Ecrire un livre : résolution ou objectif ?

Image courtesy of pakorn / FreeDigitalPhotos.net(Attention pavé ! Mais ça vaut le coup.)

Il n’y pas si longtemps, Une Voix vous a présenté sa résolution pour cette année 2014, comme nous l’avions d’ailleurs fait, même si sous une forme différente, l’année dernière. Nos résolutions s’avèrent d’ailleurs souvent assez proches. Et… devinez quoi ?

Nous ne les « tenons » pas !

Manquerions-nous de persévérance ? Où serait-ce tout simplement la forme des résolutions qui ne convient pas ? Je parierais bien sur cette dernière hypothèse. Les résolutions que nous prenons ont bien souvent la forme d’une simple phrase du style : « j’arrête de fumer », « je fais du sport », « je perds du poids », « je cesse de me ronger les ongles », « je passe plus de temps à jouer avec les enfants », « je consacre du temps à une cause humanitaire », j’en passe et des meilleures… Ces pieuses promesses restent souvent lettres mortes, ne servant qu’à donner parfois un petit coup de culpabilité quand on y songe et qu’on constate qu’on ne les a pas « tenues ».

A ce stade vous vous demandez peut-être le rapport avec les mots, les chansons ou les techniques d’écriture ? Que vient faire là un pensum sur les résolutions de la nouvelle année quand vous y cherchez soit des conseils pour écrire, soit une sympathique analyse de chanson, soit un conseil de lecture ?! Patience, j’y viens. En attendant, méditez un peu sur la résolution « j’écris un livre/une chanson et je suis publié(e)/diffusé(e) » ! Ça vous parle ?!

Je disais donc que c’est la forme des résolutions qui pêche. Dire « j’écris un livre » (oui, ce sera mon exemple de prédilection pour le coup), ne me dit ni comment je m’y prends, ni quand, ni pourquoi d’ailleurs… Et c’est là qu’intervient la nécessité de transformer ma résolution en objectif ! Et attention, pas en un objectif sous la forme d’une phrase simple comme la résolution (tel un « j’arrive à écrire une chanson complète prête à passer à la radio » qui est un but, et non un objectif au sens où je l’entends !).

« Au sens où je l’entends », car oui, on pourrait ergoter un moment sur la différence entre un but, un objectif et une résolution, et ce n’est pas mon propos ! Mon propos, puisqu’il faut bien que j’y arrive, est de vous parler de la façon de définir nos objectifs qui nous donne beaucoup plus de chances de les atteindre que ma fameuse résolution « j’écris un livre ». Et donc, au vu de la résolution choisie, une clé pour nous aider à écrire ce fameux bouquin.

J’ai d’abord cru me souvenir avoir lu cette « façon » de se poser des objectifs dans un livre précis, que j’aurais pu présenter ici. En fait, il n’en est rien.

Bien sûr vous trouverez des indications sur l’art et la manière de se définir des objectifs (et de les réaliser) dans bien plus d’un livre et à profusion sur le net. Pour ma part, ce sont diverses sources (formation de sciences humaines, ateliers de développement personnel, cours sur la gestion de projet, sites internet où je musardais…) qui ont forgé ma vision des objectifs et de l’art de les fixer. Globalement, quand je suis à la lettre cette « méthode », je réalise souvent ces objectifs. Quand je ne la suis pas, et bien… Je ne les atteins pas ! Je vous invite à la tester vous même et voir si elle vous aide. Et vous la livre sans filets, un peu comme elle arrive, ci-dessous, en me servant de notre exemple « j’écris un livre ». A vous de l’adapter à votre résolution ou à votre livre !

Image courtesy of photostock / FreeDigitalPhotos.net

Clair

Déjà il faut que mon objectif soit clair, spécifique, détaillé, tout l’inverse de nos exemples de résolutions vagues ci-dessus ! Alors spécifiez bien ce que vous voulez atteindre, jusqu’au moindre détail. Ce n’est plus « J’écris un livre » mais « J’écris un roman de fiction basé sur des éléments auto-biographiques traitant notamment de insérez-ici-votre-sujet-de-prédilection destiné à être édité, lu par un public adulte et qui devrait faire dans les 300 pages ». Sentez-vous déjà la différence ? Je m’en trouve bien plus motivée rien qu’à l’énoncer ! Et je sais que je ne vais pas écrire un essai, une nouvelle, un mémoire, un recueil de poèmes, ni un conte pour enfants. J’ai une meilleure idée de « », vers « quoi » je vais. C’est spécifique et clair. Mais… Ça ne suffit pas !

