Typographie du dialogue

Dialogues« Salut Une Plume ! Alors il arrive cet article sur la typographie du dialogue ? demande le lecteur impatient.
— Ah oui ! C’est vrai… Je m’y mets tout de suite, répond Une Plume, relevant le nez d’une montagne de paperasse.
— C’est que, tu comprends, j’ai des tas de choses en tête à écrire sans savoir comment les rendre lisibles par les lecteurs habitués à un format particulier, dont ils n’ont même pas conscience d’ailleurs ! renchérit l’internaute.
— OK, OK, j’ai compris, je t’explique ça tout de suite ! Alors déjà pour que les gens comprennent que tu écris un dialogue il te faut utiliser des signes de reconnaissance du dialogue, qui en l’occurrence sont les guillemets ouvrants et fermants ( « et » ) et le tiret cadratin (—).
— Je me souviens ! Tu nous as expliqué en long en large et en travers comment les faire dans Word !
— C’est bien, je vois que tu nous lis régulièrement, reprit Une Plume. Pour commencer un dialogue tu utiliseras donc des guillemets ouvrants ( « ) en début de ta première réplique, puis à chaque changement d’interlocuteur tu iras à la ligne et tu commenceras ta phrase par un tiret cadratin (—) et ce jusqu’à la fin du dialogue, que tu indiques par des guillemets fermants ( » ) en fin de dernière réplique, simple, non ?
— Attends un peu, je me souviens avoir lu des bouquins avec plein de guillemets et d’autres où je n’en ai pas croisé un seul ! Tu es sûre de ton truc là ?
— Oui ! Pour tes nombreux guillemets, c’est sans doute parce que tu lis des livres en anglais, la typographie anglaise encadre théoriquement chaque réplique par des guillemets. Quant à leur absence, c’est une variante de l’école moderne, les éditeurs choisissent de plus en plus de se passer des guillemets et de n’utiliser que les tirets, le dialogue commence alors directement par un tiret — et n’a pas de guillemets à la fin. Tu as le choix. Version dix-neuvième ou version moderne ! Bon, personnellement, j’aime bien les guillemets… »

Après une longue pause, Une Plume farfouille dans ses papiers, extrait une page couverte de sigles, dégage de son mieux un peu d’espace et reprend :

« Nous disions donc, un guillemet au début, un tiret cadratin à chaque réplique et un guillemet fermant, soit ! Et pense bien que les guillemets sont encadrés par des espaces, comme c’est indiqué dans cet article, et que le tiret est suivi d’une espace. »

Elle tend alors la feuille vers son comparse qui commence à la parcourir. Elle hésite un instant à prendre un bouquin et se plonger dans un bon moment de lecture mais déjà il enchaîne.

« OK, les signes de reconnaissance du dialogue, je maîtrise. Autre chose ?
— Oui, il te faudra maîtriser les incises, car si tu enchaînes les répliques sans jamais préciser qui parle, le lecteur risque d’être perdu.  A toi de gérer ton dialogue au mieux pour en rendre la lecture compréhensible et aisée, mais tu ne pourras sans doute pas te passer d’incises qui indiquent quel est le personnage qui prend la parole ! Et puis, elles te permettront aussi d’enrichir le dialogue, de jouer sur son rythme.
— Ah oui, les incises ! répond l’apprenti dialoguiste. Ce sont ces propositions que l’on insère dans le dialogue pour indiquer l’interlocuteur.
— Exactement, et là encore il y a quelques règles à respecter. Ton incise peut au choix suivre la phrase prononcée ou être insérée dans la phrase entre deux virgules. Elle fait partie du dialogue, donc tu ne dois pas fermer les guillemets pour l’en exclure, sauf si c’est la dernière du dialogue, dans ce cas tu la mets après les guillemets fermants. Elle commence toujours par une minuscule, même si elle suit un point d’exclamation ou d’interrogation. D’ailleurs méfie-toi de ton correcteur orthographique sur ce point !
— Et si je me souviens bien, interrompt-il, s’il n’y a pas de ponctuation à ma phrase je mets une virgule entre les paroles et l’incise ?
— C’est ça. Et si ton indication forme une phrase à part entière, ce n’est plus une incise mais une partie de la narration, tu dois alors sortir du dialogue, comme je l’ai fait ci-dessus quand j’hésitais à te laisser à tes questions et à aller lire tranquille ! » sourit Une Plume.

