Brève du temps

Image courtesy of surasakiStock / FreeDigitalPhotos.netCe soir ce sera une « brève du temps », telle qu’elle m’est venue. Les mots tels qu’ils s’écrivent pour exprimer un ressenti, sans chercher la rime ni la raison.
Vous noterez qu’ils finissent toujours par s’orienter sur des alexandrins, mais que la contrainte de la forme les transforme alors, et leur enlève, tout du moins ce soir, sur ce cas-là, il me semble, un peu de leur saveur.
C’est une « brève du temps » car c’est le reflet d’un instant, mais aussi parce qu’elle nait d’une faille temporelle, vingt ans d’un coup, exactement, rien que ça !

Visiteur

Si je te dis « je me souviens de tout », te moqueras-tu de moi ?
Toi, homme, que je ne connais pas.
Si je te conte les souvenirs flous du temps lointain, resteras-tu là ?
Voudras-tu savoir celle que tu ne connais pas ?

Peu m’importe, sais-tu !
Ces couleurs ravivées de vieilles images m’ont réchauffée.
Je ne cours pas après les temps perdus,
Mais aime parfois à me les rappeler.

Je joue à m’imaginer, au gré des indices,
Ce que tu as vécu, qui tu es devenu
Je m’amuse à te construire une vie moins lisse,
Retarde le moment de réalité nue.

Je reconnais des traces de qui tu étais,
Et rencontre en moi celles que tu as laissées.
Quel savoureux mélange de curiosité,
De nostalgie, que je t’invite à partager.

Une Plume – 28 Décembre 2015

Être lue

WriteLa difficulté n’est pas d’écrire. Met une feuille devant moi (un peu de temps aussi) et j’écrirai. La difficulté n’est pas là. La difficulté c’est d’écrire quelque chose de lisible.

Mais pourquoi vouloir être lue ?

Certains disent qu’en écriture il faut d’abord penser au lecteur, il faut imaginer le lecteur, savoir ce qu’il veut entendre, et écrire chaque mot, chaque phrase dans le souci de ces yeux qui vont lire, de ce cerveau qui va interpréter, de ce cœur qui va ressentir. Certes. Mais quand on n’écrit pas pour un lecteur particulier, ou du moins un type de lecteur particulier ? Quand on veut plaire à tout le monde, enfin, presque tout le monde, puisque l’on sait bien que tout le monde c’est impossible… Ou plutôt, quand, avouons-le, on n’écrit pas pour un lecteur. Non. On écrit, égoïstement, pour soi, rien que pour soi, pour sa propre satisfaction, par simple amour des mots et de les laisser naitre et s’épanouir en phrases diverses. Pour ces heures sombres de la nuit où le monde autour de nous cesse d’exister au profit de celui qui habite notre tête et vient s’exprimer en un envol léger (ou à lourdes pelletées !).

Quand, donc, je me contrefiche du lecteur (et je te prie humblement de m’en excuser, mais soyons franche, à l’heure où j’écris ces mots je ne sais rien de toi, et fort probablement je ne saurai jamais rien de toi, à part ce petit incrément sur un nombre m’indiquant que quelqu’un m’a lu, et encore en admettant qu’il n’ait pas juste ouvert la page avant de la refermer sans un regard pour les phrases, déjà atterré à la lecture de la première et bien plus préoccupé par d’autres de ses histoires que par les divagations d’une illustre inconnue se faisant plaisir dans une logorrhée sans utilité reconnue… Et toc !). Quand, disais-je, peu m’importe qui me lit… Pourvu que je sois lue ! Ah, c’est là que le bât blesse, j’écris pour écrire, j’écris pour me faire plaisir, j’écris pour ce plaisir particulier des instants de création, mais j’écris aussi pour être lue. Sauf que je me fiche de savoir par qui. Tant que le lecteur existe, tant qu’il aime ce qu’il lit, ou du moins n’y est pas indifférent.

Mais, dis, pourquoi vouloir être lue ?

Est-ce un relent de narcissisme, un besoin atavique de reconnaissance, une avide envie d’exister mais qui passe par le regard d’autrui ? Je dirais, même pas. Peut-être en partie, mais même pas quand même. Car je suppose que cela voudrait dire que je veux être connue, en tant que moi, or je me fiche que l’on sache qui se cache derrière les mots. Je me fiche que l’on connaisse mon nom, peu m’importe que l’on me reconnaisse. Que dix, cent, mille, cent mille personnes m’aient lue sans que je ne sache rien d’elles que le fait de leur lecture et sans qu’elles sachent qui je suis, très bien, ça me convient, les mots ont été lus.

