À supposer qu’on me demande ici

À supposer qu’on me demande ici d’user de mon talent naturel pour la rédaction de phrases démesurément longues pour, non seulement vous expliquer le principe de cette tirade unique en prose, extrêmement développée et commençant par la formule : « À supposer qu’on me demande ici de… », mais également vous en rédiger à la volée un exemple concret, je vous assure – et vous pouvez croire au sérieux de cette affirmation – que je ne manquerais pas d’accepter le défi et que je me lancerais volontiers et sans aucune réticence dans l’explication de cette contrainte oulipienne proposée par Jacques Jouet que l’on me demande même d’illustrer par un spécimen de mon cru, sans pour autant oublier de comptabiliser les caractères de cette laborieuse formule puisqu’il parait, et c’est même l’inventeur de la dite forme qui l’indique, qu’un A supposer que sérieux comporte au minimum mille caractères, soit environ deux cents mots car c’est en effet le ratio couramment admis, ce qui entraîne inévitablement que l’on soit obligé de considérer mon A supposer que comme sérieux étant donné qu’il comporte très exactement un nombre de caractères égal à la racine carrée de un million trois cent quatre-vingt-douze mille quatre cents c’est-à-dire en tout et pour tout et sans faire de chichi, mille cent quatre-vingts signes en excluant bien sûr tout espace inutile dans la comptabilisation des composants de cet écrit!

La versification (rimes et strophes)

© http://www.photo-effect.com/Aujourd’hui un article où il est question de sexe et de richesse (des rimes), de regroupements et d’embrassades (des vers), tout un programme! (qu’est-ce qu’il faut pas faire pour s’attirer des lecteurs…)

Nous voici dans le troisième volet des règles d’écriture de poèmes telles que définies pour la poésie française. Vous souvenez-vous avoir appris à compter vos pieds pour en faire des vers? (J’adore quand les homonymies nous offrent des phrases qui frôlent l’absurde!). Êtes-vous de ceux qui adhèrent à l’idée que la contrainte est un puissant outil de libération de l’écriture? Alors les contraintes ci-dessous devraient vous seoir (et là j’avoue avoir eu un gros doute sur l’infinitif à l’origine de « il me sied »… pourquoi donc avoir entendu venir sous ma plume un tel mot plutôt qu’un simple « vous aller », « vous convenir », « vous plaire »?!).

Comme le potier façonnant l’argile pour lui donner la forme voulue: vase, plat, cruche…  nous allons agencer les mots, les vers pour leur donner la forme d’un sonnet, d’une ballade, aux rimes suivies, embrassées ou croisées. Commençons par celles-ci.

Les rimes

1/ État civil

Pour ceux qu’il l’ignorerait, la rime est la répétition de sonorités identiques en fin de vers. Pour que deux vers riment, la dernière voyelle accentuée et tout ce qui suit doit se prononcer de la même manière. Par exemple amoureuse rime avec audacieuse, disparition avec inhibition, égrégore avec encore, palimpseste avec… euh… vous avez eu assez d’exemples! (ah si tiens: manifeste…).

Lorsque l’on pousse le vice talent jusqu’à reproduire le même phonème (son) au milieu et à la fin du vers, on parle alors de rime intérieure ou « léonine ».

2/ Sexe

Les rimes sont sexuées (si si!), un peu comme les humains:

– Une rime est dite féminine si elle s’achève par un « e » muet (amoureuse, audacieuse, égrégore, encore, palimpseste…).
– Elle est masculine lorsqu’elle s’achève par une syllabe accentuée (disparition, inhibition, inattendue, combat…).

3/ Richesse

Les rimes ont des degrés de richesse différents, un peu comme les humains:

pauvres, elles n’ont qu’un seul son en commun (une voyelle répétée)

Lancinante douleur qui s’immisce sous ma peau
Glace mon sang, broie mon cœur et m’écroule en sanglots

suffisantes, elles bénéficient de deux sons en commun (un ensemble consonne + voyelle)

Stériles sont ces cendres aimées
Et Phœnix ne renaît jamais.

riches, elles ont le privilège de faire coïncider au moins trois sons!