Elle hésite un instant, se demandant si elle doit en rester là ou s’il elle rentre dans d’autres détails et cas particuliers. Il semble avoir compris la base et qu’une fois choisi son gabarit de dialogue, dix-neuvième ou moderne, il devra s’y tenir toute la durée du livre. Il n’a pas encore l’air lassé de cette petite leçon, elle décide de poursuivre.

« Il risque de t’arriver d’avoir un personnage qui se lance dans une logorrhée inextinguible…»

Elle s’interrompt. Depuis quand est-ce que je parle comme ça moi ? se demande-t-elle.

« Ouais. Bon. Si donc tu en as un qui se lance dans un monologue sans fin, tu risques de devoir revenir à la ligne pour alléger le visuel et aider ton lecteur. Pour ça tu vas revenir à la ligne à l’intérieur même de la réplique. Il n’y a pas de règle unique pour ça, à toi de choisir entre l’indiquer par un guillemet ouvrant « ou, à l’ancienne, par un guillemet fermant » en début de ligne. Le tout c’est de te tenir à ton choix sur le guillemet de continuité que tu utilises.
— Je vois. Et si mon personnage veut faire une citation ?
— Dans ce cas, personnellement et d’après ce que j’en ai lu, je te conseillerais d’utiliser les guillemets dits anglais soit “ et ”. Si tu veux être publié, le mieux, c’est de demander à ton éditeur ses règles typographiques.
— Oui, c’est sûr mais avant d’avoir un éditeur il me faut déjà une histoire écrite à leur soumettre ! ». Il s’interrompt. Puis reprend :

« Une dernière question : je fais comment si mon personnage ne s’exprime pas à voix haute mais pense ?
— Tu mets sa pensée en italique, indique Une Plume.
— Bien, je crois qu’on a fait le tour.

Une Plume sourit, attends un instant qu’il soit prêt à sortir, et juste avant qu’il ne franchisse la porte s’exclame :

UNE PLUME — Tu ne comptes pas écrire une pièce de théâtre bien sûr ?
LE LECTEUR — (surpris) Euh… A priori non, pourquoi ?
UNE PLUME — Juste au cas où tu aies besoin des règles de typographie de ce genre de dialogue.
LE LECTEUR — Bah, tu sais, au point où j’en suis, pourquoi pas ?
UNE PLUME — Dans ce cas-là oublie les incises et les guillemets, et, en modèle simplifié, il te suffit de précéder chaque réplique par le nom du personnage en capitales suivi d’un tiret —, et tu peux ajouter des didascalies pour donner des détails.
LE LECTEUR — (fronçant les sourcils) Des quoi ?
UNE PLUME — Des didascalies ! Ce sont des indications écrites entre parenthèses en italique après l’indication de personnage.
LE LECTEUR — OK. Bon, je file, j’ai un dialogue à écrire moi !
UNE PLUME — (chopant enfin son livre) Très bien, à la prochaine. Je te donnerai quelques conseils supplémentaires, mais pour ça je dois finir de lire celui-ci !

En résumé

Le dialogue s’ouvre par un guillemet ouvrant « , se ferme par un guillemet fermant » , lesquels sont entourés par des espaces.
Chaque changement d’interlocuteur est indiqué par un retour à la ligne et un tiret cadratin — suivi d’une espace.

