La ponctuation : où mettre nos espaces ?

© Loïc ForêtOui, oui, je sais, l’article suivant sous ma plume était censé expliquer la typographie du dialogue. Eh bien, j’ai commencé à le rédiger !

Et c’est là que je me suis rendue compte qu’un rappel sur la ponctuation ne serait pas de trop… Là, et aussi suite au commentaire d’Une Voix sur un de mes derniers articles. Alors aujourd’hui je vous propose un article rapide pour vous rappeler où nous plaçons les espaces autour des signes de ponctuation. Si comme moi vous êtes amenés à écrire souvent en anglais, vous savez que les règles ne sont, malheureusement, pas les mêmes !

Allons-y pour les dix signes de ponctuation les plus courants :

La virgule

,

texte,[espace]texte.
Le point-virgule

;

texte[espace];[espace]texte.
Les deux-points

:

texte[espace]:[espace]texte.
Le point

.

texte.[espace]texte.
Les points de suspension

texte[espace]texte.
Le point d’interrogation

?

texte[espace]?[espace]texte.
Le point d’exclamation

!

texte[espace]![espace]texte.
Les guillemets

« »

texte[espace]«[espace]texte[espace]»[espace]texte.
Les parenthèses

( )

texte[espace](texte)[espace]texte.
Les tirets

texte[espace][espace]texte.

Et maintenant, une « petite » phrase écrite avec la contrainte d’utiliser ces dix signes : quoi ? Oui j’ai commencé la dite-phrase avant les deux-points ! En même temps, ce n’est pas une phrase, mais plusieurs, puisque les signes de ponctuation achèvent une phrase ; enfin pas tous, bien sûr, certains la séparent simplement en deux expressions indépendantes, ou séparent les mots. Bon… plus qu’à ajouter les points de suspension (je n’ai jamais dit que ma mes phrases devaient être intéressantes en plus d’user de tous les signes, notez !). L’exemple est fait, la contrainte non respectée : où caser ces fichus tirets ? Ah si je sais, il me faut accepter de ne pas utiliser les parenthèses mais les tirets pour pratiquer une incise – mais si une incise, vous savez – et le tour est joué…

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur la ponctuation, voilà le site qui m’a éclairée : http://www.la-ponctuation.com.

Le tiret cadratin

Cadratin
Aller, aujourd’hui je viens faire d’une pierre deux coups ! Je vous présente un nouveau mot (je suis intimement persuadée que vous n’utilisez pas cadratin tous les jours, de même que palimpseste ou égrégore, sauf si vous travaillez dans l’édition !) et j’introduis une information qui me sera utile dans un prochain article sur la typographie du dialogue.

Les différents tirets

J’ai découvert le terme « cadratin » il y a peu, alors que venant vous soumettre un de mes vieux textes, je me suis intéressée aux règles d’écriture des dialogues. Pour le coup M. Wikipedia m’a peu aidée (« Le cadratin, en typographie, est une unité de mesure de longueur des espaces ») , M. Larousse m’a embrouillée (« Blanc de composition de même épaisseur que le caractère utilisé et servant à donner le renfoncement des alinéas »), et j’ai réalisé que parfois peu importe la définition exacte du mot ! Après tout même si ce « cadratin » qualifie le tiret dont je vais vous parler, il importe peu de savoir ce qu’il signifie, il nous sert ici surtout à singulariser le tiret que nous allons utiliser et à le différencier du trait d’union dont vous êtes coutumiers.

Parce qu’il faut bien l’avouer, de nos jours, nous écrivons principalement par le biais de nos claviers… Et nos claviers nous offrent deux traits faisables directement, que d’aucuns appellent « tiret du six » et « tiret du huit » pour les différencier, ce qui me fait toujours sourire ! En l’occurrence môsieur le « tiret du six » est notre banal trait d’union. Le « tiret du huit », lui, il m’a fallu passer par son nom anglais (underscore) pour retrouver son patronyme français: tiret bas ! Deux tirets accessibles directement donc, et dans ma grande naïveté j’ai cru que notre trait d’union était donc ce marqueur des dialogues que l’on trouve au début de chaque locution dans un échange entre personnages d’un roman. Et je me trompais…

Il y a en fait trois types de tirets typographiques, dont le tiret bas ne fait pas partie, différenciés par leur longueur.