Ses racines s’enfoncent au-delà de la raison
Et ses griffes labourent quelle que soit la saison

(Oui, mes alexandrins font plutôt treize pieds que douze à cause de ma tendance à vouloir que le « e » soit toujours muet à défaut de le faire disparaître!).

La richesse de la rime ne tient pas au nombre de pieds communs mais bien au nombre de sons! Vol et  envol forment une rime riche.

4/Qualités

Il y a des « bonnes » et des « mauvaises » rimes. Une rime trop « facile » est considérée comme « mauvaise », un peu comme les humaines:

– on ne fait pas rimer deux verbes conjugués: chantions / dansions
– on ne fait pas rimer deux adverbes en « -ment »: gaiement / ouvertement
– on respecte l’orthographe et on ne fait pas rimer singulier et pluriel (-s, -x, -z): jasmin /gamins
on n’utilise pas deux fois le même mot: vanité / vanité

5/ Comportement social

Prenons un groupe de quatre vers, leurs rimes se croisent, s’embrassent, se suivent, un peu comme les humains avec les humaines:

– Rimes suivies (ou plates): A A B B

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

– Rimes croisées: A B A B

Qui nous frappe sans trêve et encor nous condamne
A n’être rassemblés et à toujours errer
Aux sinueux sentiers de la terre et de l’âme
Ainsi que deux moitiés à jamais affligées.

– Rimes embrassées: A B B A

Sur mon chemin il y a des pierres et du sable
De la chaleur, la soif et les yeux transparents
Sur le vôtre il y a la verdure d’encens
Le froid, le sang bien caché, le bonheur aimable…

Les strophes

Nos mots sont maintenant contenus dans des vers qui riment entre eux, reste à assembler ses derniers. Les vers sont regroupés sous forme de strophes, distinguées par le nombre de vers qu’elles contiennent:

– Monostiche: un vers
– Distique: deux vers
– Tercet: trois vers
– Quatrain: quatre vers
– Quintil: cinq vers
– Sizain: six vers
– Dizain: dix vers

Les formes de poèmes

Certains poèmes ont une structure déterminée et figée. En fait, depuis l’abandon des poèmes moyenâgeux aux règles strictes (lai, virelai, rondeau, ballade) seul le sonnet est encore en usage.

Un sonnet est constitué de deux quatrains suivis de deux tercets pour lesquels les rimes sont disposées selon la contrainte suivante:

A B B A   A B B A   C C D   E E D (ou E D E).

Là je crois que je n’ai pas de bon exemple à vous soumettre, du moins pas le courage d’aller vérifier la structure des rimes de tous mes sonnets! Celui-ci cependant est assez proche, si on admet un A B B A   A C C A   A A D   E E D (et qu’on est indulgent sur les « e » pour respecter l’octosyllabe…)!!!

Voilà ton image qui s’efface
Peu à peu lavée par ces eaux
Il n’en demeure que des photos
Images figées comme seules traces

Voilà ma raison qui te chasse
Va rechercher la guérison
De toi et de cette émotion
Me persuader que je suis lasse

Voilà les jours, le temps qui passe
Et les distances qui se déplacent.
Mais à l’heure de ne plus t’aimer

Voilà ta voix, tes mots, mon cœur,
Ses souvenirs, ta peau, l’odeur,
Et l’interdit de t’oublier.

Aller, plus qu’à aller prochainement sur les plates-bandes de Une Voix en parlant musicalité et sonorités et j’en aurais fini avec la versification! D’ici là, j’attends vos premiers sonnets!

Pour en finir avec La Disparition

Au cours du précédent article où je m’appliquai à imiter le style de Georges Perec dans La Disparition ou plutôt où j’appliquais à mon propos la même contrainte qu’il s’imposa dans son livre, je ne vous ai pas tout dit. J’ai tu, outre la voyelle interdite, également la genèse de ce roman si mystérieux, comme me le fit remarquer dans son commentaire, un lecteur assidu. L’article d’aujourd’hui a donc pour dessein de compléter la chronique par laquelle je croquais le fruit du lipogramme de Georges Perec.