Les incises indiquent quel personnage parle, elles suivent la ponctuation de la phrase ou en sont séparées par une virgule, elles commencent toujours par une minuscule.
Les incises sont incluses dans le dialogue, on ne ferme donc pas les guillemets avant l’incise, exceptée pour la dernière qui vient après les guillemets fermants.
Si l’incise est une phrase à part entière on retourne alors à de la narration, le dialogue doit donc être fermé ( » ) avant puis repris (« ).

Un long monologue peut-être coupé par un retour à la ligne précédé d’un guillemet de continuité au choix : « ou ».
Une citation faite par le personnage sera encadrée de guillemets anglais “ et ”.

Le dialogue intérieur du personnage s’indique par un texte en italique.

Les dialogues de théâtre n’ont ni incise, ni guillemets. Chaque réplique est précédée du nom du personnage suivi d’un tiret —. Des didascalies (indication scénique écrite entre parenthèses entre le nom du personnage et la réplique) permettent de donner des détails.

Bonus de Noël : le « raccourci » clavier pour écrire les —, «, », “, ” et –

— Alt +0151
« Alt + 0171
» Alt + 0187
“ Alt + 0147
” Alt + 0148
– Alt + 0150

La ponctuation : où mettre nos espaces ?

© Loïc ForêtOui, oui, je sais, l’article suivant sous ma plume était censé expliquer la typographie du dialogue. Eh bien, j’ai commencé à le rédiger !

Et c’est là que je me suis rendue compte qu’un rappel sur la ponctuation ne serait pas de trop… Là, et aussi suite au commentaire d’Une Voix sur un de mes derniers articles. Alors aujourd’hui je vous propose un article rapide pour vous rappeler où nous plaçons les espaces autour des signes de ponctuation. Si comme moi vous êtes amenés à écrire souvent en anglais, vous savez que les règles ne sont, malheureusement, pas les mêmes !

Allons-y pour les dix signes de ponctuation les plus courants :

La virgule

,

texte,[espace]texte.
Le point-virgule

;

texte[espace];[espace]texte.
Les deux-points

:

texte[espace]:[espace]texte.
Le point

.

texte.[espace]texte.
Les points de suspension

texte[espace]texte.
Le point d’interrogation

?

texte[espace]?[espace]texte.
Le point d’exclamation

!

texte[espace]![espace]texte.
Les guillemets

« »

texte[espace]«[espace]texte[espace]»[espace]texte.
Les parenthèses

( )

texte[espace](texte)[espace]texte.
Les tirets

texte[espace][espace]texte.

Et maintenant, une « petite » phrase écrite avec la contrainte d’utiliser ces dix signes : quoi ? Oui j’ai commencé la dite-phrase avant les deux-points ! En même temps, ce n’est pas une phrase, mais plusieurs, puisque les signes de ponctuation achèvent une phrase ; enfin pas tous, bien sûr, certains la séparent simplement en deux expressions indépendantes, ou séparent les mots. Bon… plus qu’à ajouter les points de suspension (je n’ai jamais dit que ma mes phrases devaient être intéressantes en plus d’user de tous les signes, notez !). L’exemple est fait, la contrainte non respectée : où caser ces fichus tirets ? Ah si je sais, il me faut accepter de ne pas utiliser les parenthèses mais les tirets pour pratiquer une incise – mais si une incise, vous savez – et le tour est joué…

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur la ponctuation, voilà le site qui m’a éclairée : http://www.la-ponctuation.com.

Le tiret cadratin

Cadratin
Aller, aujourd’hui je viens faire d’une pierre deux coups ! Je vous présente un nouveau mot (je suis intimement persuadée que vous n’utilisez pas cadratin tous les jours, de même que palimpseste ou égrégore, sauf si vous travaillez dans l’édition !) et j’introduis une information qui me sera utile dans un prochain article sur la typographie du dialogue.