Mais, j’insiste, pourquoi vouloir que les mots soient lus ?

Pourquoi ne pas se contenter de les jeter sur le papier en une danse libératrice, un peu comme celle des mots des journaux dits « intimes », ceux que l’on donne en pâture à des feuilles qui n’auront jamais le droit de les exposer, ceux que l’on espère peut-être voir détruits avec nous, ceux qui demeureront cachés ? Pourquoi espérer plus que les écrire ?

Pour gagner sa vie avec sa plume ? Je pense que l’on sait bien le peu d’élus sur ce terrain-là, le but n’est que rarement là. Alors on les écrit, on les publie d’une façon ou d’une autre, on transforme des heures en lignes et on les offre à qui voudra bien les parcourir. On sacrifie de notre sommeil, de nos loisirs, de nos moments partagés avec des êtres chers pour aller communier avec le papier, pour laisser sortir ce qui veut s’écrire. Et on espère un improbable lecteur, quelqu’un qui nous dira « encore ». Qui nous dira « vas-y, j’aime lire ce que tu écris ! ».

Sauf que, ça ne m’explique toujours pas pourquoi vouloir être lue ?

Le pourquoi est-il vraiment important ? As-tu besoin à chacun de tes frémissements, chacune de tes émotions, chacun de tes désirs de trouver une cause, une source ? Quand cette avidité là t’est viscéralement chevillée au corps, que toutes les barrières que tu as érigées entre elle et toi n’y font rien, qu’elle revient en un lancinant refrain laissant à peine la place à quelques couplets apaisés, que peut bien valoir le pourquoi ? Mets à bas les barrières, écris, sois lue, ou ne le sois pas, mais fais ce que tu aimes, ce qui te fait te sentir vivante, ce qui t’indique que tu existes…

A tout hasard, toi qui m’as fait le plaisir de lire jusqu’au bout, saurais-tu me répondre ? Pourquoi veux-je donc être lue ?

Adulte

Image courtesy of Salvatore Vuono / FreeDigitalPhotos.netTu as une femme et des enfants
J’ai un mari un peu absent
Mes descendants sont déjà grands
Ils n’appellent plus après maman

Tu es lassé de ses courroux
De ses petits jeux je suis à bout
Après ces années, voilà, tu l’aimes
Après tant d’années, voilà, je l’aime

Soudain le vent emporte le tout
Dans un envol discret, si doux
Cafés, paroles, quelques sourires
Des présages on ne fait que rire

Raconte moi, tes yeux, ta voix,
Le cœur s’y prend, il veut de toi
Reflet qui vient, on n’ose point
Un soir banal parlent les mains

Sur ce chemin on est perdants
A tous les coups, mais si vivants
De ce chemin je pleure encore
Ce bel amour qu’on déshonore.

Une Plume – 03 Juin 2008

Fiction ou réalité ?

© Ben Heine - http://www.benheine.com/

© Ben Heine – http://www.benheine.com/

Il n’y a pas si longtemps je publiais un petit texte, une bluette, quelques lignes nées de mon imagination, qui n’avaient aucune réalité. Il ne me courtisait pas. Qui était-« il » d’ailleurs ? D’où me venait soudain cet émoi de courtisane, pardon ! De courtisée !? Parce que, oui, émoi il y avait, l’émoi je le vivais. Je le vis avant de l’écrire, je le vis en l’écrivant, je le vis en relisant… Que ce soit une bluette amoureuse ou une tragédie grecque. Bon, c’est vrai, je n’ai jamais écrit de tragédie grecque… Mais je peux imaginer que j’en vivrais les émotions, comme je les vis dans toutes ces histoires que je m’invente, ces scénarios éphémères qui vivent dans ma tête et sont rarement transcrits en mots.

Il n’y a pas si longtemps je publiais un petit texte, une bluette, quelques lignes nées de ma réalité, saupoudrées de notes diverses chipées à mes autres expériences, volées à d’autres époques, voire empruntées aux histoires d’autres personnes. D’où me venait ce soudain émoi ? De l’image venue à mon esprit, sans raison aucune, d’un homme de ma connaissance, connaissance lointaine ; et du peu, très peu, que je savais de lui. Son visage, son loisir « passion », rien de plus.

Autour de ce visage formé sur mon écran interne, j’ai peint un paysage, un contexte, des intentions, des émotions. J’ai rappelé des souvenirs que j’ai transformés pour les adapter à cette personne, à cette situation, et je me suis laissée flotter, je me suis laissée faire par le moment et les images qui jaillissaient en toute autonomie.

