Ma bonne résolution 2014

Bonnes résolutionsNon, vous n’y échapperez pas. Comme chaque début d’année, après avoir fait le bilan de l’année passée, il est temps de se consacrer à la nouvelle qui commence et de formuler ses bonnes résolutions. C’est une tradition, une corvée, une blague pour certains… Ça peut-être aussi le bon moment pour en finir avec une mauvaise habitude ou en prendre une bonne. Après tout, on vient de se souhaiter (et encore souvent pendant tout le mois de Janvier !) le meilleur pour 2014. Ce « meilleur » ne pourrait-il pas simplement être le fait d’arriver à faire un pas dans la direction que nous avons envie de donner à notre vie ?

Les plus zélés, dont je fais partie (et je parierais qu’Une Plume aussi) vont vouloir tout révolutionner… mais ce n’est pas forcément une bonne chose. Je dirais même que c’est le meilleur moyen pour ne pas arriver à en tenir une seule, de nos bonnes résolutions. Et si cette année, pour une fois, nous ne prenions pas des bonnes résolutions mais une bonne résolution ? Si au lieu de faire une liste de toutes ces choses que nous n’aimons pas chez nous avec comme objectif de les changer, nous décidions de choisir une envie, un projet, un rêve à réaliser ?

Je vous propose de vous prêter au jeu et de choisir votre bonne résolution. Sans « s ». Si vous le souhaitez et si ce n’est pas trop personnel, vous pouvez nous en faire part en commentaire de cet article. Pour ma part, c’est décidé, ma bonne résolution cette année, c’est d’arrêter de vouloir tout planifier et contrôler et de prendre les choses comme elles viennent. Comme dirait l’autre : « C’est pas gagné » !

Sur ce, je vous laisse à vos réflexions en compagnie de La Grande Sophie, qui illustre exactement ce que je vous expliquais dans le second paragraphe. Savourez !

 Les bonnes résolutions – La Grande Sophie

Les bonnes résolutions
M’envahissent la tête
Chaque année j’ai l’intention
D’atteindre la perfection
De frôler tous les sommets.
Les bonnes résolutions
J’en remplis des brouettes
Et c’est la compétition
Les plus grandes décisions
Etalées sur des cahiers

Quand vient le mois de Janvier je nage
Même au mois de Février je nage
Et d’année en année je n’ai fait que passer
A côté de mes promesses.
Quand arrive l’été j’enrage
Je n’ai fait que brasser dommage
Brasser de l’air jusqu’au prochain hiver
D’autres résolutions

Je suis une idéaliste
Alors je fais des listes
Que je n’applique jamais
Je supplie ma volonté
Froide comme un glaçon.
Elles sont si diverses
Et tombent en averses
Comme des révolutions
Les bonnes résolutions
Tranquillisent mon esprit.

J’arrête de fumer
Je vais travailler
Un peu plus encore
Cette année je fais du sport
Je m’organise et j’économise
Je fais des efforts et encore des efforts.
Je vais tout ranger
Je vais essayer
De prendre du bon temps et cette fois au bon moment
Je m’améliore je prends soin de mon corps
Je positive, j’ai des initiatives

Quand vient le mois de Janvier je nage
Même au mois de Février je nage
Et d’année en année je n’ai fait que passer
A côté de mes promesses.
Quand arrive l’été j’enrage
Je n’ai fait que brasser dommage
Brasser de l’air jusqu’au prochain hiver
D’autres résolutions.

Rentrée chansonnière

Rentrée des classesJe ne vous apprends rien, c’est la rentrée. Bon, on ne va pas déprimer pour autant. On va plutôt s’attaquer à un gros morceau du programme de l’année qui traite – je vous le donne en mille – de l’écriture de chansons.

Cet article inaugure en effet une série d’écrits dédiés à la composition de chansons en tentant de répondre à la question que vous vous posez forcément : Faut-il écrire d’abord le texte ou la musique ?

Et la réponse va vous surprendre (ou pas) : Cela dépend. Forcément.

Cela dépend tout d’abord de votre facilité. Si vous avez plus d’aisance avec les mots, il est probable que vous allez noircir des pages de cahier et disposer de nombreux vers qui vous réclameront ensuite des notes à leurs pieds. Si au contraire, vous êtes plus confortable avec les touches de votre piano ou les cordes de votre guitare, ce sont des suites d’accords, des bribes de mélodies qui vont s’exprimer en premier.

Et puis cela dépend de votre inspiration. On écrit souvent pour exprimer un sentiment, une émotion. Parfois, cette émotion se traduit facilement en mots, parfois pas. Et puis de temps à autres, les paroles s’improvisent en même temps que la musique ou bien ce sont les mots qui fredonnent d’eux mêmes une mélodie.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette question d’écrire le texte ou la musique en premier est à la fois inutile, incomplète et centrale.

Inutile parce que finalement, cela n’a pas d’importance : si je commence par composer la musique de ma chanson, je devrai de toutes façons, à un moment ou un autre, en écrire les paroles.

