Les muses, ça m’use !

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C’est aux petites heures de la nuit que cela arrive, quand tout le monde dort, que le marchand de sable est passé. C’est dans l’enveloppant silence de l’obscurité tardive qu’elles se mettent à chanter leur mélopée. Elles font cela d’abord doucement, tout en délicatesse, comme un murmure, un léger souffle, un son étouffé, à peine audible. Une agréable bise que tu ne perçois guère, qui ne te distrait pas encore. Tel le vent qui se lève, grossit, enfle, elles envahissent peu à peu l’espace. Elles arrivent, s’installent, attirent peu à peu ton attention, insistantes, persistantes, remplissant bientôt chacune de tes inspirations. A l’abri de tes paupières closes, elles chassent un Morphée hésitant qui tentait de s’inviter et, ça y est, les voici qui chantonnent une mélodie entêtante et envoûtante, qui tambourinent, se déchaînent en un sirocco violent et brûlant qui résonne dans ta tête. Elles ne te lâchent plus. Les muses sont là.

Tu voulais dormir ?

Raté !

C’était pourtant plutôt bien parti. Comme chaque soir ce même rituel, cette routine de l’habitude, le ronron du train-train quotidien, bref, la vie dans son plus simple appareil : on dîne (ensemble), on lave (la vaisselle), on brosse (les dents), on enfile (le pyjama), on bise (les enfants), on borde (les mêmes), on chante (leur berceuse), on lit (Lamartine), on embrasse (son conjoint), on éteint (la lampe). Arrive le hic, le rouage qui grince : « on dort » ne passe pas…

Là où tu attendais ce sommeil libérateur, les bras doux du dieu grec, le repos salvateur, te voilà rencontrant les égéries. L’inspiration te vient, te dévore. Les mots se bousculent, s’entrechoquent, sans répit, ni pitié.

Tu commences par lutter. Ta fatigue est là, ton corps déjà léthargique. La chaleur de la couette est si tendre, la paresse si grande, l’aspiration à la paix si douce… Que ces voix aillent aux gémonies et t’accordent une trêve !

Sauf qu’elles ne se lassent pas. La tempête créatrice persiste. C’est toute une épopée lyrique qu’elles entonnent, brouillonnent, foisonnent ! Alors, emportée par leurs airs, tu leur cèdes, attrapes un cahier, un stylo qui traînaient là, te glisses hors des draps, affrontes le froid, te heurtes à l’éternel coin de lit malveillant, ravales une injure, sors et trouves enfin un recoin au salon où les laisser s’exprimer dans le halo tremblé d’une lampe.

C’est aux petites heures de la nuit que cela arrive, quand tout le monde dort. On te trouve à moitié grelottante, à demi endormie, entièrement inspirée, à jeter sur des feuilles d’écolier des mots désordonnés. Elles te les soufflent et tu les écoutes. Une à une, tu égrènes les syllabes, assembles les phrases, construis les strophes, enivrée et heureuse. Ça ressemble presque à de la poésie. C’est beau ! Ça sonne juste ! C’est fluide ! C’est facile, un régal ! Que les muses sont bonnes ! Quelle joie d’écrire frénétiquement avant qu’elles ne s’échappent, alors que ta pensée va toujours trop vite pour ta main qui peine à suivre…

Plus un souffle. Dans l’air immobile les voilà qui se taisent enfin. Le calme revient. Quelle quiétude dans la maisonnée assoupie. Comme si de rien n’était, une nuit pareille à une autre, bercée du ronflement de monsieur, éclairée par la veilleuse du petit, troublée par un moteur lointain. Seule sur ton île battue par les vents, tu sais, toi, la grandeur de ces minutes, l’intensité, l’envolée, le… Mais il est tard, déjà, ton corps quadragénaire te rappelle à l’ordre des choses. Laissant éparpillées tes fulgurances épiques, tu traînes tes os usés vers la chambre, heurtes un coin de lit décidément trop présent et t’immisces sans bruit dans le lit conjugal. Tu accueilles la détente, vas embrasser tes rêves, un peu groggy de cette agitation intense, et fière de tes illuminations nocturnes.

A l’aube, reviennent les moments coutumiers, la tradition familiale : on insulte (le réveil), on s’extirpe (du lit), on réveille (les ados), on lave (son corps), on apprête (ses atouts), on réveille (les mêmes), on déjeune (si possible), on presse (les plus lents), on coiffe (les tignasses), on envoie (à l’école). Arrive le hic, le rouage qui grince : « on lit ». Aux détours de quelques secondes anodines arrachées aux automatismes journaliers, tu parcoures les feuillets noircis de ta verve artistique noctambule. Dans la lumière crue du matin, tes vers enchanteurs sont devenus rimaille de comptoir. L’épopée lyrique ? Un galimatias informe sans rime, ni raison. Tes illuminations ? Des élucubrations.

