Si…

Image courtesy of Anusorn P nachol / FreeDigitalPhotos.netJ’avais dans l’idée, suite à mon article sur la persévérance, de venir vous parler du temps.

Non.

Pas du temps qu’il fait.
Pas de cet été qui a tardé.
Du temps qui passe.

De cette denrée où pour le coup il y a une certaine équité : nous avons tous vingt-quatre heures dans une journée. Certains sont nés pour s’asseoir au bord d’une rivière, certains sont nés pour être frappés par la foudre, certains ont l’oreille musicale, certains sont des artistes, certains nagent, certains s’y connaissent en boutons, certains connaissent Shakespeare, certaines sont des mères et certaines dansent (je vous laisse retrouver le film d’où me viennent ces mots à l’heure où j’écris ces lignes !). Et certaines écrivent ou chantent. Mais quoi que nous fassions, quoi que nous soyons, nous avons vingt-quatre heures dans chacune de nos journées, tous autant que nous sommes (je ne crois pas Renan Luce qui prétend avoir une minute supplémentaire à vous et moi!).

Je voulais donc vous parler du temps, mais comme l’image qui illustre cet article vous l’aura peut-être soufflé, j’ai changé d’avis.

Je voulais vous parler de ce temps qui s’échappe, dont nous manquons, et que nous oublions souvent d’employer pour nos priorités plutôt que pour des futilités (je vous demande humblement pardon de vous inclure dans ce « nous » alors que je ne sais rien de vous et d’ainsi généraliser outrageusement un sentiment qui m’est propre, mais à écouter et observer autour de moi, il me semble tout de même partagé par beaucoup d’entre nous !).

Je voulais vous parler du temps, dis-je, parce que c’est une de ces premières excuses que trouve l’aspirant écrivain pour fuir la page qui l’attire pourtant comme un aimant, pour excuser le retard de sa production, pour justifier qu’il n’en soit que là où il en est.

Je voulais vous parler du temps parce que quand Stephen King dit qu’il écrit tous les jours, tous les matins et décrit sa journée, je me dis que lui, mince alors, il a le temps ! Puisque c’est de cela qu’il vit ! Oubliant que, avant d’être connu, avant d’en vivre, il était comme beaucoup aux prises avec une vie quotidienne et une vie professionnelle chronophages, et que cette chance qu’il a d’avoir le temps d’écrire aujourd’hui il la doit à sa persévérance et à sa gestion de ses priorités, entre autres.

Je voulais vous parler du temps jusqu’à ce que je me dise que je n’en avais pas le temps, et qu’à la place j’allais vous déposer un de mes vieux poèmes d’amour écrit dans un autre temps, histoire d’en gagner (du temps, pas de l’amour). Sauf que ce vieux poème m’a fait voyager dans le temps et prendre le temps du souvenir. Et qu’au moment de le partager, je me suis surprise à finalement aussi prendre le temps de vous parler, un temps, du temps. Point comme je l’avais imaginé, mais comme ma pensée l’a créé à ce moment précis.

Merci de prendre le temps de me lire, et, aller, voilà quand même le poème qu’en un autre temps une gamine de seize ans grattait de sa plume sur des pages de lycéenne.

Si j’aimais à crier dans l’oreille d’un sourd
De ma voix de muette qui ne sait t’atteindre,
Si j’allais, sous l’aveuglement de cet amour
Contempler encor un rêve qui ne peut s’éteindre,

Si je continuais à croire en plusieurs vies
Qui me permettraient de toujours te retrouver,
Si je croyais en une histoire vite abolie
Mais qui renaît toujours de ses cendres passées,

Si la vie n’est qu’une caresse qui s’en va,
Si la pensée ne naît que par un cœur qui bat,
Si la haine n’est qu’un être qui ne voit pas,

Si la mort existe pour que la vie soit belle,
Si je pensais encore à toi, si je t’appelle,
Enfin si je t’aime, reviens. Reste avec moi.

Une Plume – 03 Mai 1993

Si vous avez un peu de temps, je vous invite dans le grenier, parce que le saut dans le temps et le titre de mon article m’ont rappelés une vieille chanson, une face B d’un disque oublié !
Et dans tous les cas, je vous invite à prendre une profonde inspiration et le temps de vivre…

5 commentaires

5 commentaires

  1. PS : merci de nous faire partager ce beau poème d’amour qui est vraiment très beau.
    Je suis moins fan de Karen Cheryl mais il en faut pour tous les goûts. Cela dit c’est une belle personne (au bon sens du terme hein !) qui gagne à être connue au delà de sa carrière de chanteuse de variété.