Incomplète aussi parce que c’est simplifier à l’extrème que de dire qu’une chanson est composée d’un texte et d’une musique. Qu’entendons nous par musique ? La trame mélodique, l’enchaînement harmonique, l’orchestration ?

Et enfin centrale parce que, même en tergiversant et en retournant le problème dans tous les sens, il nous faut bien commencer par quelque chose.

Je sais, tout cela vous semble bien nébuleux, obscure, abscons. Nous allons tâcher d’y voir plus clair au fil des articles qui vont suivre. Et pour cela nous allons poser la question dans des termes différents : Quel est mon objectif et quels sont les moyens dont je dispose pour atteindre celui-ci ?

Mon objectif est simple : arriver à une chanson complète, prête à passer à la radio.

Quant aux moyens à disposition, nous allons en étudier plusieurs, notamment des techniques permettant de mettre en musique un texte, de placer des mots sur une mélodie ou de trouver une trame harmonique à partir d’une ligne mélodique. D’ailleurs, si vous reprenez votre cahier de texte à la page juste avant les vacances, vous vous apercevrez que nous avons déjà commencé le travail en essayant une technique d’écriture d’un texte à partir d’une idée de départ.

Avez-vous fait vos devoirs de vacances ?

Chabada

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Une fois n’est pas coutume, je vous fais lire ce soir les paroles d’une chanson que je suis en train de terminer. La musique est écrite, il ne reste plus qu’à faire quelques arrangements et à l’enregistrer. Promis, je vous la fais écouter dès que c’est prêt !

J’ai la tête froide – Mais c’est pas la tête le problème

J’ai les pieds poites – Les mains c’est du pareil au même

Chabada chabada…

Chabada chabada…

J’ai les yeux verts – derrière mes lunettes roses bonbon

Les idées claires – sans un nuage à l’horizon

Chabada chabada…

Chabada chabada…

J’ai le bras long – pour harponner la chance en son repère

Les jambes coton – Et c’est bien la ouate que je préfère

Chabada chabada…

Chabada chabada…

J’ai le dos rond – comme un petit chat câlin

Et des frissons – quand tu le frôles de tes mains

J’ai des chatouilles – quand tes doigts glissent sur ma peau

Et je bredouille – j’en perds mon latin et mes mots

Si je bafouille – je me rattrape bientôt

Et cette fois, cette fois, cette fois…

J’ai des mots doux – et des poèmes sur les lèvres

Le feu aux joues quand tu ranimes en moi la fièvre

Un désir fou quand tu me rejoins dans mes rêves

Et c’est fou, cet effet que tu me fous !

… C’est l’effet chabada – Mon coeur dans ma poitrine

Chabada chabada – swingue et tambourine

Chabada chabada  – Mon coeur dans ma poitrine

Chabada chabada – swingue et tambourine

J’ai des fous rires qui poussent au bord de mon histoire

Et le sourire quand je ferme les yeux le soir

Chabada chabada  – Mon coeur dans ma poitrine

Chabada chabada – swingue et tambourine

Chabada chabada  – Mon coeur dans ma poitrine

Chabada chabada – swingue et tambourine

Analyse d’une chanson Comment ça va ?

Lynda LemayAprès un précédent article porteur de nouveaux éléments de théorie musicale, j’ai eu envie de vous proposer une nouvelle analyse de chanson. J’ai choisi aujourd’hui « Comment ça va ? » de Lynda Lemay.

Je connais peu  Lynda Lemay mais les chansons que j’ai découvertes d’elle me touchent d’une étrange façon. Elles contrastent avec celles que j’ai l’habitude d’écouter ou celles que j’ai choisies jusqu’à présent pour mes articles. Comment vous expliquer ? C’est une histoire de proximité, je dirais, mais c’est difficile à dire.

Lisez plutôt le texte…

Comment ça va ? Tu parles d’une question !
Regarde moi, perdue dans mes saisons
Y a des tempêtes, partout dans ma maison
Y a des fenêtres mais y a plus d’horizon

Comment ça va ? Tu parles d’une question !
La vie s’en va, et moi je tourne en rond
Je ne sais plus, ce que je lègue à mes filles
Je suis perdue, dans mes éclats de famille

Je fais des choix et je choisis l’erreur
Ca s’effaçe pas, c’est pas de la bonne couleur
Je suis tachée, par mille et un vieux drame
J’ai beau pleurer, mais ça résiste aux larmes

Comment ça va ? mais tu vas te la fermer
Y a des dégats, que je peux pas ramasser
Je vois des éclairs, je prends ça pour du soleil
Puis c’est le tonnerre après qui me réveille

Moi qui me croyais, plus forte que la moyenne
Moi qui passais, la moppe sur les peines
De tout un monde, que je disais comprendre
Voilà que j’ai honte, je me sens incompétente

Il fut un temps, j’étais de bons conseils
Et maintenant, j’ai besoin d’une oreille
Qui avalerait, le grand méli-mélo
De ces regrets, que j’avoue à demi mots

