Moduler avec les tons voisins

Puisque Une Plume dans un article récent a dégainé des thèmes choc tels que la richesse et le sexe, j’ai décidé de riposter en abordant aujourd’hui l’infidélité et la polygamie (ou plutôt poly-gammie)!

En effet, alors qu’il y a peu, je vous expliquais qu’une chanson est basée sur une tonalité (par exemple Sol Majeur), qu’une tonalité est définie par une gamme (qui porte le même nom, par exemple Sol Majeur), qu’une gamme comporte des notes (par exemple sol, la si, do, ré, mi, fa # pour Sol Majeur) séparées par des intervalles bien déterminés (1 ton, 1 ton, 1/2 ton, 1 ton, 1 ton, 1 ton, 1/2 ton) et que ce sont ces notes qui sont utilisées pour construire les accords de la chanson, alors que je vous expliquais tout cela donc, j’omettais de vous dire qu’une chanson peut être infidèle à sa tonalité principale et consommer les notes d’une autre tonalité.

Cette infidélité est appelée modulation ou parfois juste emprunt lorsqu’elle n’est que de courte durée. D’ailleurs, si vous avez bonne mémoire, nous avons déjà rencontré une modulation dans la chanson A ma place que nous avons analysée.

Ainsi, notre chanson peut délaisser sa tonalité première pour s’accoquiner avec une autre. Mais attention, pas n’importe comment ! En effet, il s’agit d’aguicher l’oreille, de rendre la chanson plaisante, mais en toute discrétion. Pas question de heurter la sensibilité des auditeurs par un procédé trop voyant !

Pour éviter une transition trop abrupte qui risquerait de choquer l’oreille, dévoilant la supercherie, il est nécessaire que la tonalité d’arrivée flirte avec la tonalité de départ, qu’elle lui soit très proche. On cherche donc en général à passer dans une tonalité qui ne comporte qu’une seule note différente de la tonalité de départ. Cette tonalité est appelée « voisine » de la tonalité de départ. On utilise souvent l’expression masculinisée, tons voisins, pour désigner ces tonalités.

Mais prenons un exemple:

La gamme de Sol Majeur comporte les notes sol, la, si do, ré, mi et fa# tandis que la gamme de Ré Majeur comporte les notes ré, mi, fa#, sol, la, si et do#. Ainsi, pour passer de Sol Majeur à Ré Majeur, il suffit de changer le do en do#. Le changement, la modulation, sera audible dans la chanson. On entendra une variation, mais une variation douce, sans rupture brutale car Sol Majeur et Ré Majeur sont des tons voisins.

Bien entendu, les compositeurs et arrangeurs de talent parviennent à moduler dans une tonalité qui n’est pas voisine de la tonalité de départ, mais la plupart des exemples de modulations entendues dans des chansons à la radio sont des modulations entre tons voisins.

Pour terminer cette description racoleuse, je me dois de préciser que l’infidélité induite par une modulation peut être passagère (retour à la tonalité de départ après quelques mesures), définitive (pas de retour à la tonalité principale), récurrente (passage de l’une à l’autre sans vergogne) ou intermédiaire (passage à une troisième tonalité, vraisemblablement voisine de la seconde).

Si cette prose n’attire pas autant de lecteurs et de commentateurs que les articles aguichants d’Une Plume, je devrai me remettre à vous parler en vers !

Les intervalles (1ère partie)


Comme un piano

Nous allons aujourd’hui parler des intervalles, une notion essentielle pour comprendre la construction d’une gamme ou d’un accord.

Le Ton (et le demi-ton) c’est bon

  • 1 demi-ton correspond à l’intervalle entre deux touches adjacentes sur un piano (une noire et une blanche ou deux blanches non séparées par une noire)  ou à l’intervalle entre deux notes séparées par une fret sur une guitare. Le demi-ton est donc le plus petit intervalle que l’on puisse faire avec un instrument comme le piano.
  • 1 ton – je vous le donne en mille – est un intervalle composé de deux demi-tons successifs. Sur un piano, on retrouve cet intervalle entre deux touches blanches séparées uniquement par une touche noire… ou par deux touches noires séparées uniquement par une touche blanche. Quant au repère sur une guitare, je vous laisse le déduire tous seuls en reprenant la définition du demi-ton !