1 – Le tiret court correspond à notre trait d’union, lequel existe sous quatre formes:

Tirets typographiques* Le « tiret de césure » (« ‐ », Unicode 0x2010), utilisé pour séparer un mot en deux lors d’un retour à la ligne.
* Le « trait d’union insécable » (« – », Unicode 0x2011, HTML ‑ ou ‑), utilisé pour séparer des intervalles  (par exemple «1992‑2012 »).
* Le « trait d’union conditionnel » (« – », Unicode 0x00AD, HTML ­), utilisé pour permettre aux logiciels de couper le mot en deux en fin de ligne dans des zones de texte de taille variable.
* Le « tiret quart-cadratin » (« – », code Unicode 0x002D), véritable trait d’union, utilisé dans tous les autres cas et séparant les mots composés.

2 – Le tiret moyen ou « demi-cadratin » (« – », Unicode 0x2013, HTML – ou –), utilisé pour lister les énumérations ou séparer des intervalles composés. Il est aussi fréquemment utilisé à la place du tiret cadratin pour encadrer les éléments incidents ou les propositions incises (en remplacement des parenthèses).

3 – Le tiret long ou « cadratin », (« — », Unicode 0x2014, HTML — ou —), cause de cet article !

Le tiret cadratin

Comme vous avez pu le deviner en lisant la description du tiret moyen, notre tiret cadratin sert à encadrer les éléments incidents et les propositions incises. Il a alors la même fonction que les parenthèses mais on lui attribue un aspect plus littéraires qu’à ces dernières. Ce tiret long rompant la régularité du texte, beaucoup d’éditeurs lui préfèrent le tiret moyen qui préserve une meilleure homogénéité de gris à la page.

Mais sa principale fonction est celle qui justifie que je vous aie entraînés dans une description technique et relativement rébarbative (bien qu’instructive) des différents tirets typographiques :

Le tiret cadratin est le marqueur placé en début de ligne qui indique la prise de parole d’un personnage.

A chaque changement de locuteur nous aurons donc un tiret long ! Et s’il nous arrivait d’écrire une pièce de théâtre (qui sait ?), il nous servirait encore pour séparer le nom du personnage de sa réplique.

Voilà donc révélée la première contrainte que nous aurons lors de l’écriture de dialogues, l’utilisation de ce fameux tiret cadratin. Prochainement, je vous expliquerai comment configurer votre éditeur de texte pour insérer facilement ce tiret long dans vos pages, le six et le huit ne pouvant nous aider directement ! Puis il sera temps de connaître toutes les règles de typographie des dialogues et nous n’aurons plus qu’à en écrire. Ça vous tente ?

La versification (musicalité)

© François SpinelliPour cette partie, j’avoue, je procrastine…

Pas uniquement parce que je suis très très douée en procrastination, non, même si je me distingue par des capacités hors normes en ce domaine, non, je répète, pas uniquement pour cela! Je tarde à écrire cet article, le remets à plus tard, l’oublie, l’esquive, le reporte pour plusieurs raisons.

Pas uniquement parce que j’ai un emploi du temps surchargé (je ne connais pas d’autre forme d’emploi du temps en l’occurrence alors…), non, pas uniquement.

Je repousse le moment fatidique (et voyez comme je m’y attelle à la perfection en ces lignes sans fin) pour deux raisons, ce me semble: d’une la musicalité c’est pas mon truc à moi, enfin pas sa théorie, si je fais chanter les mots, si j’accorde leurs sons c’est par mégarde, ou parce que ça plait à mon oreille, à mon écoute interne, mais je n’y connais rien. C’est à Une Voix que je laisse le soin de ce domaine-là! Et deux, ben, comment dire… J’aime pas finir. Voilà. C’est dit. J’aime commencer. J’aime pas finir. Et je viens finir le « cycle » sur la versification. Bon, aller, soit!

La musicalité donc… Analyser les effets sonores et rythmiques d’un poème c’est une étude sur sa musicalité. Et aussi beaux que soient les mots que l’on emploie, aussi profonds soit les sentiments que l’on exprime, la beauté d’un poème tient quand même, à mon humble avis, à sa musicalité, à l’effet que provoque l’écoute de ses vers scandés par une belle voix. Mon fils est en primaire, il rentre à la maison avec des poèmes à apprendre et à réciter. C’est une très bonne façon de constater cet effet « musical »: entre la qualité des vers et la qualité de la diction, l’une dépendant du choix de l’institutrice, l’autre… de l’entrainement du petit à « mettre le ton »!

Les effets sonores

– L’allitération: la même consonne est répétée plusieurs fois.

Que sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?

– L’assonance: la même voyelle est répétée plusieurs fois.

