Contraintes et cerisiers en fleur

J’affectionne particulièrement d’écrire en me fixant des règles et des contraintes. Souvenez-nous, nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, ainsi que des maîtres de l’OuLiPo et notamment Georges Perec, dont nous avions commenté la Disparition

Je voudrais aujourd’hui vous parler des Haïkus, ces petits poèmes japonais qui me ravissent. Je ne suis pas une spécialiste, juste une amatrice de ces petites gourmandises poétiques qui se dégustent en une bouchée, et qui vous invitent, l’espace d’un instant, à ressentir, vibrer, voyager.

Ce qui, pour moi occidentale, n’est qu’une distraction de l’esprit, est au Japon un art sérieux et codifié. Codifié, avec des règles strictes… qu’on peut enfreindre. Et sérieux… mais l’humour est autorisé, ainsi que les figures stylistiques, dans une certaine mesure et dans le respect de l’esprit du Haïku.

Quel est donc cet « esprit » du Haïku ? Je vais essayer de vous expliquer ce que j’en ai compris. Tout d’abord, le Haïku est en lien avec la nature et avec les saisons, ou les cycles naturels importants, comme celui de la lune. Ces saisons et cycles peuvent être cités ou mieux, évoqués. Ensuite, le Haïku est l’expression de l’intemporalité, du temps suspendu et de l’éphémère. Les phénomènes qu’il décrit sont brefs, fugaces. L’instant présent – une goute de pluie, un animal qui apparait puis s’évanouit – laissant parfois comme une impression d’illusion.

Quant aux codes du Haïku, je préfère éviter de vous dire des bêtises en essayant d’être très précise, mais :

  • Le Haïku est fait pour être dit en un souffle, il est donc très court
  • Dans l’écriture japonaise, il s’écrit sur une seule ligne verticale mais comporte au moins une césure
  • Il est composé de 17 « mores » (en quelques sortes les pieds du poème), découpés ainsi 5+7+5.

Ces règles peuvent être transgressées (et le sont, notamment par les maîtres) et chaque transgression porte un petit nom bien particulier, selon qu’on a ajouté un « more », modifié le rythme 5-7-5 ou omis la référence à la saison.

L’adaptation française implique aussi, vous vous en doutez, de grosses entorses aux règles et à l’esprit Haïku. Je ne sais pas si les maîtres japonais apprécient la traduction de leurs poèmes en d’autres langues, mais pour ma part, je trouverais dommage de ne pas me délecter de ces petits plaisirs !

Assez parlé, je vous propose d’en lire un ou deux, par le maître Matsuo Basho, dans l’une de leurs traductions françaises (on trouve de nombreuses traductions différentes pour un même Haïku) :

Le vent violent déchire le bananier
Toute la nuit j’écoute la pluie
Dans un seau

Un autre, plus connu :

Un vieil étang
Une grenouille plonge
L’eau se brise

Vous l’avez compris, nous avons à faire là à une matière pour spécialistes. Je ne résiste cependant pas à la joie de m’y essayer. En voila un de mon cru :

Cendre du passé
Une brise de printemps
L’aura dispersée

J’en conviens, il me faudra encore me perfectionner.

Ca vous dit d’essayer ?