Les muses sont facétieuses.

Tu voulais écrire ?

Raté !

Dépression, mon amour

Dépression - Image courtesy of Salvatore Vuono / FreeDigitalPhotos.netC’est dans cet état second que ça arrive. Il faut couper le mental, laisser la main seule s’exprimer. S’exprimer… Comme on presse un citron pour en extraire le jus ? D’où ça vient « s’exprimer » ? Je ne sais pas. Je ne sais pas grand-chose. Comme disait l’autre : je sais que je ne sais pas. C’est déjà ça. Oh oh oh, et je rêve que soudain mon pays Soudan se soulève. C’est Souchon qui chante dans ma tête alors que mon stylo gratte le papier. C’est joli ce grattement, c’est enivrant. Comment décrire ce son ? C’est le seul qui envahit l’espace à cette heure. Cette heure sombre de la nuit et de mon histoire. C’est la nuit que j’écris. Il est des choses que l’on écrit que lorsqu’il est bien tard, que lorsqu’il fait bien nuit. Ce coup-ci, c’est Reggiani. L’heure sombre de la nuit, disais-je, mais ma main a eu un à-coup, failli se faire rattraper par ce fichu mental. Fichu mental, oui, celui qui malmène mon histoire, celui qui matin et soir tourne, virevolte, s’invente des problèmes pour se croire utile et m’a menée là, dans le noir, avec mon fichu cafard, avec cette absence d’envie, cette absence de vie, et juste un gros trou noir à la place de mon espoir. Mon espoir s’est envolé, il est parti, je ne sais où. Tant qu’il y a de la vie, y’a de l’espoir ? Mon œil, oui ! L’espoir il peut se faire la malle, nous déserter sans prévenir, on ne s’en rend pas compte, c’est insidieux, on met un pas devant l’autre chaque jour, on avance, on fait les pas, les actes, les contraintes, ce que la société nous réclame, ce que nous vend la réclame, on se croit fort, on se croit utile, on croit que c’est ça la vie, on avance, on a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens (décidément Souchon !). Mais on avance dans la mauvaise jungle, notre machette s’émousse sur des lianes toujours plus dures, plus grosses, et on n’y arrive plus. Un jour on ouvre les yeux et on s’aperçoit qu’il n’est plus là. L’espoir s’est endormi. On regarde ce qu’on appelle futur et on n’y voit plus rien que du gris, de la répétition, les mêmes causes qui donnent les mêmes effets et cette terrible, terrible, intuition qu’on ne peut plus rien y faire, que tout sera toujours pareil et qu’on n’a plus la force de le faire, que les pas coûtent trop cher, que la vie est trop dure, que le rire est trop loin, il s’est enfuit avec son pote l’espoir et ils nous ont laissé là, les enfoirés ! Sur le bas-côté de notre vie avec tous nos songes et nos envies. L’espoir s’est enfui en nous balargant dans le fossé avec nos rêves et nos désirs qui ne voient jamais jour parce qu’on court, on court à côté d’eux à faire « le reste » et on oublie de s’arrêter et de parler avec eux.

« Salut, toi, mon pote, mon rêve, mon espoir le plus vieux, comment tu vas ? Mal ? Ah oui, c’est vrai, pardonne-moi, ça fait quarante-deux balais que je te traîne avec moi et je t’ai à peine jeté, quoi, six mois d’attention en tout et pour tout dans toute ma vie ? Mais tu sais, c’est normal, mon pauvre vieux, c’est que je dois la gagner, moi, ma vie, je ferais comment sinon ? Si je ne la gagne pas, je crève… Pardon ? Si je la gagne, je perds mon rêve ? Mais non, va, je le ferai plus tard, si, si, je commence demain… »