Commençons par là : La Disparition est un lipogramme, soit le produit d’un procédé de style, appelé également lipogramme, consistant à écrire sans utiliser une lettre donnée. Cette règle est d’autant plus contraignante que la lettre est commune et que le texte est long. La Disparition est donc finalement un jeu de mots de quelque trois cents pages (!), articulé autour d’une contrainte très forte.

Et Perec est coutumier du fait. A partir de 1967, tous ses textes suivent une ou plusieurs contraintes littéraires. En effet, Il fait partie de ces auteurs qui considèrent les contraintes formelles non comme une gêne mais au contraire comme un  puissant stimulant pour l’imagination. La contrainte, en obligeant l’auteur à se départir de ses habitudes, à sortir de sa zone de confort, lui apporte une liberté nouvelle, lui donne accès à une facette de sa créativité dont ses automatismes le privaient.

Il est intéressant de noter que pour le lecteur, ces contraintes ne constituent pas une gêne au plaisir de la lecture. J’en veux pour preuve le succès, auprès du grand public, des œuvres de Perec ainsi que mon propre plaisir à la lecture de La Disparition. Ce qui plait chez cet auteur, c’est avant tout son art d’observer, d’analyser et de retranscrire le quotidien, sa façon de mêler matière autobiographique et éléments fictifs et son sens de la légèreté porté par son goût pour les histoires et pour le jeu.

Car pour Perec le verbicruciste, c’est bien d’un jeu dont il s’agit dans l’application de ces contraintes oulipiennes…  Mais je ne vous ai pas encore parlé de l’OuLiPo ? L’Ouvroir de Littérature Potentielle, dont Perec faisait partie, est une association d’écrivains et de mathématiciens fondée en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et, entre autres, l’écrivain et poète Raymond Queneau. L’OuLiPo se définit avant tout comme n’étant ni un mouvement littéraire, ni un séminaire scientifique, ni un groupement de littérature aléatoire. Il a pour objet la réflexion autour de la notion de contrainte pour encourager la création littéraire.

Une autre bien fausse idée qui a également cours actuellement, c’est l’équivalence que l’on établit entre inspiration, exploration du subconscient et libération, entre hasard, automatisme et liberté. Or cette inspiration qui consiste à obéir aveuglément à toute impulsion est en réalité un esclavage. Le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombre de règles qu’il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête et qui est l’esclave d’autres règles qu’il ignore.

Raymond Queneau, Le Voyage en Grèce

Les recherches de l’OuLiPo consistent ainsi, entre autres, en l’invention de contraintes littéraires nouvelles et en leur mise en application. Parmi les contraintes les plus connues, citons :

  • Le lipogramme, dont La Disparition est une illustration.
  • Le palindrome, qui se lit de la même manière de gauche à droite ou de droite à gauche : Zeus a été à Suez.
  • L’abécédaire, texte dont les initiales des mots successifs se suivent par ordre alphabétique : Alors Benoît Chanta Doucement Et Fifi, Gentiment …
  • La méthode S + n, méthode de substitution de chaque substantif par le Nème substantif suivant dans le dictionnaire.

Je n’entre pas plus dans le détail aujourd’hui mais chacun de ces procédés pourrait faire l’objet d’un article à part entière. Je confie d’ailleurs l’idée au vent frais du matin pour qu’il la transporte telle une plume légère au gré des embruns et la souffle avec douceur à l’oreille des rédactrices de ce blog…

La Disparition (Georges Perec)

Il s’agit d’un roman tout à fait original. On y lit la saga d’un gang d’amis poursuivant un copain du nom d’Anton qui disparut un jour non sans avoir auparavant transmis un obscur pli annonçant sa disparition.

A la volatilisation d’Anton s’adjoint l’omission du plus commun motif qui soit dans la publication : un « rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal ». Un oubli grammatical, ou plutôt typo, qui suit l’intrigant rapt d’Anton. Un pari fou qui punit l’intonation par la condamnation d’un son lui donnant ainsi un abord inconnu. La narration convainc pourtant par un art saisissant du tour autour du pot. Voila qui apparait primordial pour bannir du discours narratif un composant aussi important. Circonvolutions, faux-fuyants ou discours aux longs colimaçons sont ainsi courants, garantissant l’abandon absolu du composant proscrit.

