La versification (musicalité)

© François SpinelliPour cette partie, j’avoue, je procrastine…

Pas uniquement parce que je suis très très douée en procrastination, non, même si je me distingue par des capacités hors normes en ce domaine, non, je répète, pas uniquement pour cela! Je tarde à écrire cet article, le remets à plus tard, l’oublie, l’esquive, le reporte pour plusieurs raisons.

Pas uniquement parce que j’ai un emploi du temps surchargé (je ne connais pas d’autre forme d’emploi du temps en l’occurrence alors…), non, pas uniquement.

Je repousse le moment fatidique (et voyez comme je m’y attelle à la perfection en ces lignes sans fin) pour deux raisons, ce me semble: d’une la musicalité c’est pas mon truc à moi, enfin pas sa théorie, si je fais chanter les mots, si j’accorde leurs sons c’est par mégarde, ou parce que ça plait à mon oreille, à mon écoute interne, mais je n’y connais rien. C’est à Une Voix que je laisse le soin de ce domaine-là! Et deux, ben, comment dire… J’aime pas finir. Voilà. C’est dit. J’aime commencer. J’aime pas finir. Et je viens finir le « cycle » sur la versification. Bon, aller, soit!

La musicalité donc… Analyser les effets sonores et rythmiques d’un poème c’est une étude sur sa musicalité. Et aussi beaux que soient les mots que l’on emploie, aussi profonds soit les sentiments que l’on exprime, la beauté d’un poème tient quand même, à mon humble avis, à sa musicalité, à l’effet que provoque l’écoute de ses vers scandés par une belle voix. Mon fils est en primaire, il rentre à la maison avec des poèmes à apprendre et à réciter. C’est une très bonne façon de constater cet effet « musical »: entre la qualité des vers et la qualité de la diction, l’une dépendant du choix de l’institutrice, l’autre… de l’entrainement du petit à « mettre le ton »!

Les effets sonores

– L’allitération: la même consonne est répétée plusieurs fois.

Que sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?

– L’assonance: la même voyelle est répétée plusieurs fois.

Vanina a a a Vanina a a a a a a

(OK, je sors… Mais bon aucun exemple ne me vient et je n’ai pas le cœur à chercher, là, maintenant, tout de suite…)

– Les échos sonores: une syllabe entière est répétée plusieurs fois, donc assonance et allitération ensemble.

Un rapace vorace au loin enlaçait la proie qu’il lacérait.

– Les rimes: et oui, quoi de plus évident comme effet sonore quand on entend un poème que celui provoqué par les rimes? Et je vous ai déjà parlé d’elles, si vous avez loupé ce chapitre cliquez ici!

Les effets rythmiques

Hou là, là je sens que je vais manquer d’exhaustivité, citons-en en vrac, expliquons quelques-uns et ensuite… Je compte sur vous pour me signaler les manquants et je n’hésiterai pas à venir compléter l’article après publication (et comme ça vous repasserez!).

Le rythme d’un poème est déterminé par beaucoup d’éléments, notamment bien sur le nombre de pieds dans le vers, la césure du vers (un vers est séparé en deux versants par une pause, dans les alexandrins cette pause à une place précise et sépare le vers en deux hémistiches, mais vous savez tout ça vous passiez un bac G…), la place et le nombre de coupes (pauses secondaires dans le vers). Importent aussi la ponctuation, l’accentuation, les répétitions, les énumérations, les parallélismes, les chiasmes,  les enjambements, les rythmes croissants ou décroissants…

La ponctuation, nul besoin d’expliquer, n’est-ce pas? Si?! Que faisiez-vous au primaire?

L’accentuation correspond à l’intonation des mots. Et non, on ne transforme pas les accents aigus en accent graves pour améliorer la sonorité du vers, mais on joue avec l’accent tonique, les syllabes sur lesquelles on insiste.

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant.

Les enjambements sont eux des modulations de la loi selon laquelle la fin d’un vers coïncide avec un arrêt dans la syntaxe et permet de s’arrêter à la fin de ce vers à cause du sens. On enjambe en faisant porter ce sens par plus d’un vers, et on accentue cet effet par l’utilisation de rejets et de contre-rejets.
Le rejet est une fin déportée au début du vers suivant:

Vers 1: ————-
Vers 2:—-/——–

Le contre-rejet est un début déporté en fin du vers précédent:

Vers 1: ——–/—-
Vers 2:————–

Et, techniquement, il y a encore à dire et décrire sur les enjambements et quelques autres mots barbares sus-cités. Sauf que je crois que nous en avons assez pour l’instant, bien assez de règles, de matière, de contraintes, pour nous exercer à écrire nos poèmes. Là encore c’est de la pratique qu’il nous faut, nous en parlerons. J’achève donc le cycle « versification », pressée de passer à la suite et aux sujets qui maturent et me rapprochent d’objectifs bien plus vastes!