  2. Stephen King est un homme et n’a sans doute pas eu la problématique féminine d’élever des enfants. De plus, comme tu l’as souligné, il est riche ce qui implique certainement que son épouse aura bénéficié d’aide pour les tâches ménagères et familiales. Problématique récurrente de beaucoup de femmes d’aujourd’hui (mais d’hier aussi…) qui doivent assumer un travail salarié et un travail (non salarié et peu reconnu) à la maison.

    Pour en revenir au concept de temps, je constate également (moi qui ne suis tout de même plus tout jeune..) que la société évolue de plus en plus vers une « compression » du temps (un peu comme les fichiers Wav qu’on compresse en MP3 afin de gagner de la place !) avec pour optique apparente d’en faire de plus en plus dans un temps de moins en moins long. Pour exemple les 35 h. qui, si elles ont été apparemment bénéfiques pour beaucoup d’entre-nous, ont eu pour répercussion de compliquer la vie de pas mal de travailleurs (et travailleuses !) et de chefs d’entreprises qui, avec recul et objectivité, pensent aujourd’hui que la solution à moins de fatigue n’est certainement pas là.
    Donc, ayant connu un « temps » où mes parents travaillaient au minimum 45 h par semaine (et souvent plus par besoin), je n’ai pas souvenance que le manque de temps ait eu une telle importance à cette époque. Les gens étaient certes fatigués mais pas vraiment stressés (ce mot ne faisait d’ailleurs pas partie du vocabulaire employé). Il faut dire que les moyens de distraction étaient plus que réduits. Pas de téléphone portable, pas de télévision (et, pour ceux qui l’ont eu au début, une seule chaîne limitée à quelques heures, le soir), pas d’Internet, peu de cinémas, de théâtres, pas de publicité, et finalement peu de « loisirs » après la vie au travail.
    Attention ! Loin de moi l’idée de dire : « C’était mieux avant ! » Il me semble simplement que nos moments de repos étaient plus vécus au moment présent d’une manière simple (on dirait aujourd’hui simpliste !) et que les promenades en ville, les dimanches avec simple pique-nique en forêt, les émissions de radio du soir, les discussions du soir avec les voisins, les habitations plus près des lieux de travail, les voitures beaucoup moins nombreuses, moins d’inquiétude distillée par les journaux…. tout cela avait sans doute une autre dimension temporelle. Même au travail, bien qu’il fallait donner pas mal de soi pour être « rentable », nous n’éprouvions pas ce sentiment de ne pas pouvoir y arriver….

    Tout cela pour dire que j’ai pu apprendre, en d’autres temps, « le temps de vivre » (et même parfois de m’ennuyer : aujourd’hui il est formellement interdit de s’ennuyer à tel point que les enfants ne supportent même plus cela !!) et que cela me sert énormément à ce jour afin de ne pas être compressé moi aussi sous un format MP3. 🙂

    Donc, la clé du bonheur n’est certainement pas dans le « faire » mais bien dans « l’être ». Marie en connait un rayon sur ce sujet. 🙂
    Alors on pourra toujours rétorquer qu’on n’a pas le choix, que les temps ont changé, que l’évolution est là, que la technologie facilite bien des tâches et qu’on vit bien mieux qu’autrefois…. Même si tout cela est vrai en partie, la question essentielle que l’on doit se poser c’est : qu’est-ce qu’on fait de tout cela et qu’est-ce qu’on fait de nos vies ?
    Si l’on essaie au maximum de vivre ce moment présent, quel qu’il soit et quelles qu’en soient parfois les difficultés, nous seront dans une dynamique de connexion harmonieuse avec notre environnement. Toutes les projections mentales du « faire » qui polluent nos esprits ne servent finalement qu’à nous enchaîner un peu plus à ce mauvais stress qui nous empêche d’avancer tranquillement. Nous sommes tous des « créateurs » mais nous créons trop souvent les conditions qui seront le lit de nos difficultés futures.
    Alors, avec toi, j’inspire, j’expire (c’est mieux sinon, on explose ! 😀 ) et je prend mon temps pour vivre…. au présent.

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