Car rien dans ce processus n’était « conscient », rien n’était provoqué par la volonté, rien n’était réfléchi. Une fois la vanne ouverte, il suffisait de laisser couler. Et, comme je laisse couler ce soir, voilà que d’un sujet de départ sur la source réelle ou fictive de nos écrits (sujet dans lequel je ne me suis pas encore vraiment engouffrée d’ailleurs, comment ça mon introduction est longue ?!), je me retrouve forcément non loin d’autres éléments du processus de création… Je ne me laisserai pas faire, ce sera pour une autre fois, revenons à notre bluette.

Mon dernier article, comme le prochain, vise donc à illustrer mon sujet du jour, qui est que ce qu’on, non, ce que j’écris (car après tout que sais-je des autres ?) ne nait jamais du néant : il se nourrit de bribes de réalité, il se nourrit de l’expérience de l’écrivant, il n’est pas pure imagination, même quand il s’agit de grands bonshommes bleus ou de hobbits aux pieds poilus. Toute création surgit d’un nouvel assemblage constitué d’éléments existants. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite, certes, mais réelle.

Alors, ne venez plus me demander si les histoires et poèmes que ma plume raconte sont réels ou fictifs. Ils le sont.
Ils sont fictifs car ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. Car peut-être même ils ne me sont pas arrivés, mais à un autre. Car potentiellement ils ne sont juste « pas encore » arrivés.
Ils sont réels car chacun de leurs éléments provient d’une once de réalité, d’une expérience, d’un « déjà-vu », d’un récit entendu et intégré. Ils sont réels dans l’émotion qu’ils suscitent.

Pour que les images jaillissent, que les mots viennent, que la source jamais ne tarisse, il lui faut donc de la matière venue de l’expérience (vécue ou reçue). Celle-ci peut venir de la simple observation, comme nous en avons déjà parlé, mais je la préfère encore quand elle provient de muses inattendues. Et la vie m’offre parfois de ces cadeaux, au détour d’un regard, d’une journée banale qui prend un tour surprenant. J’en veux encore. Je me laisse surprendre à chaque fois, éternellement naïve et ravie que la magie revienne. La source s’est remplie à nouveau, il n’y a plus qu’à lui ouvrir les vannes…

Approche

Image courtesy of sommai / FreeDigitalPhotos.netPour reprendre tout en douceur, sans y passer des heures, c’est par d’anciens textes que, de commencer, j’ai l’heur !

Alors en voici un, écrit il y a cinq ans, et deux chansons connues sur le même thème s’invitent en lien :

Il me courtise. Et j’aime ça.

Ça fait combien de temps maintenant? Oh, après tout qu’importe! Il y a eu cette rencontre banale, ces quelques mots échangés, une première invitation, un dîner, des pas sur la chaussée. Les heures s’écoulent si vite en sa compagnie.

Oui. Il me courtise. Avec patience, avec adresse. Il sait me laisser lui échapper, me retenir, s’approcher, lâcher… Je virevolte à la limite de sa portée. Nous flirtons avec la limite sans jamais la franchir. Je crois que ça l’amuse. J’aime ce jeu, cette attente, ce temps que l’on se donne, que l’on savoure.

Nous parlons, il me fait rire, nous découvrons peu à peu, feuille à feuille, mot à mot l’univers de l’autre. Il évoque des fonds marins, je lui décris d’autres cieux. Sous ses regards bleus, parfois, je rougis. Et puis… Il y a ces silences, l’éloquence de ces instants suspendus. Il y a cette chaleur, quand sa main m’effleure. Ces bijoux de temps ciselé que l’on partage, dans cette si vieille danse.

Il a cette assurance tranquille des hommes qui se savent séduisants et que les années et l’expérience ont muri. Il a vécu suffisamment longtemps pour savoir le prendre. Et je devine sous ses airs sereins le jeune chiot joueur et un peu fou qui me fera gravir des montagnes.

Un de ces jours peut-être nous rentrerons ensemble. Ses lèvres viendront chercher les miennes, nos souffles s’épouseront. Un jour, qui sait, nos peaux vont se répondre et nos corps s’uniront. Ces instants précieux seront alors enfuis pour céder place à un nouveau ballet. En attendant j’embrasse de tout cœur ces moments où chaque mouvement est comme la promesse d’une caresse.

Il me courtise. Et j’aime ça.