Les différents tirets

J’ai découvert le terme « cadratin » il y a peu, alors que venant vous soumettre un de mes vieux textes, je me suis intéressée aux règles d’écriture des dialogues. Pour le coup M. Wikipedia m’a peu aidée (« Le cadratin, en typographie, est une unité de mesure de longueur des espaces ») , M. Larousse m’a embrouillée (« Blanc de composition de même épaisseur que le caractère utilisé et servant à donner le renfoncement des alinéas »), et j’ai réalisé que parfois peu importe la définition exacte du mot ! Après tout même si ce « cadratin » qualifie le tiret dont je vais vous parler, il importe peu de savoir ce qu’il signifie, il nous sert ici surtout à singulariser le tiret que nous allons utiliser et à le différencier du trait d’union dont vous êtes coutumiers.

Parce qu’il faut bien l’avouer, de nos jours, nous écrivons principalement par le biais de nos claviers… Et nos claviers nous offrent deux traits faisables directement, que d’aucuns appellent « tiret du six » et « tiret du huit » pour les différencier, ce qui me fait toujours sourire ! En l’occurrence môsieur le « tiret du six » est notre banal trait d’union. Le « tiret du huit », lui, il m’a fallu passer par son nom anglais (underscore) pour retrouver son patronyme français: tiret bas ! Deux tirets accessibles directement donc, et dans ma grande naïveté j’ai cru que notre trait d’union était donc ce marqueur des dialogues que l’on trouve au début de chaque locution dans un échange entre personnages d’un roman. Et je me trompais…

Il y a en fait trois types de tirets typographiques, dont le tiret bas ne fait pas partie, différenciés par leur longueur.

1 – Le tiret court correspond à notre trait d’union, lequel existe sous quatre formes:

Tirets typographiques* Le « tiret de césure » (« ‐ », Unicode 0x2010), utilisé pour séparer un mot en deux lors d’un retour à la ligne.
* Le « trait d’union insécable » (« – », Unicode 0x2011, HTML ‑ ou ‑), utilisé pour séparer des intervalles  (par exemple «1992‑2012 »).
* Le « trait d’union conditionnel » (« – », Unicode 0x00AD, HTML ­), utilisé pour permettre aux logiciels de couper le mot en deux en fin de ligne dans des zones de texte de taille variable.
* Le « tiret quart-cadratin » (« – », code Unicode 0x002D), véritable trait d’union, utilisé dans tous les autres cas et séparant les mots composés.

2 – Le tiret moyen ou « demi-cadratin » (« – », Unicode 0x2013, HTML – ou –), utilisé pour lister les énumérations ou séparer des intervalles composés. Il est aussi fréquemment utilisé à la place du tiret cadratin pour encadrer les éléments incidents ou les propositions incises (en remplacement des parenthèses).

3 – Le tiret long ou « cadratin », (« — », Unicode 0x2014, HTML — ou —), cause de cet article !

Le tiret cadratin

Comme vous avez pu le deviner en lisant la description du tiret moyen, notre tiret cadratin sert à encadrer les éléments incidents et les propositions incises. Il a alors la même fonction que les parenthèses mais on lui attribue un aspect plus littéraires qu’à ces dernières. Ce tiret long rompant la régularité du texte, beaucoup d’éditeurs lui préfèrent le tiret moyen qui préserve une meilleure homogénéité de gris à la page.

Mais sa principale fonction est celle qui justifie que je vous aie entraînés dans une description technique et relativement rébarbative (bien qu’instructive) des différents tirets typographiques :

Le tiret cadratin est le marqueur placé en début de ligne qui indique la prise de parole d’un personnage.

A chaque changement de locuteur nous aurons donc un tiret long ! Et s’il nous arrivait d’écrire une pièce de théâtre (qui sait ?), il nous servirait encore pour séparer le nom du personnage de sa réplique.

Voilà donc révélée la première contrainte que nous aurons lors de l’écriture de dialogues, l’utilisation de ce fameux tiret cadratin. Prochainement, je vous expliquerai comment configurer votre éditeur de texte pour insérer facilement ce tiret long dans vos pages, le six et le huit ne pouvant nous aider directement ! Puis il sera temps de connaître toutes les règles de typographie des dialogues et nous n’aurons plus qu’à en écrire. Ça vous tente ?