PS: un seul vers donné en exemple est de ma plume (effet notable de la procrastination de cet article), c’est le quiz de la semaine, un bravo à tous ceux qui commenteront en ayant identifié le dit vers!

PPS: pour ceux qui chercheraient le lien entre le texte et l’image, imaginez la musicalité du hérisson qui se frotte à la face rugueuse d’une éponge… Ou mettez ça sur le compte du fait que j’aime cette photo et que je voulais la caser!

La versification (rimes et strophes)

© http://www.photo-effect.com/Aujourd’hui un article où il est question de sexe et de richesse (des rimes), de regroupements et d’embrassades (des vers), tout un programme! (qu’est-ce qu’il faut pas faire pour s’attirer des lecteurs…)

Nous voici dans le troisième volet des règles d’écriture de poèmes telles que définies pour la poésie française. Vous souvenez-vous avoir appris à compter vos pieds pour en faire des vers? (J’adore quand les homonymies nous offrent des phrases qui frôlent l’absurde!). Êtes-vous de ceux qui adhèrent à l’idée que la contrainte est un puissant outil de libération de l’écriture? Alors les contraintes ci-dessous devraient vous seoir (et là j’avoue avoir eu un gros doute sur l’infinitif à l’origine de « il me sied »… pourquoi donc avoir entendu venir sous ma plume un tel mot plutôt qu’un simple « vous aller », « vous convenir », « vous plaire »?!).

Comme le potier façonnant l’argile pour lui donner la forme voulue: vase, plat, cruche…  nous allons agencer les mots, les vers pour leur donner la forme d’un sonnet, d’une ballade, aux rimes suivies, embrassées ou croisées. Commençons par celles-ci.

Les rimes

1/ État civil

Pour ceux qu’il l’ignorerait, la rime est la répétition de sonorités identiques en fin de vers. Pour que deux vers riment, la dernière voyelle accentuée et tout ce qui suit doit se prononcer de la même manière. Par exemple amoureuse rime avec audacieuse, disparition avec inhibition, égrégore avec encore, palimpseste avec… euh… vous avez eu assez d’exemples! (ah si tiens: manifeste…).

Lorsque l’on pousse le vice talent jusqu’à reproduire le même phonème (son) au milieu et à la fin du vers, on parle alors de rime intérieure ou « léonine ».

2/ Sexe

Les rimes sont sexuées (si si!), un peu comme les humains:

– Une rime est dite féminine si elle s’achève par un « e » muet (amoureuse, audacieuse, égrégore, encore, palimpseste…).
– Elle est masculine lorsqu’elle s’achève par une syllabe accentuée (disparition, inhibition, inattendue, combat…).

3/ Richesse

Les rimes ont des degrés de richesse différents, un peu comme les humains:

pauvres, elles n’ont qu’un seul son en commun (une voyelle répétée)

Lancinante douleur qui s’immisce sous ma peau
Glace mon sang, broie mon cœur et m’écroule en sanglots

suffisantes, elles bénéficient de deux sons en commun (un ensemble consonne + voyelle)

Stériles sont ces cendres aimées
Et Phœnix ne renaît jamais.

riches, elles ont le privilège de faire coïncider au moins trois sons!

Ses racines s’enfoncent au-delà de la raison
Et ses griffes labourent quelle que soit la saison

(Oui, mes alexandrins font plutôt treize pieds que douze à cause de ma tendance à vouloir que le « e » soit toujours muet à défaut de le faire disparaître!).

La richesse de la rime ne tient pas au nombre de pieds communs mais bien au nombre de sons! Vol et  envol forment une rime riche.