Daté

Daté, c’est à dire situé dans le temps. « J’écris un roman (… je vous épargne l’intégralité de la phrase à chaque répétition …) de 300 pages » ne me dit pas quand je l’écris et quand je souhaite qu’il soit prêt à publication. Et mine de rien, c’est une des raisons principales de l’échec de nos résolutions avec leur « demain » sous-entendu qui fait qu’on ne commence jamais ! Mon objectif devient « J’écris un roman (…) de 300 pages dont une première version sera prête le 31 Août 2015 » (attention ceci est un exemple, pas un engagement de ma part !!!). Donc décidez d’une date à laquelle vous souhaitez atteindre votre objectif (et tachez de la tenir !). Il est « pour quand » ? Ah, par contre, une date ré-a-lis-te !

Réaliste

Ça parait évident comme ça, mais pourtant, combien d’entre nous se démotivent juste parce qu’ils se chargent d’objectifs irréalistes, inatteignables ? Alors si « J’écris un roman (…) pour le 31 Août 2015 » me parait faisable, il est clair que « J’écris un roman pour le 25 Février 2014 », alors que j’ai des enfants, un travail à plein-temps, une vie de couple, une vie sociale, des activités sportives et un certain besoin de sommeil, est totalement irréaliste et ne servira qu’à me décourager ! Pensez à votre objectif, à vos contraintes, à vos ressources, à vos possibilités pour en mesurer la faisabilité. Demandez-vous « est-ce possible ? ». Et, selon la réponse, vous pouvez soit être moins gourmand plus réaliste (« ah oui, je ne peux pas l’avoir fait pour dans un mois, bon ok je me donne un an ! ») soit adapter vos ressources et contraintes pour que l’objectif le devienne (ce qui n’est pas toujours faisable : non, je ne peux pas prendre un mois sabbatique et le consacrer à écrire exclusivement, en plus ça n’y suffirait sans doute pas). Mais d’ailleurs, pourquoi s’adapter pour le rendre réalisable ?

Motivé

Le fameux « pourquoi ? ». Et il est crucial. Pourquoi j’écris un livre ? Pourquoi je vais passer des heures à jouer avec les mots ? Pourquoi je vais prendre sur mon temps de sommeil, de lecture, de repassage, de congés, de jeux, de… (cherchez l’intrus !) ? Listez tout ce qui vous motive à réaliser votre objectif. J’ai bien dis TOUT. Tous les bénéfices que vous tirerez à l’avoir atteint, ne serait-ce que d’avoir tenu une décision que vous avez prise ! Ça parait tout bête, on a l’impression de le savoir, et bien, non, ce n’est pas si évident de faire une liste de ce que nous apporte la réalisation de notre objectif ! Mais c’est nécessaire, c’est ce qui nous fera continuer même dans les moments de découragement. C’est la liste à laquelle nous reviendrons quand nous voudrons abandonner.

J’écris pour la joie et le soulagement que ça me procure, j’écris pour la presque transe dans laquelle l’activité me met, j’écris pour toutes ces phrases qui demandent à sortir de mon esprit surchargé, j’écris parce que j’ai envie d’être lue, parce que j’aime les mots, les belles phrases, les rythmes des sons. Mais au-delà de ça, pourquoi « J’écris un roman de fiction basé sur des éléments auto-biographiques traitant notamment de relations humaines destiné à être édité, lu par un public adulte et qui devrait faire dans les 300 pages dont une première version sera prête le 31 Août 2015 » ? Qu’est-ce que cela va m’apporter ?

Je garde ma liste pour moi, écrivez la votre selon votre objectif et vos motivations.

Atteignable

Je tiens mon objectif (mon « où » je souhaite parvenir, mon « quoi » je veux faire), je connais la limite temporelle que je me suis fixé (mon « pour quand »), je sais « pourquoi » je souhaite l’atteindre, je le pense réaliste, il me reste à l’atteindre ! C’est mon « comment ».