La versification (musicalité)

© François SpinelliPour cette partie, j’avoue, je procrastine…

Pas uniquement parce que je suis très très douée en procrastination, non, même si je me distingue par des capacités hors normes en ce domaine, non, je répète, pas uniquement pour cela! Je tarde à écrire cet article, le remets à plus tard, l’oublie, l’esquive, le reporte pour plusieurs raisons.

Pas uniquement parce que j’ai un emploi du temps surchargé (je ne connais pas d’autre forme d’emploi du temps en l’occurrence alors…), non, pas uniquement.

Je repousse le moment fatidique (et voyez comme je m’y attelle à la perfection en ces lignes sans fin) pour deux raisons, ce me semble: d’une la musicalité c’est pas mon truc à moi, enfin pas sa théorie, si je fais chanter les mots, si j’accorde leurs sons c’est par mégarde, ou parce que ça plait à mon oreille, à mon écoute interne, mais je n’y connais rien. C’est à Une Voix que je laisse le soin de ce domaine-là! Et deux, ben, comment dire… J’aime pas finir. Voilà. C’est dit. J’aime commencer. J’aime pas finir. Et je viens finir le « cycle » sur la versification. Bon, aller, soit!

La musicalité donc… Analyser les effets sonores et rythmiques d’un poème c’est une étude sur sa musicalité. Et aussi beaux que soient les mots que l’on emploie, aussi profonds soit les sentiments que l’on exprime, la beauté d’un poème tient quand même, à mon humble avis, à sa musicalité, à l’effet que provoque l’écoute de ses vers scandés par une belle voix. Mon fils est en primaire, il rentre à la maison avec des poèmes à apprendre et à réciter. C’est une très bonne façon de constater cet effet « musical »: entre la qualité des vers et la qualité de la diction, l’une dépendant du choix de l’institutrice, l’autre… de l’entrainement du petit à « mettre le ton »!

Les effets sonores

– L’allitération: la même consonne est répétée plusieurs fois.

Que sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?

– L’assonance: la même voyelle est répétée plusieurs fois.

Vanina a a a Vanina a a a a a a

(OK, je sors… Mais bon aucun exemple ne me vient et je n’ai pas le cœur à chercher, là, maintenant, tout de suite…)

– Les échos sonores: une syllabe entière est répétée plusieurs fois, donc assonance et allitération ensemble.

Un rapace vorace au loin enlaçait la proie qu’il lacérait.

– Les rimes: et oui, quoi de plus évident comme effet sonore quand on entend un poème que celui provoqué par les rimes? Et je vous ai déjà parlé d’elles, si vous avez loupé ce chapitre cliquez ici!

Les effets rythmiques

Hou là, là je sens que je vais manquer d’exhaustivité, citons-en en vrac, expliquons quelques-uns et ensuite… Je compte sur vous pour me signaler les manquants et je n’hésiterai pas à venir compléter l’article après publication (et comme ça vous repasserez!).

Le rythme d’un poème est déterminé par beaucoup d’éléments, notamment bien sur le nombre de pieds dans le vers, la césure du vers (un vers est séparé en deux versants par une pause, dans les alexandrins cette pause à une place précise et sépare le vers en deux hémistiches, mais vous savez tout ça vous passiez un bac G…), la place et le nombre de coupes (pauses secondaires dans le vers). Importent aussi la ponctuation, l’accentuation, les répétitions, les énumérations, les parallélismes, les chiasmes,  les enjambements, les rythmes croissants ou décroissants…

La ponctuation, nul besoin d’expliquer, n’est-ce pas? Si?! Que faisiez-vous au primaire?

L’accentuation correspond à l’intonation des mots. Et non, on ne transforme pas les accents aigus en accent graves pour améliorer la sonorité du vers, mais on joue avec l’accent tonique, les syllabes sur lesquelles on insiste.