Pour sûr, G.P. saisit l’occasion, maniant un british fort opportun you know, formulant dictons non sans façon ainsi il fit ni six moins cinq ni cinq moins trois, utilisant l’omission pour la fin d’un mot ou son origin, masculinisant tantôt, imaginant, accouchant aussi parfois d’un mot lui manquant.

Trivial ? Point du tout. Nous vous l’assurons, nous qui nous y collons, bouffi d’application au fil du courant topo. Un propos clair, sans l’utilisation du dit signal, apparait ardu, sportif! Pourtant  G.P. va plus loin qu’un machinal oubli. Oui, il s’y complait, dans l’art du discours biscornu parfois abracadabrant. Il a un don pour l’amusant, un gout frappant pour l’abscons. Quand un propos parait banal, il l’assortit d’un cours tordu. Si un mot apparait par trop parfait, il choisit un substitut moins courant ou plus savant.

D’où un flot parfois assommant, nonobstant un synopsis fort distrayant. Un lisant assidu doit avoir subi l’initiation sans faiblir, s’habituant mot à mot à l’abstraction du fichu disparu. Puis, ça lui paraitra plus attrayant, attirant. Il aura la faim d’y voir clair dans l’obscur complot. Alors, trucs, tours ou illusions du narrant lui apparaitront finauds. Il jouira du distinguo d’un fin mot, trouvant plaisir aux cavillations du propos, au port hautain du discours. Humant, tâtant, goutant, savourant…

Au final, un bouquin convaincant, fruit d’un joli pari, confirmation qu’un contraignant carcan aboutit à un produit plaisant autant qu’innovant.

La versification (structure des vers)

© Loïc ForetLes différents types de vers

Parmi les règles de l’écriture de poésie, une des premières contraintes est l’écriture sous forme de vers. Chaque vers est une ligne du poème. Cette ligne peut-être plus ou moins longue, et sa longueur ne se mesure pas au nombre de mots mais au nombre de syllabes total que contient le vers. Ces syllabes sont aussi appelées « pieds ». Ainsi dans le vers:

C’était ce jour haï où je dus tout quitter.

Nous comptons douze syllabes, donc douze pieds:

C’é_tait_ce_jour_ha_ï_où_je_dus_tout_qui_tter.

Pour ceux qui se poseraient la question, oui les exemples de cet article seront tirés de mes propres écrits! En général ma muse personnelle me souffle des vers directement avec le bon nombre de pieds, en tout cas pour les deux premiers vers qui éclosent dans ma tête sans crier « Gare! ». Et c’est une facilité dont je profite, même si les vers suivants me demandent plus d’efforts pour cadrer avec ce premier choix. Ma muse aime les vers longs, elle me parle généralement en alexandrins, plus rarement en décasyllabes. Ah mais je ne vous ai pas dit! Les vers ont des petits noms en fonction de leur nombre de pieds:

12 syllabes et c’est un ALEXANDRIN. Lourd, riche, bavard, hautain, noble. Il_a_ge_lé_en_en_fer_pen_dant_de_longs_mois.

10 syllabes forment le DECASYLLABE. Moins usité, tranquille, posé. Mais_sa_dou_leur_ne_veut_lais_ser_par_aitre.

8 syllabes pour trouver l’OCTOSYLLABE. Le plus ancien vers de la poésie française, léger, chantant, gai, direct. L’a_bri_de_l’é_crin_de_tes_bras.

Voilà pour les plus courants, bien sûr vous pouvez rencontrer à l’occasion des HEXASYLLABE (6 pieds), plus souvent en chanson d’ailleurs; voire des vers avec un nombre de syllabe impair (comme chez Verlaine et Jean de la Fontaine). Je n’en cite que le nom, ne m’y étant jamais risquée:

9 pieds = 1 ENNEASYLLABE
7 pieds = 1 HEPTASYLLABE
5 pieds = 1 PENTASYLLABE
3 pieds = 1 TRISYLLABE
2 pied = 1 DISSYLLABE
1 pied = 1 MONOSYLLABE

