Vanité

© http://www.photo-effect.com/Des enfants qui s’en vont vivre leur propre chemin
A l’amant que l’on perd ou l’on fuit un matin
Des fous rires partagés à l’ami trop lointain
Comme chaque souffle d’air arraché au destin
Tout est vain

D’une famille ignorée à l’inconnu d’un train
De ce corps qu’on abhorre au cancer en son sein
De ces tâches qu’on répète chaque jour et sans fin
Au pas que l’on fait pour se lever le matin
Tout est vain

De ces mots que l’on saigne aux tableaux que l’on peint
Des souvenirs qu’on adore au futur que l’on craint
Des émotions intenses au ronron du train-train
Tout est vain

De l’instant fugace à l’inéluctable fin
Des douleurs, de la peine aux moments les plus sains
Qu’importe quelle sera la trace de ton chemin
Tout est vain

Une Plume – 01 Novembre 2009

La française Pop

La française popUne voix est muette. Pas un peu éraillée ou enrouée, non carrément muette. Elle ne s’exprime plus. Voila combien de jours, voila combien de nuits qu’elle n’a rien écrit sur ce blog qu’elle affectionne pourtant. Muette, donc, la Voix.

Possible. Mais sourde, pas encore. Elle écoute, attentive, les crissements d’Une Plume sur le papier et tant elle écoute qu’elle entend les appels que cette dernière a, dans son dernier article, chuchoté de manière très subtile comme dans un porte-voix de chantier.

Fidèle à son amie Plume, et répondant à ses apostrophes, la (lala) revoila (lala) donc, la Voix,  pour vous parler d’un livre sorti récemment et qui relate le mariage de la chanson française avec la pop.

La chanson française a une culture littéraire et certains auteurs de chanson française ont une vraie plume, que l’on pense à Georges Brassens, à Barbara, à Léo Ferré ou plus récemment à Fauve, Jeanne Cherhal ou Renan Luce. Dans les années 90, la « nouvelle scène française » voit émerger des artistes comme Philippe Katerine ou Dominique A, qui, très influencés par la musique anglo-saxonne et notamment la pop anglaise, créent un nouveau son pour porter leurs textes. La chanson française n’est plus uniquement chanson, elle devient pop.

En Octobre 2015, Charles Berberian (dessinateur et scénariste de bandes dessinées, grand prix d’Angoulême en 1999) et Christophe Conte (journaliste connu entre autres pour ses articles dans Les Inrockuptibles) sortent un ouvrage qui illustre cette pop à la française, son histoire et ses artistes. Une centaine de dessins, des textes inédits, des interviews, des chroniques, une généalogie d’artistes et même une discographie : tout est réuni pour former une anthologie à la fois très complète et très subjective du monde de la pop française.
Le livre s’appelle « La française pop » et est édité chez Actes Sud.

Quoi ? Vous voulez du son aussi ? Je vous l’ai dit je ne suis pas (encore) sourde. Je vous propose donc d’écouter une émission qui présente cet album et l’illustre à son tour, musicalement cette fois, par des prestations live d’artistes du cru. Dominique A, Albin de la Simone, Vincent Delerm, Jeanne Cherhal ou encore Bastien Lallemant sont de la partie. C’était hier soir sur France Inter dans Partons en Live d’André Manoukian et c’est à (ré-)écouter ici.

Quant à moi, je retourne à mon écoute silencieuse et je vous dis à très bientôt pour partager de jolis mots posés sur de belles mélodies !

Donner de la voix

Image courtesy of imagerymajestic / FreeDigitalPhotos.net - voixCe qui est chouette avec les outils modernes c’est que je peux donner de la voix sur le blog alors que je suis totalement occupée à autre chose. Je peux en écrire deux coup sur coup et les laisser paraitre à un intervalle de temps plus raisonnable… Bref tout ça pour dire que des brouillons dorment aussi et ressortent en décalé. Enfin, pour ne rien dire en fait, juste que les parutions sont toujours aussi hazardomadaires…

Une phrase m’est revenue, comme ça, il y a peu, une de ces phrases sorties des multiples chansons que ma mémoire a stockée. En parlant de chanson, j’aimerais revoir Une Voix venir nous en parler mais il semble qu’elle manque soit de temps, soit d’inspiration… Je garde espoir !

