L’élégance du hérisson

Couverture Elegance HerissonAprès ma récente incursion sur les plates-bandes de Une Voix en parlant d’une chanson, je reviens à ma place, vous parler d’une de mes récentes lectures. Peut-être eus-je dû garder pour cet article-ci l’illustration utilisée en 2012 bien que mon hérisson de l’époque ne fut pas dans une positon des plus élégantes ?

En fait… non ! Car L’élégance du hérisson, le livre de Muriel Barbery dont je viens aujourd’hui vous conseiller la lecture, ne parle pas des hérissons. Il parle de beaucoup de choses, d’une dame d’âge mûr et d’une jeune fille surdouée, de la richesse et de la pauvreté, de la beauté et de la langue française, mais pas de hérissons…

J’ai beaucoup aimé ce livre, sa lecture m’a fait un bien fou non seulement pour ce qu’il raconte (et les émotions que l’histoire a provoquées chez moi) mais aussi pour la façon dont l’auteur le raconte ! J’ai aimé le choix des mots, la tournure des phrases, le goût de la langue qui transparait, la stimulation de mon intellect engendrée par cet ensemble. Je vous invite donc à aller découvrir vous aussi les deux personnages principaux qui nous font part de leurs pensées, de leurs vies ; l’une depuis sa loge de concierge, l’autre du haut de ses douze ans.

J’ai glané au fil de ma lecture quelques passages qui me « parlaient » particulièrement, et, en relisant ces morceaux choisis pour y sélectionner ceux que je vous proposerai, je me suis amusée de voir comme certains rejoignent bien nos articles. A commencer par le moment où suite à une faute de placement de virgule, une de ces dames de « la haute » se retrouve épinglée vertement dans le journal de Mme Michel, qui prend alors ainsi la défense de la ponctuation :

La langue, cette richesse de l’homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu’elles évoluent avec le temps, se transforment, s’oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d’une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion.

C’est dit différemment mais… ça ne vous rappelle pas un cri du coeur récent d’Une Voix ?

J’ai aussi noté celles-ci :

Quelle autre raison pourrais-je avoir d’écrire ceci, ce dérisoire journal d’une concierge vieillissante, si l’écriture ne tenait pas elle-même de l’art du fauchage ? Lorsque les lignes deviennent leurs propres démiurges, lorsque j’assiste, tel un miraculeux insu, à la naissance sur le papier de phrases qui échappent à ma volonté et, s’inscrivant malgré moi sur la feuille, m’apprennent ce que je ne savais ni ne croyais vouloir, je jouis de cet accouchement sans douleur, de cette évidence non concertée, de suivre sans labeur ni certitude, avec le bonheur des étonnements sincères, une plume qui me guide et me porte.

Outre ma forte identification à ces moments où les mots naissent seuls semble-t-il et où on se laisse porter par le miracle de la création, outre mon adhésion à l’évocation du plaisir de faire et de s’absorber dans l’action au point de se défaire de notre volonté ; ce passage me rappelle nos interrogations sur les raisons qui peuvent nous pousser à écrire, évoque la pratique de l’écriture de journal, dont j’ai déjà un peu parlé et dont je compte reparler sous peu, et parle même de moi, bon… Plutôt d’une de mes soeurs, ben oui, « une plume » ! Non ? Bref.

J’y retrouve aussi des réflexions plus axées « développement personnel », sujet lui-aussi couvert par certains de nos articles, ainsi :

Mais si on redoute le lendemain, c’est parce qu’on ne sait pas construire le présent et quand on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu’on le pourra demain et c’est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd’hui, vous voyez ? […] Et se dire que c’est maintenant qui importe : construire, maintenant, quelque chose, à tout prix, de toutes ses forces.

Ou encore :

Moi, je crois qu’il y a une seule chose à faire : trouver la tâche pour laquelle nous sommes nés et l’accomplir du mieux que nous pouvons, de toutes nos forces, sans chercher midi à quatorze heures et sans croire qu’il y a du divin dans notre nature animale.

Décidément l’inspiration me boude aujourd’hui, j’aurais voulu vous en parler tellement mieux que cela ! Mais au final qu’importe ce que j’en dis, allez vous faire votre propre opinion en le lisant.

J’achève sur un de ces passages qui m’ont tant plu, tant par leur portée que par leur forme :

Quelle est cette guerre que nous menons, dans l’évidence de notre défaite ? Matin après matin, harassés déjà de toutes ces batailles qui viennent, nous reconduisons l’effroi du quotidien, ce couloir sans fin qui, aux heures dernières, vaudra destin d’avoir été si longuement arpenté.

Une réflexion au sujet de « L’élégance du hérisson »

  1. Moi aussi, j’ai adoré ce bouquin. Rien d’autre à ajouter sinon, comme tu l’as souligné, que de conseiller de le lire.

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