Je commence demain. Combien de fois l’ai-je dit ? Combien de fois l’ai-je cru ? Mais demain arrive, devient aujourd’hui et ressemble à hier : je fais, je cours, je ne sais pas vraiment pourquoi, je me sens pas mal, loin de là, je suis active, je suis reconnue, je suis brillante même ! Trop, trop pour mon propre bien. Heureux les simples d’esprit, aujourd’hui j’ai compris. Ça change, là, c’est Sinsemilia. La musique. Ah ! La musique… Voilà la joie, elle existe encore dans mon marasme. Quand j’arrive à me bouger, que je daigne quitter mon canapé, je peux lancer un morceau et danser, laisser mon corps onduler, vivre, bouger. Musique, dis-moi, sais-tu rappeler l’espoir ? Parce que, bon, là, il est vraiment long, très long, à repointer le bout de son nez. Tu dis ? Il a une ennemie ?! Mince. Où ça ? Ah oui, elle, là, crispée dans ma peau, dans mes os… Ma peur. Je sais, oui, j’ai peur. Une belle, grande, gi-gan-tes-que FROUSSE en lettres capitales qui dit « Non, surtout, ne va pas par-là ! Ça peut faire mal ! ». Sauf que j’ai déjà mal. Sauf que ma vie ne se ressemble déjà plus, sauf que ma vie ne me ressemble pas. J’étais la JOIE, comme nous tous, cette enfant qui parait et qui vit, vit, vit, vit simplement. Alors quoi ? Je demande des petits cachets ? J’en veux pas de tes cachetons, moi je veux rire, je veux écrire, je veux aimer, si, tu sais, on me l’a dit, ça je le sais, l’antithèse de la peur c’est l’amour, celui qui me sauvera c’est cet amour qui naîtra, cet amour de moi à moi, pour la graine de vie que je suis et qui n’a pas besoin d’être parfaite pour le mériter. Je suis une petite gazelle, je l’ai lu, un conte venu par hasard dans ma vie, écrit par Jacques Salomé, et je le crois : chaque petite gazelle est un miracle et à quelque chose à apporter, chaque petite gazelle mérite la vie et l’amour. Alors : aime.

Quitte moi

Cher lecteur,

Je me permets aujourd’hui d’écrire un article d’auto-promotion puisque j’ai le grand bonheur de t’annoncer la sortie de mon premier Single « Quitte moi » aujourd’hui ! Il est produit par le label ApplePie et distribué en version dématérialisée sur les principales plateformes de diffusion musicale (streaming & vente en ligne).

Quelques mots sur la genèse de la chanson en Face A de ce single : il y a cette rencontre qui s’avère rapidement être essentielle, structurante, profonde, décisive. Définitive ? Puis une envie qui naît, celle de crier : « Aime moi ! Aime moi de cet amour qui dure éternellement. Nous avons déjà vécu toi et moi, plusieurs vies même. Il n’y a plus rien à prouver, plus rien à craindre non plus. Juste à aimer, aimer à ne plus jamais se quitter… ».

Tu auras sans doute noté, cher lecteur, une incohérence apparente entre le titre de ma chanson et la description que je viens de te faire de l’état d’esprit dans lequel elle a été écrite. Je te laisse découvrir le texte par l’écoute et comprendre par toi même ce qui ne nécessite pas d’avantage d’explications.

Retrouve la, ainsi que le deuxième titre « De la tendresse à revendre », à partir des liens suivants :

Sur Deezer

Sur Spotify

Sur Google Play

Sur Amazon

Sur YouTube

Je serais ravie de connaître ton avis en commentaire de cet article. Par ailleurs, si ces chansons te plaisent et que tu souhaites m’apporter ton soutien, tu peux le faire de l’une (ou de plusieurs) des manières suivantes :

  • Faire écouter ces chansons à tes amies, amis, copains, copines, cousins, cousines, collègues, oncles, tantes, …et toutes les personnes qui te semblent susceptibles de les aimer !
  • Cliquer sur « J’aime » à l’endroit où tu les auras écoutées …et sur toutes les plateformes où tu as un compte actif !
  • Ajouter les chansons à tes playlists et les partager !
  • Suivre ma page Facebook en cliquant, encore une fois (quand on aime on ne compte pas), sur « J’aime » !
  • Venir à mes concerts (toutes les infos sont sur ma page Facebook) !

Pour te remercier de ta fidélité, de tes écoutes et de tes clics (et d’ailleurs même si tu ne cliques pas), je t’annonce d’ores et déjà la poursuite de mes écrits sur l’écriture et la diffusion de chansons avec notamment à venir un article sur la structuration d’une chanson.

A très bientôt !

Lève-toi et marche

Liberté. Liberté :

De se dire, d’écrire
De s’aimer, de rêver,
De danser, de chanter,
De bouger, de donner,
D’enlacer, d’embrasser,
De toucher, de brûler,

De partir, revenir
De feindre pour enfreindre,
De geindre, de se plaindre,
S’étreindre puis éteindre,
S’enflammer, raviver,
Caresser, cajoler,

De s’unir, réfléchir,
Profiter, voyager,
De créer, s’envoler,
Écouter, regarder,
De nager, chevaucher,
De jouer, de pleurer,

De sourire,
Exister.