4/Qualités

Il y a des « bonnes » et des « mauvaises » rimes. Une rime trop « facile » est considérée comme « mauvaise », un peu comme les humaines:

– on ne fait pas rimer deux verbes conjugués: chantions / dansions
– on ne fait pas rimer deux adverbes en « -ment »: gaiement / ouvertement
– on respecte l’orthographe et on ne fait pas rimer singulier et pluriel (-s, -x, -z): jasmin /gamins
on n’utilise pas deux fois le même mot: vanité / vanité

5/ Comportement social

Prenons un groupe de quatre vers, leurs rimes se croisent, s’embrassent, se suivent, un peu comme les humains avec les humaines:

– Rimes suivies (ou plates): A A B B

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

– Rimes croisées: A B A B

Qui nous frappe sans trêve et encor nous condamne
A n’être rassemblés et à toujours errer
Aux sinueux sentiers de la terre et de l’âme
Ainsi que deux moitiés à jamais affligées.

– Rimes embrassées: A B B A

Sur mon chemin il y a des pierres et du sable
De la chaleur, la soif et les yeux transparents
Sur le vôtre il y a la verdure d’encens
Le froid, le sang bien caché, le bonheur aimable…

Les strophes

Nos mots sont maintenant contenus dans des vers qui riment entre eux, reste à assembler ses derniers. Les vers sont regroupés sous forme de strophes, distinguées par le nombre de vers qu’elles contiennent:

– Monostiche: un vers
– Distique: deux vers
– Tercet: trois vers
– Quatrain: quatre vers
– Quintil: cinq vers
– Sizain: six vers
– Dizain: dix vers

Les formes de poèmes

Certains poèmes ont une structure déterminée et figée. En fait, depuis l’abandon des poèmes moyenâgeux aux règles strictes (lai, virelai, rondeau, ballade) seul le sonnet est encore en usage.

Un sonnet est constitué de deux quatrains suivis de deux tercets pour lesquels les rimes sont disposées selon la contrainte suivante:

A B B A   A B B A   C C D   E E D (ou E D E).

Là je crois que je n’ai pas de bon exemple à vous soumettre, du moins pas le courage d’aller vérifier la structure des rimes de tous mes sonnets! Celui-ci cependant est assez proche, si on admet un A B B A   A C C A   A A D   E E D (et qu’on est indulgent sur les « e » pour respecter l’octosyllabe…)!!!

Voilà ton image qui s’efface
Peu à peu lavée par ces eaux
Il n’en demeure que des photos
Images figées comme seules traces

Voilà ma raison qui te chasse
Va rechercher la guérison
De toi et de cette émotion
Me persuader que je suis lasse

Voilà les jours, le temps qui passe
Et les distances qui se déplacent.
Mais à l’heure de ne plus t’aimer

Voilà ta voix, tes mots, mon cœur,
Ses souvenirs, ta peau, l’odeur,
Et l’interdit de t’oublier.

Aller, plus qu’à aller prochainement sur les plates-bandes de Une Voix en parlant musicalité et sonorités et j’en aurais fini avec la versification! D’ici là, j’attends vos premiers sonnets!

La versification (définition)

© Virginie Roublique

Ça y est! Vous avez l’inspiration, la fameuse! Une muse souffle des mots à vos oreilles et des émotions ne demandent qu’à s’exprimer… Et soudain, dans un élan de courage, ou d’inconscience (?), vous décidez d’écrire une poésie dans les « règles de l’art »: de vous essayer à la versification. Par expérience je vous dirais que cet exercice coupe de nombreux élans lyriques dans leur lancée, et que n’est pas Baudelaire qui veut. Tant mieux, sans doute, chaque poète demeure ainsi unique!

Si d’aventure vous tenez donc à respecter cette versification française (que vous soyez de ceux qui écrivent directement selon les règles ou de celles qui jettent les mots comme ils s’écrivent dans leur tête avant d’essayer de les retravailler pour les faire tenir dans le carcan de ces fameuses règles) cet article est fait pour vous, enfin… la série d’articles qu’il me faudra pour en faire le tour! De simples pense-bêtes pour rappeler les bases de la versification. La versification française, je précise, une fois encore.

D’abord, pour ce premier article, qu’est-ce que cette bête étrange cachée derrière ce mot « versification », bien moins beau que ceux qu’il encadre généralement?

Et bien… La versification est l’ensemble des règles d’écriture en vers, l’ensemble des techniques utilisées pour écrire un poème. Brouh… Parler de « techniques » quand on parle de poésie, ça me hérisse. Disons que c’est comme tout, il faut un cadre pour pouvoir en sortir! Des règles, des techniques donc, censées aider à comprendre la construction du poème et donc son sens. Ce n’est pas parce que l’on suit ces techniques que l’on obtient un résultat poétique, non! C’est la beauté des arts, tous ont leurs règles et techniques que chacun peut apprendre, mais il y faut un petit quelque chose en plus pour en faire une œuvre, quelque chose qui aurait à voir avec le talent peut-être? Ou juste la passion? Mais nous en reparlerons, vaste sujet là aussi!