Y a comme un beug

Les plus attentifs d’entre vous aurons remarqué que sur un piano, la répartition des tons et des demi-tons ou plutôt la répartition des touches noires et des touches blanches n’est pas uniforme. On a parfois deux touches blanches de suite…. Si si! Et même ces deux touches blanches de suite sont réparties avec un schéma un peu bancal: blanche noire blanche noire blanche blanche noire blanche noire blanche noire blanche blanche

Non, ce n’est pas un beug mais le résultat de la construction de toute la musique occidentale!

En fait, les touches blanches, correspondent aux notes dites « naturelles », c’est à dire do, ré, mi, fa, sol, la  et si …et ainsi de suite. Les touches noires, elles correspondent à des notes dites « altérées » qui sont en fait des notes intermédiaires entre deux notes naturelles. Comme entre deux touches successives on a toujours 1 demi-ton, on en déduit qu’il y a certaines notes naturelles qui ne sont séparées que d’1 demi-ton tandis que les autre sont séparées d’1 ton entier.

Voici les intervalles qui existent entre les notes naturelles:

  • Entre Do et Ré = 1 ton (la note intermédiaire s’appelle do dièse ou ré bémol)
  • Entre Ré et Mi = 1 ton (la note intermédiaire s’appelle ré dièse ou mi bémol)
  • Entre Mi et Fa = 1/2 ton (pas de note intermédiaire)
  •  Entre Fa et Sol = 1 ton (la note intermédiaire s’appelle fa dièse ou sol bémol)
  • Entre Sol et La = 1 ton (la note intermédiaire s’appelle sol dièse ou la bémol)
  •  Entre La et Si = 1 ton (la note intermédiaire s’appelle la dièse ou si bémol)
  • Entre Si et Do = 1/2 ton (pas de note intermédiaire)

 Et alors ?

A certains cette découverte fait une belle jambe. Les autres n’ont qu’à lire la suite…

La gamme de Do Majeur que tout le monde connait (Mais si: « do, ré, mi, fa, sol, la , si, do, gratte moi la puce que j’ai dans l’dos…« ) est la plus simple qui soit puisqu’elle ne comporte que des notes naturelles. La répartition des tons et des demi-tons entre ces notes forme un genre de schéma (2 fois 1 ton, 1/2 ton, 3 fois 1 ton, 1/2 ton) que nous allons pouvoir réutiliser pour former d’autres gamme!

Par exemple pour construire la gamme de Sol Majeur, on reprend le même schéma et on l’applique en partant du sol:

  • Sol
  • Sol + 1 ton = La
  • La + 1 ton = Si
  • Si + 1/2 ton = Do
  • Do + 1 ton =
  • Ré + 1 ton = Mi
  • Mi + 1 ton = Fa dièse !
  • Fa dièse + 1/2 ton = Sol

Nous venons de construire la gamme de Sol Majeur qui comprend une note altérée le Fa dièse (ou Fa#) ! Il est bien entendu possible de faire cet exercice à partir de toutes les notes naturelles… et même à partir des notes altérées. C’est magique !

Majeur et mineur

Le schéma que nous avons vu plus haut (2 fois 1 ton, 1/2 ton, 3 fois 1 ton, 1/2 ton) est le schéma de la gamme majeure. Il existe d’autres schémas pour construire d’autres gammes. Il existe même des gammes qui ne comportent pas 7 notes.

Cependant, les schéma les plus utilisés dans la chanson sont les schémas majeur et mineur.

La gamme mineure qui ne contient que des notes naturelles est la gamme de La mineur: La, Si, Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La. Le schéma correspondant est donc le suivant 1 ton, 1/2 ton, 2 fois 1 ton, 1/2 ton, 2 fois 1 ton.

Et les accords dans tout ça ?

Voila une première approche de la notion d’intervalle, en espérant avoir été limpide dans mes explications. Nous reviendrons très prochainement sur la composition et la qualification des intervalles, ce qui nous permettra de comprendre comment sont composés les accords d’une trame harmonique.

Passionnant, non ?

Une voix