Comment ça va ? D’accord tu veux le savoir
Ben ça va pas, je me perds dans mon histoire
Je sais plus quoi faire, pour sauver ma famille
Pour être une mère, solide pour mes filles

Je les console, je les entends souffrir
Je voudrais retenir, tout ce qui dégringole
Leurs peines débordent, de mes bras trop petits
Je les couve, je les borde, mais je pense pas que ca suffise

Comment ça va ? J’ose plus leur demander
Y a pas de joie, à voir maman pleurer
Non ça va pas, j’en suis si désolée
Je fais tant de faux pas, que j’ai du mal à marcher

Ca veut pas dire, que dans un mois ou deux
Je vais pas courir, je vous jure qu’on sera heureux
La vie c’est ça, c’est pas un conte de fée
Mais ça ira, oui ça va bien aller.

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas envie de le découper en petits bouts pour identifier les champs lexicaux et la manière dont ceux-ci s’organisent entre eux. Je reçois ce texte comme une confidence faite de mots « de tous les jours », porteuse, par sa simplicité et la manière directe dont elle est exprimée, d’une forte émotion entre détresse et colère.

Pour moi, il s’agit un texte très efficace même s’il ne parait pas aussi poétique, par exemple, que celui de la précédente chanson que nous avons étudiée ensemble (Saturne de Georges Brassens). Sa force n’est pas dans la beauté des phrases en elles-mêmes mais dans l’évidence des images et l’émotion palpable qu’elles transportent.

A l’écoute, bien évidemment, la voix de Lynda Lemay qui se plaint, se déchire ou résiste, est pour beaucoup dans la résonance dramatique de la chanson, ainsi que la grille harmonique du morceau comme nous allons le voir.

Regardons donc  à présent les accords accompagnant ce texte :

Intro
| Bb | Bb | Gm | Gm |
| Eb7M | Eb | F7 |F7 |

Couplet
| Bb | Bb |Gm |Gm |
| Eb7M | Eb | Ebm7M | Ebm |
| Bb |Bb |Gm |Gm |
| Eb7M | Eb |Ebm7M |Ebm |

Refrain
| Bb | D7 | Gm |Gm |
| Cm7 | Cm7 | F | F/A |
| Bb | D7 | Gm | Gm |
| Cm7 | Cm7 | F | Eb F |

Première étape : essayons de déterminer la tonalité du morceau. Pour cela, cherchons d’abord si nous détectons un accord de septième pouvant nous indiquer le cinquième degré de la gamme. L’introduction nous fournit un Fa 7 (F7) qui semblerait nous aiguiller vers une gamme de Si bémol – ce que confirmerait la présence de l’accord Bb – tandis que le refrain nous donne un D7 qui nous conduirait vers une gamme de Sol – ce que confirmerait également la présence de l’accord de Gm.

Bonne nouvelle ! Ces deux découvertes ne sont absolument pas contradictoires. Sol mineur étant la gamme relative de Si bémol Majeur (nous reverrons ce terme de « gamme relative »), elle est composées des mêmes notes (Sib, Do, Ré, Mib, Fa, Sol et La). Ces deux gammes peuvent donc tout à fait cohabiter au sein d’un même morceau. Par cette utilisation d’une gamme majeure et de sa relative mineure nous accédons, en quelque sorte, à deux facettes d’une même tonalité : une facette plus affirmative et joyeuse et une facette plus triste voire sombre.

Les autres accords de la chanson nous confirment-ils cette première supposition ? Oui. Les autres accords de la chanson sont composés des notes de la tonalité Si bémol Majeur soient les mêmes notes que dans Sol mineur (Je me répète ? C’est pour m’assurer de votre bonne compréhension !). Ainsi, l’accord à quatre sons correspondant au deuxième degré de Bb Majeur est bien Cm7 et le quatrième degré Eb7M comme nous les voyons apparaître dans la grille harmonique.

Deux exceptions cependant :

D’une part avec le D7 qui a une fonction harmonique comme nous le verrons dans l’étude prochaine des gammes mineures.

D’autre part avec l’enchaînement Eb7M | Eb | Ebm7M | Ebm, un effet de style autour de la tonalité de départ, jouant avec le passage progressif du mode majeur au mode mineur. Ce procédé accentue le côté dramatique de la chanson en créant une évolution sous forme de voicing sur des accords très proches au niveau de leur composition : Entre Eb7M et Eb, seule la 7ème de l’accord (le Fa) est supprimée. Entre Eb et Ebm7M, la tierce est minorisée et la septième Majeure est réintégrée. Enfin, entre Ebm7M et Ebm, la septième majeure est à nouveau supprimée.

Que de manipulations de tierces et de septièmes ! Ces opérations sont courantes et permettent, comme la modulation, d’apporter du relief à nos chansons. Le terme de voicing que j’ai employé plus haut et qui a du vous extirper un « hein ?!! » des plus élégants sera expliqué et détaillé un jour ou l’autre sur ce même blog.

Comme vous le voyez, nous avons encore beaucoup à apprendre ensemble, alors à très bientôt sur Une Plume & Une voix !