Souvent on bute sur ce « comment » parce que ça parait une montagne immense ce « J’écris un livre » (ou la résolution de votre choix). C’est là que je me souviens de cette phrase, dont je ne sais plus d’où elle me vient, qui dit qu’on mange un éléphant une cuillère à la fois ! Tout simplement. La peur qui nous tétanise devant un but vague et trop vaste s’efface grâce au découpage. Si l’objectif est trop énorme, et bien, je le découpe en plus petits objectifs. C’est ainsi que mon livre devient non plus un livre mais un ensemble de dix-huit chapitres (bon, parce que l’idée a quand même muri dans ma tête et m’a informée de la structure potentielle de mon ouvrage). Tiens, écrire un chapitre c’est déjà moins énorme à réaliser qu’un livre entier. Aller hop, dix-huit éléphanteaux, plutôt qu’un énorme pachyderme ! Et me voilà avec dix-huit objectifs « J’écris un chapitre », auquel je vais appliquer le même traitement qu’à mon objectif global: les rendre plus spécifiques, définir pour quand de façon réaliste etc.

Mouais, mais bon, ça reste gros un éléphanteau… Alors je vais encore découper : quels sont mes objectifs intermédiaires pour écrire un chapitre ? Je suis un écrivain sans expérience, je ne saurais dire combien de pages je peux écrire à l’heure, combien de temps il me faut pour relire, alors pour ce premier livre je vais découper par tranche horaire plutôt que par nombre de pages ou de caractères (d’autant que c’est le genre de contrainte qui me briderait au lieu de m’aider, cette quantifications des signes !). Et voilà que mon « comment » (qui inclut le « quand ») devient « J’écris pendant trois heures tous les lundis et jeudis soirs de 20h30 à 23h30 à mon bureau, toutes sources de distraction potentielles coupées ». Bien sûr vous n’écrirez pas n’importe quoi, ce sera en fonction de la structure de votre livre, de l’idée que vous avez de votre sujet, de l’inspiration du moment, de ce qu’est censé raconter ce chapitre etc. Mais ça ce sera l’objet d’un autre article, restons focalisés sur la définition d’objectifs !

Alors, prenez votre éléphant, et découpez-le jusqu’à obtenir les portions que vous êtes capables d’avaler, une à la fois. Obtenez-en les objectifs à atteindre successivement qui vous donneront un « comment » clair, réaliste, daté, motivé, atteignable et attelez-vous à l’action !

Souple (mais pas trop)

J’ai donc décidé d’écrire six heures par semaine et que mon chapitre sera prêt dans un mois. Et je vais me tenir à ces six heures, coûte que coûte, sauf cas d’extrême urgence (et il en existe peu de ces cas-là, une invitation à dîner d’un couple d’amis n’en est pas une !). Et quand je serai tentée de procrastiner, je relirai la liste de mon « pourquoi » pour me motiver.

Mais mon objectif doit rester souple : inutile de se décourager en réalisant au bout d’un mois qu’à raison de six heures par semaine, à peine la moitié du chapitre est finalisée ! C’est notre premier livre que diable, nous apprenons en faisant ! Alors nous allons réévaluer nos portions d’éléphanteau et le temps qu’il nous faut pour les dévorer, et nous remettre à l’action avec ces nouvelles données. En fonction de mes contraintes et de mes ressources, peut-être que je pourrais écrire neuf heures au lieu de six ? Ou je devrais juste revoir la date de livraison. En tout cas je m’adapte. Attention, je m’adapte, je réévalue mon objectif par une confrontation à la réalité, mais je maintiens l’effort !!!

Engagé

Je maintiens l’effort… Mais même avec ma belle liste de bonnes raisons pour laquelle je le fais, je vais passer par des périodes de découragement et être tentée d’abandonner. C’est pourquoi, quand j’ai établi mon objectif, il est bon de m’engager à le tenir. En moi-même mais aussi (surtout ?) auprès d’autres. J’annonce donc publiquement mon objectif (et un post Facebook n’y suffit pas, non). Il est plus facile d’atteindre un objectif avec des proches qui nous y encouragent et suivent nos progrès. A ce sujet, parlez-en à des personnes qui croient en vous, qui sont positifs, des gens indulgents, qui vous féliciteront, qui vous épauleront. Fuyez ceux qui tenteront de vous décourager ! Votre objectif est réaliste rappelez-vous !

