Pêle-mêle 1 (1, parce que je sens qu’il y en aura d’autres !)

Image courtesy of stockimages / FreeDigitalPhotos.net« Dans ce pays ils sont au 35h, et, à 35h, ils sont encore fainéants ! » dit à sa copine la dame que je croise dans la rue, en claquant fermement sa main sur sa cuisse.

« Vous avez un stylo, par hasard ? » demande à la cantonade l’impolie qui beugle dans son téléphone au fond du bus. Je n’ai pas de stylo « par hasard » , par contre j’ai un stylo « s’il vous plait » ! Voire mieux, je peux te répéter le numéro de téléphone que tu souhaites noter et n’arrives pas à retenir : bien que plongée dans mon bouquin je n’ai pu faire autrement que de le fixer dans ma mémoire à t’entendre le répéter.

« Ça me tue, moi, ça ! » peste la bibliothécaire devant un rayonnage de livres où elle vient d’en déposer un.

Et moi, petite souris, j’entends toutes ces phrases, toutes celles que loupe mon collègue de travail qui, plongé dans son smartphone, ne réalise même pas que nos chemins se croisent et n’entend pas mon « bon appétit ! » joyeux. Je les glane une à une jour après jour, elles viennent nourrir des histoires que ma pensée tricote, faire naître des sourires intérieurs et même extérieurs souvent, puis retombent dans l’oubli. Vieille habitude de l’enfance que ces divagations de l’imaginaire, du temps où je passais des journées à jouer avec les vagues en m’inventant des fables.

Alors, qu’a donc vu la bibliothécaire qui ait pu s’avérer létal ? Enfin… du moins, l’énerver ? Quel appel important avait à passer la matrone du bus ? Quel employé a contrarié la passante, comment et pourquoi ? Qu’importe que vous ne sachiez jamais leur réalité ! Leurs phrases viennent nourrir la votre, ou du moins, celle que vous allez inventer. Amusez-vous à écrire cette histoire, utilisez ce matériau brut. Ça ne produira peut-être pas une nouvelle, encore moins un roman, ce ne sera sans doute jamais publiable; encore que… Qui sait ? Ce sera en tout cas un exercice que de filer ces histoires et ça musclera votre muscle de l’écriture, encore une fois c’est en forgeant que … vous connaissez la suite, non ?!

Et voilà que ce pêle-mêle m’amène à évoquer une nouvelle qualité utile pour un écrivain: la capacité d’observation ! Comment nourrit-on nos écrits, comment construire des personnages authentiques si nous n’avons nulle matière sur laquelle nous pencher ? Ce que nous venons déposer dans nos écrits, même si ç’a été digéré par nos soins, même si on a l’impression que ça vient de nulle part, provient toujours de ce que nous avons vu, observé, entendu, vécu, senti, expérimenté, découvert, entraperçu, écouté. Alors prenez le temps de vivre et d’observer la vie, tout autant que de vous enfermer avec votre feuille blanche. Est-ce une coïncidence si je trouve dans le livre que je viens de lire une citation qui rejoint ce conseil ? Pourquoi ai-je finalement écrit ce pêle-mêle alors que j’avais déjà programmé quatre autres sujets (tels que des livres de Katherine Pancol à vous présenter, une petite ébauche sur le fait que l’on écrit pas sur ce que l’on aime, une description des différents types d’écrits et une nouvelle piqûre de rappel sur les excuses que l’on se trouve pour ne pas écrire et qu’il serait bon de dépasser enfin…) ?

Parce qu’il n’y a pas de hasard, parce que ma muse est facétieuse, et parce que c’était ces mots-là qui voulaient s’écrire cette semaine.

Alors, allez, vaillants, écouter les murmures de la vie dans les chaos du quotidien puis venez vous isoler pour en déposer les alluvions sur vos pages !

Écrire, c’est écouter, observer, renifler, devenir marronnier, abat-jour ou toile d’araignée. Tendre l’oreille, le regard, le pif, faire le vide en soi pour que la vie s’y engouffre et dépose ses alluvions. S’oublier pour devenir tous les personnages, les rires et les larmes, les espérances et les impatiences, plonger tout au fond, saisir une pièce en or. La déposer dans le récit et repartir…

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi – Katherine Pancol .

3 réflexions sur « Pêle-mêle 1 (1, parce que je sens qu’il y en aura d’autres !) »

  1. Et bien, tu viens de l’avouer ! 🙂
    Pour la technologie, bien que celle-ci facilite souvent grandement les tâches, rien ne remplace un bon esprit humain, bien « connecté » et plein d’intuition. Dans mon boulot, très technologique, plein de mécanique et d’électronique, je m’en rends compte chaque jour…..

    Ceci dit, pour revenir à « 1984 », ce n’est absolument pas une obligation de l’avoir lu d’autant plus que, ramené à la vie que nous vivons de plus en plus (ou qu’on souhaite nous faire vivre…), ça peut suggérer des impressions et des émotions totalement effrayantes si nos sociétés vont effectivement dans ce sens-là de leur développement. Il y a d’ailleurs bien d’autres auteurs visionnaires qui ont brodé autour de ces sujets-là…..

    Pour comprendre, compenser et ré-équilibrer un peu, on peut lire en parallèle ce fameux « Cours en Miracles » qui me tient tant à cœur… Je dis cela sans aucun prosélytisme bien entendu. 😉

  2. Formidable la capacité d’observation ! Même si elle a aujourd’hui une forte tendance à être un tantinet centrée sur les petits et grands écrans. Espérons qu’elle gardera chez certains d’entre nous sa forme poétique et humaine. Faudrait pas que ça finisse comme dans « 1984 » d’Orwell. Déjà que les « télécrans » sont partout présents (en plus de la vidéo/surveillance), manquerait plus qu’ils nous observent également dans notre quotidien (et même la nuit)…………….. Cette capacité-là d’observation nourrirait certainement d’autres écrits…… Luttons donc toutes et tous pour sauvegarder ce dont tu parles dans ton article car observer, penser et écrire c’est souvent ce qui précède ou engendre les actions (ou les réactions). Alors, agissons pour préserver cette liberté qui tend, de nos jours, à nous être enlevée au fur et à mesure de la soi-disant évolution sociale. Soyons des écrivains réactifs. 😉

    • Salut Philou !

      Mince la technologie m’a failli, je n’ai pas reçu le moindre avertissement me signalant que tu avais commenté ! Il a fallu que mon oeil s’aperçoive, alors qu’il venait pour tout autre chose, qu’une ligne nouvelle s’affichait dans un coin de notre accueil !
      Bref, oserai-je avouer que je n’ai ni lu ni vu « 1984 » ?!

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