Je suis humaine.

larmesUne Voix en est restée muette, ma plume ne s’est pas envolée pour aller courir sur le papier. C’est que quelques soient les mots, ils ne suffisent pas. Quelques soient les mots, il seront soumis à question, à interprétation. Alors nous sommes restées coites.

 

Pour ma part, j’ai écouté, j’ai lu, j’ai ressenti, j’ai réfléchi.

Voilà qu’une pensée en chasse une autre, une affirmation appelle sa négation, il y a le massif « Je suis Charlie », le choc, le rassemblement pour défendre la liberté. Et il y a toutes ces phrases, ces réactions qui en parlent différemment. Les interprétations, les haines, les colères, les appels à la réflexion. Il y a TROP. Trop de réactions, trop d’émotions, trop de possibilités, trop de questions, trop de polémique, trop de conséquences possibles.

Et dans ma tête tout se mélange, les ramifications de chaque pensée sont si nombreuses et peuvent amener si loin. L’émotion est grande, entretenue et relayée par tous.

Il y a les morts tombés sous les coups des terroristes dans les évènements qui viennent de se passer. Il y a la mort des terroristes eux-mêmes. Il y a tous les morts du monde tombés depuis mercredi, lors de l’attentat au Yémen comme tout ceux dont on n’a pas entendu parler. Il y a le symbole et il y a les manipulations. Il y a ceux qui réagiront à chaud par la haine. Qui ont déjà réagi pour certains, s’attaquant à des personnes qui ne sont pour rien dans les évènements de ces derniers jours. Ne mélangez pas tout et tout le monde !

Alors j’ai préféré me taire, ma pensée mouvante étant encore au travail, cherchant sans trêve une position qui lui convienne et que mon ami Doute ne remette pas en cause. Elle cherche encore, mais je n’arrive plus à me taire. Nous sommes des milliards et nous vivons dans autant de milliards de mondes personnels. Il n’y a pas de vérité, mais des vérités multiples fonction des contextes de chacun. Comment prôner une vérité comme plus réelle, plus valable qu’une autre ?

Au milieu de tout cela, je connais la mienne. Celle qui sait qu’elle ne sait pas, mais a quelques fondations sur lesquelles se reposer. L’une d’elle est que la vie humaine est plus précieuse que tout dessin, tout livre, tout symbole, tout dogme. Une autre est que la haine est un poison. Je continuerai donc à entendre toutes ces voix qui débattent, et à refuser les raccourcis. Je continuerai à croire que c’est dans le respect de l’autre et la tolérance, dans la liberté de chacun que réside la paix, tout en étant consciente de toutes les nuances qu’il faudrait, même à cette dernière phrase. Non, décidément, il n’y a pas de mot.

7 réflexions sur « Je suis humaine. »

  1. Peut-être que, pour amorcer une vraie réflexion sur nos doutes, essayer de se recentrer et rester en paix, il faudrait commencer par un premier geste tout simple : éteindre la télé….

  2. Vive le doute ! Même s’il est inconfortable et peut engendrer le malaise, il vaudra toujours mieux que toutes ces certitudes qui conduisent au pire. Le doute, que d’aucun considèrent sans doute (justement 🙂 comme une faiblesse est au contraire une richesse puisqu’il conduit à la réflexion, à l’analyse des situations, des êtres, de leurs motivations. Pas pour chercher des excuses mais pour comprendre. Comprendre les raisons qui font que les gens agissent comme ils le font.
    Et si l’on comprend mieux, il se dégage sinon une conviction, au moins une amorce d’opinion …

    Oui toutes ces journées ont été TROP. Trop gonflées de directs, de sensationnalisme, d’émotions pures, de révoltes intérieures, de sentiments contradictoires. Je ne dirai pas « TROP de monde » dans les rassemblements. Car je préfère me convaincre qu’ils étaient tous là pour la bonne cause. Mais ce slogan JE SUIS CHARLIE me rend mal à l’aise : un slogan, comme pensée unique, pré-fabriqué (par qui?) multiplié par 4 millions, pour tout ceux qui n’en auraient pas trouvé tout seul, ça fait un peu peur ..
    En tout cas hier, un peu après minuit, en éteignant la télé après la soirée-hommage, elle-même un condensé d’émotions, d’interrogations, parfois de « n’importe quoi », j’avais presque la nausée de tous ces TROP accumulés depuis mercredi. Que vienne le temps de la sérénité, de la compassion, de la réflexion. Et que tout cet élan de révolte, de solidarité se projette partout dans le monde où, comme le rappelle Une Plume, les massacres et atteintes au droit de l’homme ne manquent pas.
    La vraie solidarité serait celle-là non ? Malheureusement j’en doute ! (Tiens, revoilà le doute!)

  3. Je n’ai pas défilé.
    Comprenez pourtant que la mort des ces personnes m’attriste bien plus que nombre de ceux que l’on a pu voir, lever le poing et chanter la Marseillaise.
    Je n’avais pas envie d’hurler avec les loups, de marcher contre ceux que l’on me désigne du doigt comme étant les coupables. Cet ennemi extérieur, invisible, qui nous menace et qui justifie la privation de nos libertés. Cet ennemi qui doit nous inciter à mettre nos revendications en sourdine au nom d’une unité sacrée, justifiant tous les sacrifices, une nouvelle croisade, un nouveau 36.
    Ce sont pourtant trois jeunes paumés issus de nos propres banlieues qui ont versés le sang. Pourtant on accuse l’Islamisation au lieu du chômage et de la ghettoïsation.
    En voyant cette récupération orchestrée par ceux que l’on devrait fustiger, Wolinski, Cabu et les autres, vous devez certainement gerber dans vos tombes…

    • Bonsoir Bob,
      Merci pour ton commentaire.
      C’est ta liberté de dire ce que tu as à dire de la manière dont tu le souhaites. Certains ont décidé de défiler, pour différentes raisons, d’autres de ne pas le faire, pour différentes raisons également. Comme le dit Une Plume dans son article, à chacun sa vérité.
      Pour ma part, j’ai médité et prié.

      • Oui, à chacun sa vérité. Mes mots sont sortis un peu crus, dans l’esprit des caricatures, un dernier hommage à ceux qui nous font réfléchir, en repoussant un peu les limites de la bienséance.

  4. « Tout ce qui doit arriver arrivera, quels que soient vos efforts pour l’éviter; tout ce qui ne doit pas arriver n’arrivera pas,quels que soient vos efforts pour l’obtenir. »

    RÂMANA MAHÂRSHI

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