Vanina a a a Vanina a a a a a a

(OK, je sors… Mais bon aucun exemple ne me vient et je n’ai pas le cœur à chercher, là, maintenant, tout de suite…)

– Les échos sonores: une syllabe entière est répétée plusieurs fois, donc assonance et allitération ensemble.

Un rapace vorace au loin enlaçait la proie qu’il lacérait.

– Les rimes: et oui, quoi de plus évident comme effet sonore quand on entend un poème que celui provoqué par les rimes? Et je vous ai déjà parlé d’elles, si vous avez loupé ce chapitre cliquez ici!

Les effets rythmiques

Hou là, là je sens que je vais manquer d’exhaustivité, citons-en en vrac, expliquons quelques-uns et ensuite… Je compte sur vous pour me signaler les manquants et je n’hésiterai pas à venir compléter l’article après publication (et comme ça vous repasserez!).

Le rythme d’un poème est déterminé par beaucoup d’éléments, notamment bien sur le nombre de pieds dans le vers, la césure du vers (un vers est séparé en deux versants par une pause, dans les alexandrins cette pause à une place précise et sépare le vers en deux hémistiches, mais vous savez tout ça vous passiez un bac G…), la place et le nombre de coupes (pauses secondaires dans le vers). Importent aussi la ponctuation, l’accentuation, les répétitions, les énumérations, les parallélismes, les chiasmes,  les enjambements, les rythmes croissants ou décroissants…

La ponctuation, nul besoin d’expliquer, n’est-ce pas? Si?! Que faisiez-vous au primaire?

L’accentuation correspond à l’intonation des mots. Et non, on ne transforme pas les accents aigus en accent graves pour améliorer la sonorité du vers, mais on joue avec l’accent tonique, les syllabes sur lesquelles on insiste.

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant.

Les enjambements sont eux des modulations de la loi selon laquelle la fin d’un vers coïncide avec un arrêt dans la syntaxe et permet de s’arrêter à la fin de ce vers à cause du sens. On enjambe en faisant porter ce sens par plus d’un vers, et on accentue cet effet par l’utilisation de rejets et de contre-rejets.
Le rejet est une fin déportée au début du vers suivant:

Vers 1: ————-
Vers 2:—-/——–

Le contre-rejet est un début déporté en fin du vers précédent:

Vers 1: ——–/—-
Vers 2:————–

Et, techniquement, il y a encore à dire et décrire sur les enjambements et quelques autres mots barbares sus-cités. Sauf que je crois que nous en avons assez pour l’instant, bien assez de règles, de matière, de contraintes, pour nous exercer à écrire nos poèmes. Là encore c’est de la pratique qu’il nous faut, nous en parlerons. J’achève donc le cycle « versification », pressée de passer à la suite et aux sujets qui maturent et me rapprochent d’objectifs bien plus vastes!

PS: un seul vers donné en exemple est de ma plume (effet notable de la procrastination de cet article), c’est le quiz de la semaine, un bravo à tous ceux qui commenteront en ayant identifié le dit vers!

PPS: pour ceux qui chercheraient le lien entre le texte et l’image, imaginez la musicalité du hérisson qui se frotte à la face rugueuse d’une éponge… Ou mettez ça sur le compte du fait que j’aime cette photo et que je voulais la caser!

La versification (rimes et strophes)

© http://www.photo-effect.com/Aujourd’hui un article où il est question de sexe et de richesse (des rimes), de regroupements et d’embrassades (des vers), tout un programme! (qu’est-ce qu’il faut pas faire pour s’attirer des lecteurs…)

Nous voici dans le troisième volet des règles d’écriture de poèmes telles que définies pour la poésie française. Vous souvenez-vous avoir appris à compter vos pieds pour en faire des vers? (J’adore quand les homonymies nous offrent des phrases qui frôlent l’absurde!). Êtes-vous de ceux qui adhèrent à l’idée que la contrainte est un puissant outil de libération de l’écriture? Alors les contraintes ci-dessous devraient vous seoir (et là j’avoue avoir eu un gros doute sur l’infinitif à l’origine de « il me sied »… pourquoi donc avoir entendu venir sous ma plume un tel mot plutôt qu’un simple « vous aller », « vous convenir », « vous plaire »?!).

Comme le potier façonnant l’argile pour lui donner la forme voulue: vase, plat, cruche…  nous allons agencer les mots, les vers pour leur donner la forme d’un sonnet, d’une ballade, aux rimes suivies, embrassées ou croisées. Commençons par celles-ci.