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant.

Les enjambements sont eux des modulations de la loi selon laquelle la fin d’un vers coïncide avec un arrêt dans la syntaxe et permet de s’arrêter à la fin de ce vers à cause du sens. On enjambe en faisant porter ce sens par plus d’un vers, et on accentue cet effet par l’utilisation de rejets et de contre-rejets.
Le rejet est une fin déportée au début du vers suivant:

Vers 1: ————-
Vers 2:—-/——–

Le contre-rejet est un début déporté en fin du vers précédent:

Vers 1: ——–/—-
Vers 2:————–

Et, techniquement, il y a encore à dire et décrire sur les enjambements et quelques autres mots barbares sus-cités. Sauf que je crois que nous en avons assez pour l’instant, bien assez de règles, de matière, de contraintes, pour nous exercer à écrire nos poèmes. Là encore c’est de la pratique qu’il nous faut, nous en parlerons. J’achève donc le cycle « versification », pressée de passer à la suite et aux sujets qui maturent et me rapprochent d’objectifs bien plus vastes!

PS: un seul vers donné en exemple est de ma plume (effet notable de la procrastination de cet article), c’est le quiz de la semaine, un bravo à tous ceux qui commenteront en ayant identifié le dit vers!

PPS: pour ceux qui chercheraient le lien entre le texte et l’image, imaginez la musicalité du hérisson qui se frotte à la face rugueuse d’une éponge… Ou mettez ça sur le compte du fait que j’aime cette photo et que je voulais la caser!

La versification (rimes et strophes)

© http://www.photo-effect.com/Aujourd’hui un article où il est question de sexe et de richesse (des rimes), de regroupements et d’embrassades (des vers), tout un programme! (qu’est-ce qu’il faut pas faire pour s’attirer des lecteurs…)

Nous voici dans le troisième volet des règles d’écriture de poèmes telles que définies pour la poésie française. Vous souvenez-vous avoir appris à compter vos pieds pour en faire des vers? (J’adore quand les homonymies nous offrent des phrases qui frôlent l’absurde!). Êtes-vous de ceux qui adhèrent à l’idée que la contrainte est un puissant outil de libération de l’écriture? Alors les contraintes ci-dessous devraient vous seoir (et là j’avoue avoir eu un gros doute sur l’infinitif à l’origine de « il me sied »… pourquoi donc avoir entendu venir sous ma plume un tel mot plutôt qu’un simple « vous aller », « vous convenir », « vous plaire »?!).

Comme le potier façonnant l’argile pour lui donner la forme voulue: vase, plat, cruche…  nous allons agencer les mots, les vers pour leur donner la forme d’un sonnet, d’une ballade, aux rimes suivies, embrassées ou croisées. Commençons par celles-ci.

Les rimes

1/ État civil

Pour ceux qu’il l’ignorerait, la rime est la répétition de sonorités identiques en fin de vers. Pour que deux vers riment, la dernière voyelle accentuée et tout ce qui suit doit se prononcer de la même manière. Par exemple amoureuse rime avec audacieuse, disparition avec inhibition, égrégore avec encore, palimpseste avec… euh… vous avez eu assez d’exemples! (ah si tiens: manifeste…).

Lorsque l’on pousse le vice talent jusqu’à reproduire le même phonème (son) au milieu et à la fin du vers, on parle alors de rime intérieure ou « léonine ».

2/ Sexe

Les rimes sont sexuées (si si!), un peu comme les humains:

– Une rime est dite féminine si elle s’achève par un « e » muet (amoureuse, audacieuse, égrégore, encore, palimpseste…).
– Elle est masculine lorsqu’elle s’achève par une syllabe accentuée (disparition, inhibition, inattendue, combat…).