Ce dont tu me privais.

Engagée. Engagée :

A unir, réunir,
A tenter, retenter
Accepter, regretter,
Confronter, conforter,
Arranger, travailler,
Ordonner, calculer,

A maudire, à médire,
A se taire et à plaire
A faire puis défaire,
A omettre, à promettre,
Transmettre, disparaître,
Paraître se soumettre,

A finir, contenir,
Limiter, terminer,
Se forcer, galérer,
Avancer, progresser,
Effectuer, arriver,
Patienter, essayer,

Réussir
A plier.

Ce que tu demandais.

— Fuir ?
Une voix s’élève et susurre :
— Lève-toi et fais ce que bon te semble.

D’Artagnan en fauteuil roulant

Image from www marcloret comÇa a duré une fraction de seconde. Il n’a pas prononcé un mot. Il m’a regardée. Nos yeux se sont happés. Ma chute dans le corps, dans le cœur, dans le temps fut brutale et intense. Moi qui venais de toute ma naïve arrogance lui apporter une once de présence, je me suis pris la sienne en pleine face, toute de chaleur, de douceur et de force. D’explication ? Point. De raison ? Aucune. Du ressenti à l’état brut. J’ai touché le cœur de la source, toutes frontières abolies.

Je l’ai croisé dans ce gruyère parisien qu’est le Métropolitain. Sur mon chemin, un mendiant. Un jeune homme à longs cheveux bruns et à barbiche, tel d’Artagnan, mais en fauteuil roulant, posé au cœur de la galerie, la main tendue, le regard droit devant. Il se repérait aisément dans ce déversoir de zombies pressés qui le dépassaient aveuglément. Je me suis heurtée à mon ambivalence, stoppée net dans ma course.

Une seconde, pour me souvenir que oui, j’avais au moins une pièce de deux euros en poche.

Une autre, pour envisager de poursuivre ma route, dans une feinte concentration qui aurait occulté sa demande silencieuse. Possible. Mais je me connais, j’aurais emporté avec moi, et me serais trainée un moment, le petit Jiminy Cricket qui me susurrerait aux oreilles que j’aurais « quand même pu… ».

Quelques-unes, pour le souvenir d’une ancienne discussion :

— Ah non, je ne donne jamais la pièce, si c’est pour qu’ils aillent picoler…

— Possible, mais on n’en sait rien !

— N’empêche, entre ceux qui boivent, ceux qui ont des Nike hors de prix aux pieds, ceux qui font partie d’un réseau, celles qui se refilent un gamin pour apitoyer, ceux qui…

— Ca va, j’ai compris ! N’empêche, ça me gêne de leur passer devant en les ignorant, mais si je choisis de leur prêter attention faut bien que je leur donne, non ?! Parce que : bonjour-je-t’ai-vu-je-te-souris-mais-je-te-donne-rien, je suis pas sûre que ça vaille mieux… Sauf que quand je donne, ensuite, avec des réflexions comme la tienne, j’ai le sentiment de m’être fait « avoir » ! Ras-le-bol !

Une dernière, enfin, pour me souvenir que j’ai résolu le dilemme puisque j’ai décidé que, ayant les moyens de le faire, quand je croise un demandeur, je donne, qui qu’il soit, quels que soient mes doutes.

Et voilà comment je me retrouvais, une ellipse plus tard, face à lui, porteuse de ma pièce mais surtout de mon humanité, dans une étonnante posture et calculée et sincère, se voulant contre-pied du flot d’aveugles qui continuait à dévaler autour de nous.

Je notais du coin de l’œil sa jambe manquante, prononçais un « bonsoir » appuyé et hésitant, déposais la pièce dans sa main, me voulant présente, ouverte à l’autre.

L’étais-je trop ?

Me voilà bouleversée, je m’arrache à son regard. Je fuis.

Mon pilote automatique reprend les rênes, et la poignée de ma valise, pour m’entrainer dans la course folle du quotidien, dans une hâte lente vers la seule issue. Mes jambes me portent, mon souffle me prête vie et me voilà repartie, mais mon âme, elle, reste un instant encore en suspens, faisant fi de mon mental déboussolé. Les portes du métro se ferment et j’y demeure songeuse, bouleversée et heureuse, comblée d’un présent inattendu.

J’aurais pu vous faire croire que cet instant a changé ma vie. Que je me suis alors dévouée dans un engagement magnifique auprès des plus démunis. Il n’en est rien. J’ai repris le cours de mes jours. Je suis restée la même, une pépite en plus dans ma besace, avec mes doutes et mes ambivalences. Et vous, dites-moi, quels sont-ils ?