Les rimes

1/ État civil

Pour ceux qu’il l’ignorerait, la rime est la répétition de sonorités identiques en fin de vers. Pour que deux vers riment, la dernière voyelle accentuée et tout ce qui suit doit se prononcer de la même manière. Par exemple amoureuse rime avec audacieuse, disparition avec inhibition, égrégore avec encore, palimpseste avec… euh… vous avez eu assez d’exemples! (ah si tiens: manifeste…).

Lorsque l’on pousse le vice talent jusqu’à reproduire le même phonème (son) au milieu et à la fin du vers, on parle alors de rime intérieure ou « léonine ».

2/ Sexe

Les rimes sont sexuées (si si!), un peu comme les humains:

– Une rime est dite féminine si elle s’achève par un « e » muet (amoureuse, audacieuse, égrégore, encore, palimpseste…).
– Elle est masculine lorsqu’elle s’achève par une syllabe accentuée (disparition, inhibition, inattendue, combat…).

3/ Richesse

Les rimes ont des degrés de richesse différents, un peu comme les humains:

pauvres, elles n’ont qu’un seul son en commun (une voyelle répétée)

Lancinante douleur qui s’immisce sous ma peau
Glace mon sang, broie mon cœur et m’écroule en sanglots

suffisantes, elles bénéficient de deux sons en commun (un ensemble consonne + voyelle)

Stériles sont ces cendres aimées
Et Phœnix ne renaît jamais.

riches, elles ont le privilège de faire coïncider au moins trois sons!

Ses racines s’enfoncent au-delà de la raison
Et ses griffes labourent quelle que soit la saison

(Oui, mes alexandrins font plutôt treize pieds que douze à cause de ma tendance à vouloir que le « e » soit toujours muet à défaut de le faire disparaître!).

La richesse de la rime ne tient pas au nombre de pieds communs mais bien au nombre de sons! Vol et  envol forment une rime riche.

4/Qualités

Il y a des « bonnes » et des « mauvaises » rimes. Une rime trop « facile » est considérée comme « mauvaise », un peu comme les humaines:

– on ne fait pas rimer deux verbes conjugués: chantions / dansions
– on ne fait pas rimer deux adverbes en « -ment »: gaiement / ouvertement
– on respecte l’orthographe et on ne fait pas rimer singulier et pluriel (-s, -x, -z): jasmin /gamins
on n’utilise pas deux fois le même mot: vanité / vanité

5/ Comportement social

Prenons un groupe de quatre vers, leurs rimes se croisent, s’embrassent, se suivent, un peu comme les humains avec les humaines:

– Rimes suivies (ou plates): A A B B

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

– Rimes croisées: A B A B

Qui nous frappe sans trêve et encor nous condamne
A n’être rassemblés et à toujours errer
Aux sinueux sentiers de la terre et de l’âme
Ainsi que deux moitiés à jamais affligées.

– Rimes embrassées: A B B A

Sur mon chemin il y a des pierres et du sable
De la chaleur, la soif et les yeux transparents
Sur le vôtre il y a la verdure d’encens
Le froid, le sang bien caché, le bonheur aimable…

Les strophes

Nos mots sont maintenant contenus dans des vers qui riment entre eux, reste à assembler ses derniers. Les vers sont regroupés sous forme de strophes, distinguées par le nombre de vers qu’elles contiennent:

– Monostiche: un vers
– Distique: deux vers
– Tercet: trois vers
– Quatrain: quatre vers
– Quintil: cinq vers
– Sizain: six vers
– Dizain: dix vers

Les formes de poèmes

Certains poèmes ont une structure déterminée et figée. En fait, depuis l’abandon des poèmes moyenâgeux aux règles strictes (lai, virelai, rondeau, ballade) seul le sonnet est encore en usage.

Un sonnet est constitué de deux quatrains suivis de deux tercets pour lesquels les rimes sont disposées selon la contrainte suivante:

A B B A   A B B A   C C D   E E D (ou E D E).

Là je crois que je n’ai pas de bon exemple à vous soumettre, du moins pas le courage d’aller vérifier la structure des rimes de tous mes sonnets! Celui-ci cependant est assez proche, si on admet un A B B A   A C C A   A A D   E E D (et qu’on est indulgent sur les « e » pour respecter l’octosyllabe…)!!!