Mais je vous parlais d’une entêtante qui me donna envie de publier, la voici :

On écrit bien mieux qu’on ne dit
On ose tout ce que la voix bannit

De M. Goldman, d’une de ses chansons que je fredonnais adolescente.

Je ne peux que souscrire à cette assertion, grande muette que je fus dont les pages noircies d’encre envahissent les placards. Ces mots que la voix bannit, je tentais de les écrire. D’aucuns qui m’ont connue alors, du lycée à la fac, vous confirmerait ce silence, celui qu’à l’époque j’ai mis en mot dans le poème ci-dessous.

Ah ! Mais voilà donc la raison de l’article : un vieux poème à dépoussiérer et à ajouter aux autres ! C’est l’air du temps, en attendant de revenir à des articles plus construits…

Silence

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Ma voix enchaînée dans des liens inextricables
Entraîne que de hurler je suis incapable

Je voudrais tant que tu saches m’entendre enfin
De ma voix de muette seras-tu atteint?
Mais cette cage qui me bloque la poitrine…
Tu ne m’entendras pas, malgré une ouïe fine

J’aimerais pouvoir hurler sur les toits du monde
L’étau qui m’emprisonne n’est souffrance immonde
Mais cette cage qui me bloque la poitrine…

Tu m’entendras si ta sincérité s’affine
Je cherche comment te le hurler sans un bruit
Comment te dire je t’aime sans un cri.

Une Plume – 29 juin 1993

Brève du temps

Image courtesy of surasakiStock / FreeDigitalPhotos.netCe soir ce sera une « brève du temps », telle qu’elle m’est venue. Les mots tels qu’ils s’écrivent pour exprimer un ressenti, sans chercher la rime ni la raison.
Vous noterez qu’ils finissent toujours par s’orienter sur des alexandrins, mais que la contrainte de la forme les transforme alors, et leur enlève, tout du moins ce soir, sur ce cas-là, il me semble, un peu de leur saveur.
C’est une « brève du temps » car c’est le reflet d’un instant, mais aussi parce qu’elle nait d’une faille temporelle, vingt ans d’un coup, exactement, rien que ça !

Visiteur

Si je te dis « je me souviens de tout », te moqueras-tu de moi ?
Toi, homme, que je ne connais pas.
Si je te conte les souvenirs flous du temps lointain, resteras-tu là ?
Voudras-tu savoir celle que tu ne connais pas ?

Peu m’importe, sais-tu !
Ces couleurs ravivées de vieilles images m’ont réchauffée.
Je ne cours pas après les temps perdus,
Mais aime parfois à me les rappeler.

Je joue à m’imaginer, au gré des indices,
Ce que tu as vécu, qui tu es devenu
Je m’amuse à te construire une vie moins lisse,
Retarde le moment de réalité nue.

Je reconnais des traces de qui tu étais,
Et rencontre en moi celles que tu as laissées.
Quel savoureux mélange de curiosité,
De nostalgie, que je t’invite à partager.

Une Plume – 28 Décembre 2015

Être lue

WriteLa difficulté n’est pas d’écrire. Met une feuille devant moi (un peu de temps aussi) et j’écrirai. La difficulté n’est pas là. La difficulté c’est d’écrire quelque chose de lisible.

Mais pourquoi vouloir être lue ?

Certains disent qu’en écriture il faut d’abord penser au lecteur, il faut imaginer le lecteur, savoir ce qu’il veut entendre, et écrire chaque mot, chaque phrase dans le souci de ces yeux qui vont lire, de ce cerveau qui va interpréter, de ce cœur qui va ressentir. Certes. Mais quand on n’écrit pas pour un lecteur particulier, ou du moins un type de lecteur particulier ? Quand on veut plaire à tout le monde, enfin, presque tout le monde, puisque l’on sait bien que tout le monde c’est impossible… Ou plutôt, quand, avouons-le, on n’écrit pas pour un lecteur. Non. On écrit, égoïstement, pour soi, rien que pour soi, pour sa propre satisfaction, par simple amour des mots et de les laisser naitre et s’épanouir en phrases diverses. Pour ces heures sombres de la nuit où le monde autour de nous cesse d’exister au profit de celui qui habite notre tête et vient s’exprimer en un envol léger (ou à lourdes pelletées !).

