Trancher dans le bifteck

Avec ce titre un peu provocateur, je souhaite vous parler d’une pratique qui m’aide beaucoup lorsque je mets en forme une idée de texte pour une chanson. L’image est certes un peu bouchère mais l’idée est beaucoup plus inoffensive. Il s’agit simplement de conserver d’un écrit l’essentiel. Je m’explique…

Lorsque l’on écrit – un discours, une lettre de motivation, un poème ou un texte de chanson – on peut avoir tendance à en rajouter pour expliciter son propos, le rendre plus compréhensible, plus efficace. Ajouter un argument, un exemple, un effet de style. On obtient alors un écrit d’une certaine longueur et on finit par s’arrêter d’écrire lorsque l’on estime la longueur du texte suffisante voire excessive. Le style n’est pas mauvais (on s’est appliqué, hein!) et on peut donc s’arrêter, content d’avoir atteint l’objectif mais peut-être pas tout à fait satisfait de la forme et en ayant l’impression d’avoir omis encore une ou deux idées intéressantes.

Quelle frustration de s’arrêter en ayant l’impression de n’avoir pas tout dit! Et quel dommage d’avoir fait tout ce travail pour n’être que « presque content » du résultat. Voila pourquoi je vous propose une alternative. Écrivez des pages et des pages, noircissez du papier, usez des stylos… et ne vous arrêtez pas avant d’être certains d’avoir tout dit, d’avoir épuisé votre sujet, d’avoir tout donné.

Maintenant relisez vous et barrez, rayez, raturez. Tout ce qui n’a pas un impact immédiat, tout ce qui n’est pas exactement ce que vous vouliez dire ou comme vous vouliez le dire, tout ce qui n’est qu’approximatif ou pas parfaitement formulé n’a aucune raison d’être conservé dans votre manuscrit. Puis, regroupez, synthétisez, resserrez vos propos. Peut-être de cette recombinaison de vos notes naîtront de nouvelles formules, de nouvelles associations d’idées. Si c’est le cas, recommencez l’opération de rédaction puis de relecture et de raturage jusqu’à ce qu’il ne reste que l’essence de votre propos en des formules concises, directes et efficaces, et tant que vous pourrez raccourcir votre texte sans en altérer le message.

L’efficacité passe par la simplicité et la concision. La complexité nuit au message et la longueur est néfaste pour l’impact d’un texte. Certes, vous serez parfois malheureux de sacrifier au hachoir impitoyable de la relecture critique une formule que vous aimiez ou un trait d’esprit assez réussi, mais vous serez enfin pleinement satisfait du texte final. Ce qui vous allègera finalement de vos regrets pour la substance amputée.

« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher »

Antoine de Saint-Exupéry

Après cette citation, je n’ai plus rien à ajouter… en espérant que vous ne jugerez pas qu’il reste beaucoup à tronquer!

Une voix

3 réflexions sur « Trancher dans le bifteck »

  1. Ping : Se noyer dans un verre d'eau - Une Plume & Une Voix

  2. Les végétariens s’imaginent un gros steak de tofu 😀
    Mais c’est plus le tranchant du hachoir qui est important ici que le steak en lui même.

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