3/ Richesse

Les rimes ont des degrés de richesse différents, un peu comme les humains:

pauvres, elles n’ont qu’un seul son en commun (une voyelle répétée)

Lancinante douleur qui s’immisce sous ma peau
Glace mon sang, broie mon cœur et m’écroule en sanglots

suffisantes, elles bénéficient de deux sons en commun (un ensemble consonne + voyelle)

Stériles sont ces cendres aimées
Et Phœnix ne renaît jamais.

riches, elles ont le privilège de faire coïncider au moins trois sons!

Ses racines s’enfoncent au-delà de la raison
Et ses griffes labourent quelle que soit la saison

(Oui, mes alexandrins font plutôt treize pieds que douze à cause de ma tendance à vouloir que le « e » soit toujours muet à défaut de le faire disparaître!).

La richesse de la rime ne tient pas au nombre de pieds communs mais bien au nombre de sons! Vol et  envol forment une rime riche.

4/Qualités

Il y a des « bonnes » et des « mauvaises » rimes. Une rime trop « facile » est considérée comme « mauvaise », un peu comme les humaines:

– on ne fait pas rimer deux verbes conjugués: chantions / dansions
– on ne fait pas rimer deux adverbes en « -ment »: gaiement / ouvertement
– on respecte l’orthographe et on ne fait pas rimer singulier et pluriel (-s, -x, -z): jasmin /gamins
on n’utilise pas deux fois le même mot: vanité / vanité

5/ Comportement social

Prenons un groupe de quatre vers, leurs rimes se croisent, s’embrassent, se suivent, un peu comme les humains avec les humaines:

– Rimes suivies (ou plates): A A B B

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

– Rimes croisées: A B A B

Qui nous frappe sans trêve et encor nous condamne
A n’être rassemblés et à toujours errer
Aux sinueux sentiers de la terre et de l’âme
Ainsi que deux moitiés à jamais affligées.

– Rimes embrassées: A B B A

Sur mon chemin il y a des pierres et du sable
De la chaleur, la soif et les yeux transparents
Sur le vôtre il y a la verdure d’encens
Le froid, le sang bien caché, le bonheur aimable…

Les strophes

Nos mots sont maintenant contenus dans des vers qui riment entre eux, reste à assembler ses derniers. Les vers sont regroupés sous forme de strophes, distinguées par le nombre de vers qu’elles contiennent:

– Monostiche: un vers
– Distique: deux vers
– Tercet: trois vers
– Quatrain: quatre vers
– Quintil: cinq vers
– Sizain: six vers
– Dizain: dix vers

Les formes de poèmes

Certains poèmes ont une structure déterminée et figée. En fait, depuis l’abandon des poèmes moyenâgeux aux règles strictes (lai, virelai, rondeau, ballade) seul le sonnet est encore en usage.

Un sonnet est constitué de deux quatrains suivis de deux tercets pour lesquels les rimes sont disposées selon la contrainte suivante:

A B B A   A B B A   C C D   E E D (ou E D E).

Là je crois que je n’ai pas de bon exemple à vous soumettre, du moins pas le courage d’aller vérifier la structure des rimes de tous mes sonnets! Celui-ci cependant est assez proche, si on admet un A B B A   A C C A   A A D   E E D (et qu’on est indulgent sur les « e » pour respecter l’octosyllabe…)!!!

Voilà ton image qui s’efface
Peu à peu lavée par ces eaux
Il n’en demeure que des photos
Images figées comme seules traces

Voilà ma raison qui te chasse
Va rechercher la guérison
De toi et de cette émotion
Me persuader que je suis lasse

Voilà les jours, le temps qui passe
Et les distances qui se déplacent.
Mais à l’heure de ne plus t’aimer

Voilà ta voix, tes mots, mon cœur,
Ses souvenirs, ta peau, l’odeur,
Et l’interdit de t’oublier.

Aller, plus qu’à aller prochainement sur les plates-bandes de Une Voix en parlant musicalité et sonorités et j’en aurais fini avec la versification! D’ici là, j’attends vos premiers sonnets!