Quand, donc, je me contrefiche du lecteur (et je te prie humblement de m’en excuser, mais soyons franche, à l’heure où j’écris ces mots je ne sais rien de toi, et fort probablement je ne saurai jamais rien de toi, à part ce petit incrément sur un nombre m’indiquant que quelqu’un m’a lu, et encore en admettant qu’il n’ait pas juste ouvert la page avant de la refermer sans un regard pour les phrases, déjà atterré à la lecture de la première et bien plus préoccupé par d’autres de ses histoires que par les divagations d’une illustre inconnue se faisant plaisir dans une logorrhée sans utilité reconnue… Et toc !). Quand, disais-je, peu m’importe qui me lit… Pourvu que je sois lue ! Ah, c’est là que le bât blesse, j’écris pour écrire, j’écris pour me faire plaisir, j’écris pour ce plaisir particulier des instants de création, mais j’écris aussi pour être lue. Sauf que je me fiche de savoir par qui. Tant que le lecteur existe, tant qu’il aime ce qu’il lit, ou du moins n’y est pas indifférent.

Mais, dis, pourquoi vouloir être lue ?

Est-ce un relent de narcissisme, un besoin atavique de reconnaissance, une avide envie d’exister mais qui passe par le regard d’autrui ? Je dirais, même pas. Peut-être en partie, mais même pas quand même. Car je suppose que cela voudrait dire que je veux être connue, en tant que moi, or je me fiche que l’on sache qui se cache derrière les mots. Je me fiche que l’on connaisse mon nom, peu m’importe que l’on me reconnaisse. Que dix, cent, mille, cent mille personnes m’aient lue sans que je ne sache rien d’elles que le fait de leur lecture et sans qu’elles sachent qui je suis, très bien, ça me convient, les mots ont été lus.

Mais, j’insiste, pourquoi vouloir que les mots soient lus ?

Pourquoi ne pas se contenter de les jeter sur le papier en une danse libératrice, un peu comme celle des mots des journaux dits « intimes », ceux que l’on donne en pâture à des feuilles qui n’auront jamais le droit de les exposer, ceux que l’on espère peut-être voir détruits avec nous, ceux qui demeureront cachés ? Pourquoi espérer plus que les écrire ?

Pour gagner sa vie avec sa plume ? Je pense que l’on sait bien le peu d’élus sur ce terrain-là, le but n’est que rarement là. Alors on les écrit, on les publie d’une façon ou d’une autre, on transforme des heures en lignes et on les offre à qui voudra bien les parcourir. On sacrifie de notre sommeil, de nos loisirs, de nos moments partagés avec des êtres chers pour aller communier avec le papier, pour laisser sortir ce qui veut s’écrire. Et on espère un improbable lecteur, quelqu’un qui nous dira « encore ». Qui nous dira « vas-y, j’aime lire ce que tu écris ! ».

Sauf que, ça ne m’explique toujours pas pourquoi vouloir être lue ?

Le pourquoi est-il vraiment important ? As-tu besoin à chacun de tes frémissements, chacune de tes émotions, chacun de tes désirs de trouver une cause, une source ? Quand cette avidité là t’est viscéralement chevillée au corps, que toutes les barrières que tu as érigées entre elle et toi n’y font rien, qu’elle revient en un lancinant refrain laissant à peine la place à quelques couplets apaisés, que peut bien valoir le pourquoi ? Mets à bas les barrières, écris, sois lue, ou ne le sois pas, mais fais ce que tu aimes, ce qui te fait te sentir vivante, ce qui t’indique que tu existes…

A tout hasard, toi qui m’as fait le plaisir de lire jusqu’au bout, saurais-tu me répondre ? Pourquoi veux-je donc être lue ?