Voilà ton image qui s’efface
Peu à peu lavée par ces eaux
Il n’en demeure que des photos
Images figées comme seules traces

Voilà ma raison qui te chasse
Va rechercher la guérison
De toi et de cette émotion
Me persuader que je suis lasse

Voilà les jours, le temps qui passe
Et les distances qui se déplacent.
Mais à l’heure de ne plus t’aimer

Voilà ta voix, tes mots, mon cœur,
Ses souvenirs, ta peau, l’odeur,
Et l’interdit de t’oublier.

Aller, plus qu’à aller prochainement sur les plates-bandes de Une Voix en parlant musicalité et sonorités et j’en aurais fini avec la versification! D’ici là, j’attends vos premiers sonnets!

Pour en finir avec La Disparition

Au cours du précédent article où je m’appliquai à imiter le style de Georges Perec dans La Disparition ou plutôt où j’appliquais à mon propos la même contrainte qu’il s’imposa dans son livre, je ne vous ai pas tout dit. J’ai tu, outre la voyelle interdite, également la genèse de ce roman si mystérieux, comme me le fit remarquer dans son commentaire, un lecteur assidu. L’article d’aujourd’hui a donc pour dessein de compléter la chronique par laquelle je croquais le fruit du lipogramme de Georges Perec.

Commençons par là : La Disparition est un lipogramme, soit le produit d’un procédé de style, appelé également lipogramme, consistant à écrire sans utiliser une lettre donnée. Cette règle est d’autant plus contraignante que la lettre est commune et que le texte est long. La Disparition est donc finalement un jeu de mots de quelque trois cents pages (!), articulé autour d’une contrainte très forte.

Et Perec est coutumier du fait. A partir de 1967, tous ses textes suivent une ou plusieurs contraintes littéraires. En effet, Il fait partie de ces auteurs qui considèrent les contraintes formelles non comme une gêne mais au contraire comme un  puissant stimulant pour l’imagination. La contrainte, en obligeant l’auteur à se départir de ses habitudes, à sortir de sa zone de confort, lui apporte une liberté nouvelle, lui donne accès à une facette de sa créativité dont ses automatismes le privaient.

Il est intéressant de noter que pour le lecteur, ces contraintes ne constituent pas une gêne au plaisir de la lecture. J’en veux pour preuve le succès, auprès du grand public, des œuvres de Perec ainsi que mon propre plaisir à la lecture de La Disparition. Ce qui plait chez cet auteur, c’est avant tout son art d’observer, d’analyser et de retranscrire le quotidien, sa façon de mêler matière autobiographique et éléments fictifs et son sens de la légèreté porté par son goût pour les histoires et pour le jeu.

Car pour Perec le verbicruciste, c’est bien d’un jeu dont il s’agit dans l’application de ces contraintes oulipiennes…  Mais je ne vous ai pas encore parlé de l’OuLiPo ? L’Ouvroir de Littérature Potentielle, dont Perec faisait partie, est une association d’écrivains et de mathématiciens fondée en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et, entre autres, l’écrivain et poète Raymond Queneau. L’OuLiPo se définit avant tout comme n’étant ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique, ni un groupement de littérature aléatoire. Il a pour objet la réflexion autour de la notion de contrainte pour encourager la création littéraire.

Une autre bien fausse idée qui a également cours actuellement, c’est l’équivalence que l’on établit entre inspiration, exploration du subconscient et libération, entre hasard, automatisme et liberté. Or cette inspiration qui consiste à obéir aveuglément à toute impulsion est en réalité un esclavage. Le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombre de règles qu’il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête et qui est l’esclave d’autres règles qu’il ignore.

Raymond Queneau, Le Voyage en Grèce

Les recherches de l’OuLiPo consistent ainsi, entre autres, en l’invention de contraintes littéraires nouvelles et en leur mise en application. Parmi les contraintes les plus connues, citons :

  • Le lipogramme, dont La Disparition est une illustration.
  • Le palindrome, qui se lit de la même manière de gauche à droite ou de droite à gauche : Zeus a été à Suez.
  • L’abécédaire, texte dont les initiales des mots successifs se suivent par ordre alphabétique : Alors Benoît Chanta Doucement Et Fifi, Gentiment …
  • La méthode S + n, méthode de substitution de chaque substantif par le Nème substantif suivant dans le dictionnaire.

Je n’entre pas plus dans le détail aujourd’hui mais chacun de ces procédés pourrait faire l’objet d’un article à part entière. Je confie d’ailleurs l’idée au vent frais du matin pour qu’il la transporte telle une plume légère au gré des embruns et la souffle avec douceur à l’oreille des rédactrices de ce blog…