La poésie est un art. Au travers de ses mots, le poète, au-delà d’exprimer ses émotions, s’efforce de toucher le lecteur, d’éveiller sa sensibilité, son imagination, de faire naitre en lui une émotion. Le poète partage son émotion à travers ses vers pour la faire vivre à son lecteur. Ce partage d’émotion peut se faire par la prose, la chanson, la musique, la peinture, les photos, les images, toute sorte d’expression créative. Mais dans le cas qui nous intéresse dans cet article, le poète va utiliser la versification pour travailler la forme de sa création et, à travers cette forme, sa musicalité, les métaphores employées, il touchera (ou pas…) le lecteur.

Jusqu’au XIXème siècle, la poésie est demeurée fortement codifiée. Et puis des poètes sortant des cadres, tel Rimbaud, sont passés par là. Et, fort heureusement, aujourd’hui, la poésie est libre. La versification aide à donner une forme, une musicalité, mais rien n’oblige à versifier ses poèmes. Et de petites perles emplies d’émotion et qui nous touchent profondément peuvent naitre sous une forme plus… sauvage?!

Maintenant, si vous tenez à les versifier, libre à vous. Vous serez alors intéressés par la structure des vers, les rimes, les effets sonores, les effets rythmiques et l’agencement en strophes, bref, les différentes règles de la versification que je viendrai vous rappeler sous peu! En attendant écoutez  les muses, il suffit de faire un peu de silence en soi et on les entend chuchoter…

Réminiscence

Voici un premier exemple d’écrit poétique. Il ne respecte pas les règles de la versification (que nous évoquerons dans un futur article). Typiquement le nombre de pieds des alexandrins n’est respecté ici que si l’on considère certains « e » comme muets alors qu’ils ne le sont théoriquement pas, car suivis par des consonnes.  L’alternance entre rimes féminines (qui se terminent par un « e » muet) et masculines (qui se terminent par une syllabe accentuée) n’est, elle non plus, pas mise en œuvre. Quant à la césure en deux hémistiches (et là vous lirez l’article si vous ignorez de quoi il s’agit!), il me semble qu’un vers au moins ne la respecte pas…

Aller j’avoue, je ne pense pas qu’un seul de la soixantaine de poèmes que j’ai écrits (et conservés) respecte les règles de la versification! Mais heureusement, si la poésie est un art qui s’efforce de toucher la sensibilité du lecteur, comme son imagination, essentiellement par un travail sur la forme (musicalité, métaphores…), elle n’est pas obligatoirement versifiée selon les règles de l’art.

© http://www.rougerune.com/

Je laisse glisser ma plume en un envol léger
Afin que se faisant elle rencontre ton âme
Qu’elle aille à ton oreille doucement chuchoter
Milles et une paroles et une si grande flamme

Te dire ce qui fût nous, croire en ce qu’on sera
Te faire le récit d’une passion improbable
Magnifique enfant qui d’un rien nous déchira
Nous lançant en avant en un rythme implacable

Quel doux temps que celui du repos, et pourtant…
Ô ! Je songe encore et rêve à nos déchirures
Et souhaite à nouveau en sentir la morsure

Au fil de ma route, de ce chemin impatient
Je me retourne parfois du côté de ces jours
Et viens te murmurer à jamais : « Mon amour ».

Une Plume – 25 Août 2002.

Merci à Rougerune pour la plume qui illustre ce poème.

Dictionnaire des rimes [pour ou contre]

Écrire un texte rimé

N’est pas toujours chose aisée

C’est pourquoi on aura l’idée

De chercher à se faire aider…

Mais qui nous dira comment

Faire rimer anticonstitutionnellement ?

Et avec quoi rime le beau mec ?

Faut oser, mais : Avec un bon steak !

Ami, ami, Dictionnaire des rimes

Toi qui fais faire à nos vers de la gym

J’avoue, et je te dis ça sans frime

Je te préfère le dico des synonymes !

Chercher un double sens, une autre direction

Plutôt qu’à une phrase une terminaison

Convient bien mieux à ma façon

De construire les vers de ma chanson !

Synonymes ou rimes, chacun son caractère

Au delà même du style, chacun a sa manière

D’ordonner les mots, de faire rimer les vers

En requérant ou non l’aide du dictionnaire !

Une voix