Mesurable

Il est réaliste, clair, daté, motivé, découpé en cuillerées. Reste à ce qu’il soit mesurable, c’est à dire que vous puissiez mesurer selon un ou des indicateurs, que vous l’avez atteint. Comment je sais que j’ai atteint mon objectif ? Dans notre exemple la mesure est facile:  je vois bien si au bout d’un mois j’ai écrit mes six heures par semaine et si j’ai un chapitre entier, je verrai bien si le 31 Mai 2015 j’ai une première mouture d’un roman. Et les étapes entretiennent ma motivation. Non seulement je peux mesurer que j’ai atteint mon objectif, mais je peux même voir peu à peu mes progrès et combien je m’en approche.

Image courtesy of photostock / FreeDigitalPhotos.net

Voilà, j’ai un objectif qui est devenu : « J’écris un roman de fiction basé sur des éléments auto-biographiques traitant notamment de relations humaines destiné à être édité, lu par un public adulte et qui devrait faire dans les 300 pages dont une première version sera prête le 31 Aout 2015. J’y parviens en écrivant dix-huit chapitres, à raison d’un chapitre par mois, le dernier mois étant consacré à des relectures et ajustements. Afin d’écrire un chapitre par mois, je prévois d’écrire pendant trois heures tous les lundis et jeudis soirs de 20h30 à 23h30 à mon bureau, toutes sources de distraction potentielles coupées. ». A côté de cela, j’en ai parlé à des proches qui m’encourageront et j’ai établi ma liste de raisons positives pour le réaliser. Ce n’est qu’un exemple, en réalité il sera même un peu plus complexe et détaillé que cela et en l’état je ne suis pas sûre qu’il soit réaliste ! Mais vous voyez déjà la différence avec mon « J’écris un livre » du départ.

Il reste deux ou trois petites choses à ajouter pour peaufiner le tout, notamment la nécessité de l’écrire ! Il y a une grande différence entre penser, dire et écrire les choses. Outre le travail de réflexion bien utile pour transformer la résolution en objectif réaliste, le fait d’écrire l’objectif et notre liste de motivation aide beaucoup à l’atteindre. Alors écrivez ce que vous allez faire, pour quand, comment, pourquoi. Mieux encore, relisez quotidiennement ce que vous avez écrit (objectif et motivation) !!!

Et puis, il manque une information : quand allez-vous commencer ? Pourquoi prend-t-on nos résolutions en Janvier (voire en Septembre) ? Tout autre moment de l’année est valable ! Vous n’aurez jamais plus de temps libre que maintenant pour écrire si vous ne décidez pas de commencer. Le meilleur moment c’est donc maintenant. Je vous l’ai déjà dis, appuyée par d’autres !

Si vous voulez être écrivain, arrêtez d’en parler, asseyez-vous et écrivez !

(Jackie Collins *source non vérifiée*)

Voilà, si après avoir bien défini votre objectif ainsi et vous être engagé à commencer, vous n’arrivez pas à passer à l’action, il ne reste qu’une chose à faire selon moi : chercher toutes les bonnes raisons qu’il y a à ne pas le faire et comprendre pourquoi cet objectif ne peut être atteint : ce qui vous freine vraiment !

Image courtesy of photostock / FreeDigitalPhotos.net

Hou que je fus longue ! Bravo de m’avoir lue jusqu’ici ! C’est long, mais c’est super important. Une dernière chose: nous n’avons pas parlé du « qui », parce que le kiki de tout les kikis qui, c’est vous. Et uniquement vous, votre objectif ne doit dépendre que de vous. Vous pouvez écrire un livre, vous pouvez même l’éditer. Là-dessus vous avez la main. Qu’il soit retenu par une grande maison d’édition et lu par des milliers de personnes ne dépend pas que de vous, par contre. Faites ce qui est en votre pouvoir, pour le reste lâchez prise et laissez faire. Et puis, avant d’être lu, il faudrait peut-être que votre livre soit écrit, non ?

Alors, si vous êtes de ceux qui veulent écrire un livre, est-ce donc actuellement pour vous une résolution, un objectif ou un doux rêve ?!