie ?

Si l’inspiration n’était en fait qu’une simple sensibilité à ce qui est ?

S’il suffisait de tendre l’oreille pour entendre la voix de la muse que nous faisons semblant d’attendre alors même que nous ne lui laissons pas la possibilité de s’exprimer ?

Si la clé était juste une présence attentive et sans attente au monde tel qu’il est, présence qui nous permettrait d’entrer en connexion avec la nature, avec l’énergie de vie, et donc aussi avec l’autre et avec nous-mêmes ?

Et si l’inspiration était tout simplement ici et maintenant ?

5 réflexions au sujet de « Ce que m’inspire l’inspiration »

  1. Très belle façon d’aborder ce sujet si difficile à cerner. On peut dire que tu as été très bien inspirée sur ce coup là ! 🙂
    J’ai tout compris, c’est dire ! 🙂
    Encore bravo et merci pour cette « expiration » sur le sujet plutôt abscons. Un souffle divin passe sur ce blog…. si, si….. 😉

    PS: Y’a pas que Freud dans la vie des faiseurs de chansons allongés sur le divan ! 🙂 Y’a aussi Jung qui, lui, pour le coup, ne s’est jamais pris pour Dieu et l’a même inclus dans sa démarche psychanalytique……

    • Bonjour Philou, merci pour ton commentaire. Oui, je connais ce Jung dont tu parles et je sais que mon article va un peu vite en conclusions sur le sujet de l’analyse. Je ne voulais pas trop m’attarder sur le propos, c’est pour cela. Je pense qu’on aura l’occasion de reparler d’inspiration (d’expiration aussi) et j’avoue que je suis curieuse de lire ce que Une Plume aurait à dire sur le sujet!
      Une Plume si tu me lis…. 😀
      Comme chaque jour est à inventer, je vous souhaite à tous une bonne inspiration pour la journée qui commence!

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