Le décompte des syllabes

Aurais-je laissé à entendre que le décompte des pieds consiste uniquement à compter le nombre de syllabes? Que la seule règle pour former un alexandrin est d’avoir douze pieds? C’est en fait un petit peu plus complexe que cela… D’abord parce que la langue française comporte une lettre qu’elle adore: le « e ». Lisez juste ma phrase précédente, ou même celle que j’écris là, et comptez le nombre de « e »!  Regardez aussi le nombre de prononciation de ce « e » dans ces quelques phrases, il y a du « e », du « é », du « è », et même (!) du « ê ». Je ne connais pas assez les langues pour en avoir la certitude, mais il me semble que c’est une spécificité française, en tout cas de mes souvenirs de l’espagnol, par exemple, le « e » se prononce « é » tout le temps, et se rencontre plus rarement…

1/ Le « e » muet

Donc le « e » vient modifier le décompte des syllabes, en effet il peut être « muet ». Si les « é », « è » et « ê » sont toujours prononcés, avez-vous remarqué que mon décasyllabe finissait par « paraitre » et que je ne comptais que deux syllabes pour ce mot? En effet le « e » à la fin d’un vers est un « e » muet qui ne compte pas pour une syllabe, cela s’appelle l’élision. Il constitue d’ailleurs ainsi une rime féminine, ah mais je m’égare! Ce sera le sujet d’un prochain article sur les rimes…

Revenons à mon « e » muet qui ne compte pas comme un pied à la fin d’un vers. Que se passe-t-il lorsqu’il est dans le vers? Comme dans:

Et il s’appelle Doute et il est mon fardeau

Bon exemple (oui oui j’en suis fière!) car il comporte les deux cas d’école: le « e » muet qui compte et celui qui ne compte pas. Le « e » muet sera compté lorsqu’il précède une consonne, et ne sera jamais compté lorsqu’il précède une voyelle (et, comme déjà dit, lorsqu’il est en fin de vers). Ainsi le décompte ici sera:

Et_il_s’a_ppe_lle_dou_t(e)et_il_est_mon_far_deau

Et c’est donc un alexandrin. Enfin… Si on se dit qu’un alexandrin = 12 pieds et hop c’est bon. Sauf que l’alexandrin, noble, comme je le disais, est plus exigeant que cela… Je vous explique juste après, finissons-en d’abord avec le décompte des pieds.

2/ Diérèse et synérèse

Vous êtes encore là?  Chapeau! Ces deux mots, que vous utilisez bien sûr quotidiennement, je n’en doute pas, ne sont en fait que les deux façons de prononcer une diphtongue.
La diérèse consiste à prononcer de façon séparée les deux termes de la diphtongue.
La synérèse est le fait de prononcer les deux termes de la diphtongue dans la même syllabe.
Prenez le mot affection par exemple. Vous faites une diérèse si vous le prononcez a_ffec_ti_on, et une synérèse si vous le prononcez a_ffec_tion. Et donc dans un cas il représente quatre pieds, dans le deuxième trois pieds. À prendre en compte donc dans l’écriture et la prononciation de vos vers!

Les césures

Pour finir sur la structure d’un vers, il reste à parler des césures. La césure est une pause dans le vers. Les vers sont généralement construits en deux versants séparés par cette césure. Ces versants sont appelés des hémistiches. L’endroit où doit se trouver cette césure est déterminé pour les grands vers (alexandrins et décasyllabes). Et c’est là que vous verrez que mes alexandrins cités précédemment n’en sont pas, malgré leurs douze pieds!

Concernant le décasyllabe, la césure se trouve obligatoirement entre deux mots, soit après le quatrième soit après le sixième pied. On aura ainsi un hémistiche de 4 pieds et un de 6 pieds. Si je reprends mon exemple, la pause est donc soit après « douleur » (Mais sa douleur_ne veut laisser paraitre) soit après « veut » (Mais sa douleur ne veut_laisser paraitre).

Concernant l’alexandrin, la césure se trouve obligatoirement après le sixième pied et partage le vers en deux hémistiches de 6 pieds. Comme dans celui-ci: Nous lançant en avant_en un rythme implacable.

Et voilà, vous savez maintenant construire un vers, alexandrin, octo ou décasyllabe… Il nous restera à les organiser en poèmes, à les faire rimer, voire à leur donner des sonorités particulières. À bientôt donc!